Journal indépendant, en accès libre pour tous, sans publicité ni actionnaire, financé par les dons de ses lecteurs
Recevoir la lettre d'info

Nucléaire

Prise dans les combats, la centrale de Tchernobyl est privée d’électricité

Centrale nucléaire de Tchernobyl, en 2010.

Tombée aux mains de la Russie, la centrale nucléaire de Tchernobyl n’est actuellement plus alimentée en électricité, une situation faisant peser un risque majeur sur la sûreté nucléaire. Un accident serait catastrophique pour le personnel sur place.

Black-out à Tchernobyl. La centrale ukrainienne accidentée et ses équipements de sécurité ne sont actuellement plus alimentés en électricité en raison de combats, a alerté mercredi 9 mars la Compagnie nationale de production d’énergie nucléaire d’Ukraine Energoatom dans un message sur l’application Telegram. Cette situation fait peser un risque majeur sur la sûreté nucléaire, alors que quelque 20 000 assemblages de combustibles nucléaires entreposés sur site dans des piscines ont besoin d’être constamment refroidis pour éviter l’accident.

Pour rappel, une fois extraits de la cuve du réacteur, les assemblages de combustibles usés continuent à dégager une forte chaleur pendant des années. Laquelle doit être absolument évacuée, pour éviter que les combustibles ne surchauffent, ne fondent et ne produisent un accident nucléaire. « [Ce refroidissement] n’est possible que s’il y a de l’électricité, explique l’énergéticien dans son message. Si ce n’est pas le cas, les pompes ne refroidiront pas. En conséquence, la température dans les bassins de rétention augmentera et des substances radioactives seront libérées dans l’environnement. »

Un tel accident serait une catastrophe pour les travailleurs présents sur place. « De plus, l’installation n’est pas ventilée. Tout le personnel là-bas recevrait une dose dangereuse de rayonnement », redoute-t-il. La catastrophe ne s’arrêterait pas aux frontières de la zone d’exclusion instaurée après l’accident de 1986 — plus communément appelée « zone interdite » : « Le vent peut transférer un nuage radioactif vers d’autres régions d’Ukraine, de Biélorussie, de Russie et d’Europe. »

Lire aussi : Nucléaire en Ukraine : le point sur les risques

Le risque de rupture d’approvisionnement en électricité d’un site nucléaire à cause de la guerre inquiète des experts de l’énergie nucléaire. Interrogée par Reporterre, la directrice générale adjointe de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) Karine Herviou a néanmoins relativisé le danger pour Tchernobyl : « Il reste là-bas quatre réacteurs de type RBMK, tous arrêtés, et quelque 20 000 assemblages de combustibles relativement froids entreposés dans des piscines. En cas de perte de refroidissement, l’eau mettrait beaucoup de temps à se réchauffer et ne dépasserait pas 60 °C, mais cela reste un enjeu local. »

« Nous ne connaissons pas précisément l’inventaire de ces piscines. Nous adoptons donc une posture prudente : les combustibles entreposés en piscine doivent être refroidis », a pour sa part déclaré à Reporterre Anne-Cécile Rigail, directrice générale adjointe de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Vue aérienne de la centrale nucléaire de Tchernobyl avec les sarcophages, en 2007. Flickr/CC BY-SA 2.0/IAEA Imagebank/Vadim Mouchkin

Une « situation difficile et stressante » pour le personnel

Autre source d’inquiétude liée aux combats en cours, « le système d’extinction d’incendie ne fonctionne pas non plus, ce qui représente un risque énorme en cas d’incendie pouvant survenir à cause d’un projectile », a indiqué le groupe. Interrogée par Reporterre, Pauline Boyer, chargée de campagne transition énergétique à Greenpeace, rappelait aussi que « le premier sarcophage du réacteur accidenté est vulnérable à l’effondrement et le nouveau n’est pas dimensionné pour résister à une attaque militaire ».

Depuis qu’elle a été prise par les Russes le 24 février, la centrale de Tchernobyl concentre les angoisses. Dans un communiqué diffusé mardi 8 mars, le directeur général adjoint de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi, a indiqué que « la transmission à distance des données des systèmes de contrôle des garanties installés à la centrale nucléaire de Tchernobyl avait été perdue ». Ces « garanties » sont des mesures techniques appliquées aux matières nucléaires, visant à détecter leur utilisation abusive et donc éviter la propagation d’armes nucléaires, a expliqué l’AFP.

Autre sujet de préoccupation, le sort des 210 membres du personnel technique et des gardes ukrainiens encore présents sur place. Alors que les équipes des installations nucléaires se relaient habituellement toutes les huit heures, la même équipe est en service depuis le 23 février, veille de l’entrée des Russes sur le site, a indiqué le gendarme nucléaire ukrainien à l’AIEA. D’après les communications établies entre le régulateur ukrainien et l’équipe, qui ne passent plus que par courriers électroniques, les travailleurs auraient accès à de l’eau, de la nourriture et des médicaments « dans une mesure limitée », mais leur situation se serait aggravée.

« Je suis profondément préoccupé par la situation difficile et stressante dans laquelle se trouve le personnel de la centrale nucléaire de Tchernobyl et par les risques potentiels que cela comporte pour la sûreté nucléaire. Je demande aux forces qui contrôlent effectivement le site de faciliter d’urgence la rotation sûre du personnel sur place », a réclamé M. Grossi.

📨 S’abonner gratuitement aux lettres d’info

Abonnez-vous en moins d'une minute pour recevoir gratuitement par e-mail, au choix tous les jours ou toutes les semaines, une sélection des articles publiés par Reporterre.

S’abonner
Fermer Précedent Suivant

legende