Près de Rennes, des étudiants construisent leur maison écolo

27 octobre 2017 / Julie Lallouët-Geffroy (Reporterre)



Au lieu de dépenser jusqu’à 500 euros par mois pendant cinq ans pour un studio de 30 m², trois étudiants ingénieurs ont décidé d’édifier leur propre logement à énergie passive.

  • Bruz (Ille-et-Vilaine), reportage

Pierre, Lucas et Martin, la vingtaine, entrent dans leur 3e année d’études au sein de l’École des métiers de l’environnement de Bruz, sur le campus de Ker Lann, en bordure de la rocade de Rennes. Futurs ingénieurs et actuels étudiants, ils ont dressé un constat simple : « On dépense entre 350 et 500 euros par mois pour se loger sur le campus, explique Martin, mais il y a une forte déperdition énergétique des bâtiments existants. » « On s’est dit, avec un budget équivalent, on pourrait construire notre propre logement, à énergie passive et durable », complète Lucas.

L’inauguration est prévue pour début novembre.

Ces trois jeunes hommes, plutôt habitués à s’asseoir en amphi qu’à manier le marteau, ont décidé de faire de cette idée simple et saugrenue leur projet de fin d’études. Ils ont monté une association, Helicity, avec quatre autres étudiants, et sorti leur calculette : quatre loyers pendant cinq ans donnent un budget global entre 80.000 et 120.000 euros [1]. À partir de là, pendant deux ans, ils ont travaillé sur les plans, la conception et le financement ; et depuis le mois d’août, ils sont sur le chantier, à pied d’œuvre. Les cours ont repris en septembre et rétrécissent le calendrier, les étudiants ne voient pas les journées passer. Chaque jour, ils troquent le crayon contre la perceuse entre midi et deux et le soir après les cours. L’inauguration est prévue pour le mois de novembre, alors le temps presse. « Au début, les gens étaient sceptiques, ils se disaient que trois étudiants ne seraient pas capables de construire eux-mêmes leur logement, se souvient Lucas, alors là, on est bien contents de montrer que c’est possible, les murs sont dressés, l’isolation est faite. »

Martin.

Deux bâtiments se font face, chacun comporte deux chambres de 19 m², une salle de bain privative, une cuisine commune, et à l’extérieur un grand carré fait office de cour intérieure. « On mettra une grande table pour partager les repas tous ensemble, prendre l’apéro… ça, on en rêve depuis un petit moment », rigole Lucas, qui fait le tour du propriétaire en commençant par le futur potager et le rangement des vélos. « Il n’y aura pas de chauffage, on a conçu la maison pour qu’elle soit à énergie passive. Le test grandeur nature sera cet hiver. »

Une dizaine d’entreprises locales sont partenaires

La maison se situe au bout d’un alignement d’immeubles composés de centaines de chambres étudiantes : un millier sur tout le campus pour près de 6.000 étudiants. Un des appartements les plus spacieux du campus fait moins de 30 m² et coûte près de 500 euros par mois, raconte Martin. À ce coût s’ajoute celui du transport. En périphérie de Rennes, pour aller dans le centre-ville, il faut prendre le train ou avoir une voiture. À proximité du campus, seul un restaurant est accessible ; même pour faire les courses, il faut prendre le bus.

Lucas.

Un étudiant peut aussi faire le choix d’habiter dans le centre de Rennes où, pour 500 euros par mois, il peut trouver des appartements de 50 m² ; mais il faudra alors ajouter le transport quotidien jusqu’à l’école. Pour Martin, « il faudrait une offre globale pour le logement étudiant qui comprenne l’appartement, le transport et la nourriture », « et surtout améliorer la qualité des logements, en particulier en matière d’isolation », affirme le futur ingénieur à la sensibilité écologiste prononcée.

Pierre.

Parce que les étudiants se succèdent à chaque rentrée scolaire, peu s’investissent dans la qualité de leur appartement, et rarissimes sont ceux qui pensent à en devenir propriétaire. Être propriétaire d’une chambre étudiante quand on a vingt ans, l’idée étonne, d’autant plus que le trio n’est pas propriétaire du terrain, loué à la métropole de Rennes pour cinq ans. « Il s’agit d’une expérimentation, d’un prototype, précise Lucas, nous serons propriétaires des murs et à la fin de nos études dans trois ans, nous pourrons louer nos logements pour les deux années suivantes. Pour la suite, tout le bâtiment est modulable. Nous avons plusieurs idées, comme trouver un autre terrain et convertir les logements en espace étudiants, en épicerie, nous verrons bien à ce moment-là. »

Martin, conseillé par son père, installe les arrivées d’eau.

Pour financer ce prototype de logement, ils ont emprunté la somme nécessaire à leurs proches, tandis que les aides de la Caisse d’allocations familiales pour les primo-accédants les aideront à rembourser. Pour réduire les coûts, ils ont proposé aux entreprises locales d’être partenaires. Une dizaine a accepté et s’est impliquée en fournissant les matériaux ou en aidant à la construction des logements. Ils ont également remporté un appel à projets auprès de la région Bretagne qui permettra de financer les investissements à venir dans le logement, comme une éolienne ou un système de phytoépuration. Le dialogue entre élus et étudiants est ouvert et la métropole de Rennes scrute ce prototype, affirmant que « les conclusions de cette initiative seront tirées d’ici la fin du contrat d’occupation », dans cinq ans. Martin ne s’effraye pas de voir les choses en grand : « Si ça fonctionne bien, peut-être qu’on pourra construire ici, sur le campus de Ker Lann, le premier écocampus étudiant de France. »




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[1La maison construite par Pierre, Lucas et Martin compte quatre places, la dernière n’ayant pas encore trouvée preneur.


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Source : Julie Lallouët-Geffroy pour Reporterre

Photos : © Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre

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