Quand le Bilderberg se retrouve...

6 juin 2010 / Flore Vasseur

Le club Bilderberg - réunissant responsables politiques et hommes d’affaires du sommet de la pyramide - s’est réuni à Sitjes, près de Barcelone, du 3 au 6 juin. Des activistes, sur place, essayent de faire la lumière sur ce club des puissants.

JOUR Deux

Rumeurs, rumeurs du Bilderberg 2010

Hier, dès l’aube, nous avons campé devant le 1er check point dans l’attente d’apercevoir les participants au Bilderberg 2010 à leur arrivée. Nous n’avons vu que des « bossos des escadras », des agents sur les dents déguisés en gardes de camping (véridique) et quelques limousines, vides, conduites par des hommes derrière des lunettes noires. Daniel Estulin, un journaliste canadien connu pour son travail d’enquête sur le Bilderberg, est arrivé en milieu de journée. Il a été assailli par les journalistes présents. Ils étaient à cran de ne rien à avoir à se mettre sous les dents. Il a été insulté par les militants anti-conspirationistes dont il fustige les thèses. D. Estulin semblait gonflé à bloc après son intervention au Parlement Européen puis par les 20 interviews enchainées au pas de course. En pré-promo pour son nouveau livre Conspiracion octopus (sortie le 15 août), une organisation secrète encore plus puissante que le Bilderberg, mieux informé que quiconque, il était à Sitges comme en son royaume. Il a livré ses « insider infos ». Reste à vérifier la source et à faire bon usage de la distance nécessaire (mais laquelle ?). Les listes qui suivent sont donc à prendre avec des pincettes.

A l’agenda de l’édition 2010 du Bilderberg, Il y aurait 10 points (personnellement, je ne vois pas comment ils peuvent dérouler ce programme en 3 jours, d’ailleurs, je n’en liste que 8)) :

- L’Espagne, sa dette, son devenir. A ce sujet Zapatero aurait prononcé le discours d’ouverture sur la bonne santé et les perspectives de son pays. L’assistance aurait balayé son plan d’un revers de main, condamnant l’Espagne au Sirtaki.
- La Grèce, sa dette, son devenir : comment endiguer le risque de contamination du soulèvement populaire
- Nos institutions nous permettent-elles de bien gérer et de résoudre la crise ?
- L’Euro survivra-t-il ? Exit strategy pour l’Europe
- L’Irak
- L’Iran
- Comment quitter l’Afghanistan sans lâcher son opium
- Et enfin (mais je ne suis pas sûre d’avoir bien compris) : la réduction de la population mondiale par la famine et le nucléaire. Pour Estulin, le projet du Bilderberg serait la survie de la planète (et donc des puissants) par le retour de Malthus et du Nucléaire.

Parmi les participants français à l’édition, il cite : H de Castries, B. Kouchner, C. Lagarde, DSK, Trichet. De fausses listes circulent sur internet (notamment une reprenant les noms des participants de 2009 mélangés à quelques noms de ministres espagnols : méfiance ! ). La plus crédible est probablement celle-ci : http://periodismohumano.com/socieda...

Le reportage de la chaine de TV Antena 3 diffusé ce soir montrerait un des agendas distribués : http://noticiaserb.wordpress.com/20...

Certains sites relaient l’information selon laquelle l’hôtel Dolce était hier cerné par les manifestants. C’est faux : Il y avait une trentaine de militants dont une majeure partie de partisans des thèses anti-conspirationnistes.

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JOUR Un

Le Bilderberg 2010 : participants attendus (et on les attend toujours)

Le Roi et la Reine d’Espagne, Zapatero, différents ministres espagnols, Robert Zoellick (Banque Mondiale), Dominique Strauss Khan (FMI), Jean Claude Trichet (Banque Centrale Européenne), le président du groupe de presse El Pais, Bill Gates ainsi que les membres permanents David Rockfeller, Zbigniew Brzezinski seraient attendus à la réunion annuelle du Bilderberg à Sitges en Espagne. Serait débattus : l’avenir de l’Euro, la place de l’Espagne dans l’Europe, l’Iran. Au moins, trois équipes de télévision et radio publiques et privées espagnoles sont sur place pour couvrir l’événement, attestant de la mobilisation des media espagnols. Par contre, aucun journaliste du groupe El Pais n’est sur place, confirmant la censure « organique » autour de l’évènement.

