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ReportageLuttes

Près de Paris, l’enterrement en fanfare d’un projet routier « mortifère »

Samedi 5 octobre, à Groslay, à l'enterrement festif du projet de boulevard intercommunal du Parisis.

Habitants, militants et élus ont fêté l’enterrement du projet routier du boulevard intercommunal du Parisis. Une victoire obtenue après de longues années de bataille et qui insuffle de l’espoir aux autres luttes franciliennes.

Groslay (Val-d’Oise), reportage

Samedi 5 octobre, les opposants au boulevard intercommunal du Parisis (BIP), un tronçon routier de 11 kilomètres de long dans le Val-d’Oise, avaient prévu de manifester. Réunis dans le parc des Prés-sous-la-ville, à Sarcelles, habitants, militants et élus ont à la place fêté leur victoire. Grimés en personnages d’outre-tombe, ils ont organisé une cérémonie funéraire pour célébrer « l’enterrement de ce projet mortifère ».

Depuis 15 ans, le département du Val-d’Oise voulait relier l’autoroute A1 à l’A15, avec une 2x2 voies entre les communes de Soisy-sous-Montmorency et Bonneuil-en-France. « Ce projet a pourri la vie d’un tas de gens pendant des années », soupire Danièle. Cette habitante de Groslay, l’une des communes qui devait être traversée par le tronçon, peut enfin souffler : « La route devait passer au bout de mon jardin, c’est une grande joie. »

Le boulevard intercommunal du Parisis a eu droit à un enterrement en grandes pompes. © Nnoman Cadoret / Reporterre

De drôles de croque-morts ont soulevé le cercueil en carton du BIP, avant d’entamer une danse macabre sur l’air de la « Marche Funèbre », dans un nuage de fumigènes. Les couronnes de fleurs sont ornées de messages adressés au défunt, lui souhaitant « Bon vent ».

Un hommage sarcastique a été rendu à ce « vieux serpent » appelé à « rejoindre d’autres projets inutiles et imposés aux enfers ». Les participants ont ensuite observé une minute de silence qui n’a pas tardé pas à se transformer en joyeuse farandole.

La cérémonie est trés vite devenue une danse de joie sous l’impulsion des participants déguisés. © Nnoman Cadoret / Reporterre

Vincent Gayrard, militant des Amis de la Terre Val-d’Oise, se souvient encore de la première concertation publique à laquelle il a participé en 2012, et de la longue bataille juridique qui s’en est suivie. Grâce à ces recours successifs, « on a gagné huit ans, ce qui a permis aux mentalités d’évoluer et à l’énergie militante de se mettre en place ».

« C’était le moment d’engager toutes nos forces et ça a payé »

Cette année, le Conseil d’État devait rendre son ultime décision. « On devait obtenir un abandon politique avant la décision juridique qui risquait de ne pas aller dans notre sens. C’était le moment d’engager toutes nos forces et ça a payé », se félicite Audrey Boehly, porte-parole du collectif Vivre sans BIP, qui a déjà connu une lutte victorieuse contre le projet de Terminal 4 à Roissy.

Les présents, qui pensaient venir pour une manifestation de plus contre le projet, ont transformé son abandon en fête. © Nnoman Cadoret / Reporterre

Ce qui a fait toute la différence, c’est aussi la très forte mobilisation des habitants, « dans chacune des villes traversées par la route, des plus aisées aux plus populaires ». Après avoir découvert le projet du BIP, des parents d’élèves de l’école Victor Hugo, à Garges-les-Gonesses, ont interpellé leur maire.

Émilie et Hatou, qui en font partie, ont d’abord été accusées de s’être fait « entrainer par des bobos écolos ». « C’est vexant. Nous pensons par nous-même et nous sommes préoccupées par la santé de nos enfants », rétorquent les mères de famille qui ont tracté, toqué aux portes et participé aux marches pendant des mois.

Familles et parents d’élèves ont été nombreux à se mobiliser contre le projet routier. © Nnoman Cadoret / Reporterre

La mobilisation des habitants a incité la majorité des élus des communes sur le tracé du BIP à prendre le parti des opposants et à mener « un travail de conviction politique », explique Patrick Haddad, maire (PS) de Sarcelles.

Fin d’un projet « inutile, dangereux et passéiste »

L’élu a rencontré la présidente du Département et le préfet à plusieurs reprises « pour expliquer qu’on a changé de modèle de société et qu’on doit privilégier les voies douces sur les transports carbonés », plutôt que ce projet « inutile, dangereux et passéiste ».

Après cette victoire, les opposants veulent s’assurer que les espaces naturels sur lequels le BIP devait s’implanter ne seront pas artificialisés d’une autre façon. © Nnoman Cadoret / Reporterre

À la joie d’avoir gagné cette bataille succède rapidement la crainte qu’un nouveau projet passe par la petite porte : « Le BIP est mort, mais les aménageurs risquent de se repaître de ses cendres », s’inquiètent les opposants.

Ils souhaitent sanctuariser définitivement les espaces naturels préservés sur le trajet du BIP. Dans son communiqué du 25 septembre, le Département du Val-d’Oise annonce en effet « des aménagements locaux et des dessertes routières [...] sur le foncier réservé au projet initial ».

Pour les militants, c’est un projet routier nuisible en moins... Mais il en reste de nombreux autres. © Nnoman Cadoret / Reporterre

Cette victoire insuffle un regain d’énergie à Ambre [*], membre du comité 93 Nord des Soulèvements de la Terre, en lutte contre le projet d’entrepôt géant Greendock sur le port de Gennevilliers.

La victoire à l’horizon

« On a parfois l’impression que l’horizon de la victoire est inatteignable, mais là, on voit que c’est possible. D’autant que l’abandon de cette liaison qui devait desservir la zone logistique de Gennevilliers met en péril l’entrepôt », dit la militante.

Au niveau national, la coalition La Déroute des Routes de collectifs en lutte contre des projets routiers salue cet abandon qui s’inscrit pour elle dans une récente série de « revirements salutaires », dans le Val-d’Oise, mais aussi en Alsace, dans la Manche et les Pyrénées-Orientales. Et revendique, plus que jamais, un moratoire sur les projets routiers.




Notre reportage en images :


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