Au nord de Paris, un projet routier va saccager vignes et jardins familiaux
Dans le Val d'Oise, le 7 octobre 2023. - © Pierre-Yves Lerayer / Reporterre
Dans le Val d'Oise, le 7 octobre 2023. - © Pierre-Yves Lerayer / Reporterre
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Des centaines de personnes ont randonné dans le Val-d’Oise contre le boulevard intercommunal du Parisis. Ce projet routier à un milliard d’euros détruirait des îlots de nature, rares dans ces communes, tout en aggravant la pollution de l’air.
Soisy-sous-Montmorency (Val-d’Oise), reportage
« On a redécouvert notre quartier. Il y avait plein de sentiers que je ne connaissais pas, avec des vergers, des vignes… » Samedi 7 octobre, les habitants du Val-d’Oise ont été inondés de surprises et de soleil, à seulement quelques pas de chez eux. 700 personnes ont randonné 15 km contre le projet routier du boulevard intercommunal du Parisis (« BIP ») (ou « Avenue du Parisis »), entre les communes Soisy-sous-Montmorency et Bonneuil-en-France.
Initié dès les années 1930, ce projet est supposé relier les autoroutes A1 et A15, au nord de Paris, à travers différentes communes du Val-d’Oise qui étaient à l’époque encore peu urbanisées. Sauf qu’en 2023, la situation a bien évolué. Pourtant, le Département entend poursuivre la finalisation de cet axe, dont une partie a déjà été construite à l’est et à l’ouest, malgré l’ire des associations locales et des maires des communes concernées.
11 km restent aujourd’hui à construire, aux abords desquels les habitants ont donc pu découvrir, parmi les lotissements pavillonnaires, la constellation d’espaces naturels et agricoles encore préservés. Un tronçon qui permettrait alors de « fluidifier et dévier le trafic », d’après les promoteurs qui sont parvenus à intégrer le projet dans le schéma directeur de la région Île-de-France (Sdrif-E) à l’horizon 2040. Les travaux pourraient néanmoins débuter dès 2024, pour un coût estimé à un milliard d’euros.
Une centaine d’hectares d’espaces verts menacés
Le projet couperait ainsi les villes de Soisy, Montmorency, Deuil-la-Barre, Groslay, Sarcelles et Garges-lès-Gonesse, et « saccagerait une centaine d’hectares d’espaces verts », dénoncent les associations locales et les élus, qui se sont rassemblés à travers le collectif Vivre sans BIP. Dans la continuité de cette lutte contre l’Avenue du Parisis, une soixantaine d’associations ont par ailleurs signé un manifeste pour une alternative au BIP, qui promeut l’usage des mobilités « douces », comme le vélo.
La randonnée entendait donc bien mettre en valeur les enjeux de la lutte : vignes à Groslay, jardins familiaux à Soisy-sous-Montmorency, parcs et forêts à Deuil-la-Barre, arbres remarquables… « C’est dingue, à 10 km de Paris, de trouver tout ça », entend-on surgir de la foule qui se déplace en file indienne sur les chemins sinueux et parmi « les arbres centenaires ». En tout, une centaine d’hectares d’espaces naturels et agricoles seraient menacés par le projet, sans compter la pollution atmosphérique liée à l’augmentation du trafic.
Les riverains déplorent également que le tracé passe à proximité de dizaines d’écoles, représentant environ 10 000 jeunes « de la crèche au lycée ». À cette occasion, un collectif de parents d’élèves et d’enseignants exige, par la voix de sa représentante Sonia, « l’abandon du projet qui va être le plus destructeur pour la santé de nos enfants ».
Sur l’unique commune de Sarcelles, 5 000 jeunes seraient concernés, répartis dans quarante écoles situées à proximité du BIP. « Vous avez mon soutien plein et entier », lance le maire de la ville Patrick Haddad, dans le parc des Prés-sous-la-ville où 200 personnes sont restées pour le pique-nique et pour écouter les prises de parole successives.
« Tout ça n’est qu’une question de logistique »
Delphine et Florence, elles, sont membres du collectif Stop Green dock, un « projet pharaonique » d’entrepôt logistique à Gennevilliers. Green Dock s’inscrirait dans le cadre du port Havre-Rouen-Paris (Haropa), grand complexe de logistique fluviale entre ces trois métropoles. Pour Delphine, « c’est évident que l’autoroute du BIP desservira le port Haropa, car tout ça n’est qu’une question de logistique ». Raison d’après elle pour laquelle il faut continuer à « massivement se mobiliser ».
Audrey Boehly, porte-parole du collectif Vivre sans BIP, voit également l’extension des entrepôts DHL et Fedex, près de l’aéroport Charles de Gaulle, comme le signe de cette volonté de poursuivre le BIP dans un unique but marchand et productiviste, au contraire des arguments de décongestion annoncés par les promoteurs du projet.
Une problématique qui est d’ailleurs loin d’être unique en France. Cette marche familiale s’inscrit dans la saison d’automne de la coalition la Déroute des routes, qui entend bel et bien lutter contre tous les projets routiers en cours, de Rouen à Toulouse, en passant par Strasbourg ou encore, donc, le Val-d’Oise. En bref, résume Audrey Boehly, « on demande l’abandon de tous les projets routiers, ici et ailleurs ».
Notre reportage en images :