Un petit groupe d’altermondialistes, pour la plupart partisans des thèses anti-conspirationnistes, manifestent devant le cordon de sécurité, tenu par des CRS et des policiers, à plus d’un kilomètre du complexe hôtelier. Ils exigent une conférence de presse et l’accès à la liste complète des participants ainsi que l’agenda des discussions, qui se tiendront du 3 au 6 juin. Selon Estaban Cabal, Secrétaire Général du parti écologiste espagnol, Groupo Verde, du mouvement vert espagnol, les décisions du Bilderberg ont un impact direct sur le contenu des réunions du G20 puis du G8 qui se tiendront à la fin du mois de Juin au Canada, à un jour d’intervalle. Estaban Cabal est le seul homme politique présent parmi les quelques manifestants. Il dénonce la rencontre, inconstitutionnelle selon lui, entre hommes d’Etat et du pouvoir privé. De fait, quel est le pouvoir réel du Bilderberg, qui vient et surtout, pourquoi est-ce si secret ? Dommage que ceux qui se posent la question soient immédiatement dé-crédibilisés (mon tour viendra-t-il ? A ver ! )

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Bilderberg 2010 – Jour 0

Nous sommes arrivés ce matin à Barcelone. Dans le taxi, j’ai sondé le chauffeur avec mon espagnol impossible. Il a été patient, m’a dit que la finance n’était qu’un jeu, les fins de mois difficiles, l’Espagne, pas la Grèce. Savez-vous ce qu’est le Bilderberg ? Jamais entendu parler. Il nous demande où nous allons. Au Dolce Resort, le complexe hôtelier censé accueillir le sommet annuel du Bilderberg, lequel est censé démarrer demain. «  Censé » car cette information n’est pas officielle, ni publique ni rien. Des blogs en ont parlé. Ils sont bien les seuls à s’intéresser au Bilderberg. Depuis 1954, ce groupe se réunit une fois par an dans le plus grand secret. La liste des participants des éditions précédentes a largement fuité sur Internet : des ministres, des patrons d’entreprises, de presse, les chefs des armées. On sait qui vient, qui protège la réunion des quelques activistes (les CRS locaux, mais aussi des agents, des avions de l’Otan). On ne sait pas ce qui s’y décide, ni surtout pourquoi les media de masse n’en parlent jamais. Le participants représentent est la crème de la crème transatlantique des quatre pouvoirs : militaires, politique, économique, médiatique. Peu d’articles, aucun communiqué quand en France, n’importe quelle descente de sous-ministre dans une caisse d’allocation familiale est couverte par la presse nationale. Tout ce que j’ai trouvé sur Internet sur le sujet est écrit soit par des partisans des thèses conspirationistes, soit par une poignées de journalistes freelance.

Quand nous arrivons à proximité du complexe hôtelier, j’en suis à me dire que probablement il n’y aura rien, que je suis entrain de me laisser emporter par mon sujet, que le Bilderberg est le dernier nonosse des exaltés. J’ai hésité à venir. Au pire, je passe quelques jours à Barcelone, au mieux, je vois de mes yeux quelque chose que je n’ai pour l’instant qu’imaginé. Et que je ne comprends pas. Le chauffeur de taxi peste soudain parce que la route est barrée, je découvre l’alignement de cars de CRS. Juste devant une école maternelle dans laquelle les enfants jouent. Une poignée d’activistes piercés soutiennent des banderoles et des cartons écrites à la main. Cela paraît absurde. Nous nous fondons dans le petit groupe. Un Allemand en short qui ne connaît que deux mots d’anglais répète « fucking bastards of bilderberg », des Suisses qui ne croient pas au 11 septembre sortent des photos du Pentagone assiégé, une femme hurle « Assassin » sans discontinuer.

