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ReportageQuotidien

Sextoys reconditionnés, en bois... Et si on adoptait le plaisir écolo ?

Un sextoy reconditionné.

 Sexe et écologie » 3/5] Une entreprise normande se charge de réparer nos jouets sexuels. Une première en France, qui fait écho à d’autres alternatives écolos : sextoys en bois, fruits et légumes...

Briouze (Orne) reportage

Dans l’Orne, la petite commune de Briouze compte un collège, deux églises, un cimetière et un bar-tabac. Jusque-là, rien de bien surprenant pour ce village normand de 1 500 habitants. Plus inattendu, c’est également là qu’est basée l’entreprise Rejouis. Créée en avril 2024, c’est la seule structure connue à ce jour qui reconditionne puis revend à prix cassés, non pas des téléphones et des ordinateurs de seconde main, mais des sextoys.

« À première vue, ça peut paraître un peu fou, concède avec malice le fondateur de Rejouis, Bénoni Paumier. Mais quand on regarde l’impact environnemental des sextoys, on comprend que c’est tout ce qu’il y a de plus sérieux. »

Peu discutées car souvent reléguées au rang de l’intime, leurs conséquences sur l’environnement sont loin d’être neutres. Utilisés par un quart des Françaises et Français d’après un sondage commandé par la marque de jouets sexuels Lelo, les sextoys viennent à 70 % de Chine, fabriqués avec des matériaux issus de la pétrochimie et à l’obsolescence prématurée.

« Seule une infime partie des sextoys est recyclée »

Alors que 3 millions de sextoys sont jetés chaque année en Europe, Rejouis a reconditionné 2 500 jouets depuis son lancement. Sorte de Back Market du sextoy, l’entreprise normande reçoit une vingtaine de demandes de reprise par jour.

« Non seulement les sextoys sont fabriqués à l’autre bout de la planète avec des terres rares et des batteries lithium, mais une fois chez nous, on ne sait pas les réparer », s’agace Bénoni Paumier, qui souligne le fait que « comme les batteries sont fréquemment enrobées de silicone, ça empêche de les réparer facilement car les désosser reviendrait trop cher ».

Côté recyclage, la situation n’est pas plus reluisante. Alors que l’Europe est aujourd’hui la principale région productrice de déchets électroniques (ordinateurs, téléphones portables, téléviseurs, machines à laver, grille-pains, climatiseurs...), seuls 40 % d’entre eux avaient été collectés et recyclés en 2022, d’après les chiffres du gouvernement.

« Séparer les batteries des moteurs ainsi que des cartes électroniques des sextoys nécessiterait une filière spécialisée que nous n’avons pas, constate Bénoni Paumier. Par conséquent, seule une infime partie des sextoys est recyclée. »

Protocole hygiénique strict

Sans compter que beaucoup d’entre eux ne parviennent même pas jusqu’à l’étape de la collecte, oubliés au fond d’un tiroir au milieu de chaussettes élimées ou jetés aux ordures ménagères. « On peut facilement trouver des poubelles pour déchets électroniques en supermarché, mais quand on y dépose un objet, on prend le risque d’être vu, dit Bénoni Paumier. Sachant qu’avoir un sextoy reste tabou, beaucoup préfèrent ne pas s’y risquer. »

Pour éviter les déchets autant que limiter les achats neufs, Rejouis récupère tout sextoy provenant d’un particulier ou d’une entreprise, comme Passage du désir, qu’il ait été utilisé ou non, à condition qu’il soit fonctionnel et pas constitué de matière poreuse, comme les masturbateurs péniens.

L’entreprise ne répare pas les batteries — elle n’accepte donc que les objets dont la capacité résiduelle [1] est d’au moins 70 %. Womanizer, Lelo, Rabbit... Chaque jouet fait ensuite l’objet d’un diagnostic, puis d’un protocole hygiénique strict supervisé par un laboratoire de recherche public en microbiologie.

2 500 jouets reconditionnés

« Pour l’étape du nettoyage, c’est juste ici », sourit Laura Martinet, chargée de développement pour Rejouis, en ouvrant une porte sur laquelle on peut lire en lettres majuscules : « Laboratoire ». À l’intérieur, les jouets font l’objet de plusieurs désinfections, notamment par rayonnements ultraviolets, avant d’être emballés sous scellé.

Une machine permettant de désinfecter les sextoys à l’aide de rayonnements ultraviolets. © Rejouis

« Le protocole est extrêmement sécurisé, rassure Corentin Postel, en charge du nettoyage. Il n’y a pas de comparaison possible avec les individus qui vendent leurs sextoys sur Vinted », dit celui que l’on croise généralement affublé d’un masque, d’une blouse et d’une charlotte.

« On voit bien qu’il y avait un vrai manque »

De là à faire de l’achat de sextoys reconditionnés un cap aisé à franchir ? Rien n’est moins sûr. Pour certains, la crainte d’attraper une infection sexuellement transmissible persiste. D’autres sont gênés par le fait qu’un objet aussi intime ait pu servir à quelqu’un d’autre.

« Pour ma part, je n’y vois pas d’inconvénient », assure Camille Chaudron. Plus connue sur les réseaux sociaux comme Girl Go Green, celle qui se dit « convaincue que l’intime est politique », milite pour que la sexualité puisse être un domaine comme les autres, où les questions environnementales auraient toute leur place. « Et à voir l’engouement croissant pour une sexualité plus écolo, c’est encourageant », dit-elle.

« On voit bien qu’il y avait un vrai manque », dit Bénoni Paumier, qui veut continuer à innover. Dans un contexte où le marché du bien-être sexuel pourrait atteindre 27 milliards de dollars de chiffre d’affaires d’ici à 2026, l’entreprise entend par exemple proposer à ceux qui le souhaitent d’essayer des jouets avant de les renvoyer s’ils ne conviennent pas.



Des sextoys low-tech

« Les sextoys classiques comprennent les stimulateurs clitoridiens, vaginaux, anaux et les sextoys sensoriels, détaille Aurélie Leveau, créatrice de contenus et sexothérapeute. Pour chacun, il peut exister des équivalences végétales. » Parmi elles, l’utilisation de légumes à forme phallique — concombres, aubergines et autres courgettes — en guise de stimulateur vaginal est la plus évidente.

« Mais il est aussi possible d’utiliser des fruits et légumes beaucoup moins connus », poursuit la spécialiste, qui mentionne notamment l’avocat en guise de stimulateur clitoridien, quand d’autres préconisent les pêches.

Les fruits et légumes sont les principales alternatives aux sextoys industriels. © Rejouis

Ces pratiques végétales ne vont pas sans prendre certaines précautions, insiste la sexothérapeute, comme le lavage du fruit ou légume à chaque utilisation, ainsi que le recours à un préservatif. « Il faut également être vigilant aux microcoupures au niveau des muqueuses, dit-elle, et faire très attention en cas de pénétration anale, car les fruits et légumes peuvent rester coincés dans le rectum. »

Plébiscités pour les sensations qu’ils procurent, les sextoys en bois le sont également pour leur très faible empreinte écologique et, au même titre que les sextoys en verre, pour leur facilité à être recyclés. En France, ils ne sont que quelques-uns à en fabriquer, parmi lesquels Pascal Dumas, qui, avec sa marque Idée du désir, propose une large palette de sextoys faits avec, entre autres, du merisier, du noyer et de l’érable.

« Une partie du bois vient de scieries locales, la consommation électrique est très faible et aucune matière chimique n’est utilisée, mis à part pour la très fine couche de vernis qui les recouvre, explique-t-il. Pour ceux qui en prennent soin, ils peuvent durer toute une vie. »


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