« Todo eso es une mentira, tu connais Matrix » me demande un type de Barcelone. Il est une heure de l’après midi, les activistes sont déçus. Ils s’étaient donnés rendez-vous sur Facebook. Je plaisante en leur demandant s’ils ont prévu un apéro géant à la santé du Bilderberg. Personne ne rigole, déçu par la faible mobilisation. Ca sera mieux demain paraît-il. Quand la réunion aura démarré. Pour l’heure l’hôtel est vide. Les journalistes se reconnaissent. Ils ne sont que 5 ou 6 à couvrir l’évènement, c’est un peu leur morceau de bravoure annuel. Qui vient ? Les noms circulent : le patron de la Banque mondiale, la Reine Sofia, Zapatero, Bill Gates…. De quoi vont-ils parler ? D’une intervention militaire en Iran, de l’Euro, d’une possible sortie de l’Union par l’Espagne… Who knows ? Les sujets ne manquent pas. Au programme : Jeudi : débats ; vendredi : décisions ; samedi : golf. Trois petits tours et puis s’en vont ?

Le check point est gardé par six membres des « mossos d’esquadra ». A leurs pieds, les activistes ont écrit : « Monsieur le policier, les criminels sont à l’intérieur, pas à l’extérieur ». « S’ils sont chargés de la sécurité des participants au Bilderberg, qui me protège d’eux ? », me demande un sociologue, « hippy activiste » comme il se définit lui même. « Si eux représentent le pouvoir, et s’ils se réunissent dans le plus grand secret, c’est qu’il n’y a plus de démocratie, c’est qu’ils sont des seigneurs et que nous sommes des esclaves. Je ne veux pas être un esclave. » Dont acte. Il a inventé une monnaie sociale. Pour un monde sans euro ?

Comme aucun participant n’est encore arrivé, nous avons pu avancer jusqu’à un deuxième check point. On a découvert le golf, vu l’hôtel de plus près. Première conclusion de la journée : les bilderbergers ont un goût douteux. L’un des bâtiments dispose d’un toit pointu. Tu ne reconnais pas la Pyramide des illuminati, s’écrit l’Allemand en Short. Nous attendons le défilé d’Audi et de Cayenne aux vitres teintées. L’objectif des activistes : révéler qui vient grâce à un safari photo organisé de l’aéroport jusqu’au check point. Ils espèrent reconnaître les passagers. Tout ce qu’ils voient : un ballet de fourgons blindés, de camionnettes de fleuristes et de livreurs. De bon enfant en début de journée, la tension monte à mesure que les heures passent. Un hélicoptère surgit, avance au ralenti, sondant le bois qui longe le Golf de l’hôtel. Des agents seraient répartis dans la forêt, les policiers filtrent à l’entrée, commencent à vérifier les coffres des voitures autorisées à passer. L’hélico s’excite et surplombe maintenant l’entrée. On sait que les participants vont commencer à arriver. « Assassinos, criminales, mercenarios » hurle une activiste. La seule chose que l’on voit : un dragon géant gonflable à l’arrière d’un camion de chantier. « L’année dernière en Grèce, cette année en Espagne. L’économie ne ment jamais" rappelle un tag inscrit à la craie. Les activistes posent leurs banderoles et sortent leurs bières. Le Bilderberg se réunit bien ici. Les hélicos, patrouilles, agents, sécurisent le périmètre. Le camping dans lequel nous logeons a été passé au crible. La sécurité déployée est disproportionnée. Pourquoi ? Info, intox ? Suis-je là trop tôt ? Ou est-ce déjà trop tard. C’était un jour 0. Ce petit monde s’échange les numéros. Un tour de garde s’organise devant le check point. RDV demain, 4 heures du matin.





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Source : Flore Vasseur

L’auteur : Flore Vasseur est l’auteur de Comment j’ai liquidé le siècle (éd. de l’Equateur, 19 euros).

Communiqué de presse des Bilderberg Meetings

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