Préservatifs écolos : les options éthiques, véganes et naturelles
Préservatifs écolos. - © Lizaveta-Alisa K / Reporterre
Préservatifs écolos. - © Lizaveta-Alisa K / Reporterre
Durée de lecture : 7 minutes
[« Sexe et écologie » 4/5] Il est possible d’adopter des préservatifs plus respectueux de l’environnement et de la santé. Naturels, véganes... Tour d’horizon des capotes écolos.
Il y a l’été, cette fête ou cette mobilisation le week-end prochain, la perspective de nouvelles rencontres jusque sous une tente ou un lit inconnu… En attendant, vous êtes là, errant devant les rayons de la pharmacie, à la recherche du préservatif parfait pour conjuguer plaisir, protection et écologie. Tellement de références !
Reporterre s’est penché sur cet accessoire indispensable pour vous aider à concilier ces trois préceptes. Mais tient à rappeler une évidence : pour câliner tranquille sans crainte de grossesse ni de maladie potentiellement grave, n’importe quel préservatif récupéré à un stand de prévention, dans un distributeur ou au supermarché du coin sera toujours mieux que rien du tout.
Éthiques et plus respectueux
Elle est loin l’Antiquité où les Romains enrobaient leur sexe de vessies d’animaux pour se prémunir contre les grossesses et les maladies. Depuis 1855, la plupart des préservatifs sont en latex naturel. Ce matériau élastique est tiré de la sève de l’hévéa, un arbre qui s’épanouit dans le climat chaud et humide d’Asie du Sud-Est. Las, cette production en monoculture est une source majeure de déforestation : elle a causé la perte de plus de 4 millions d’hectares de forêts depuis 1993, selon une étude parue en 2023.
À noter que « le nouveau règlement de l’Union européenne sur la déforestation ne s’applique pas aux préservatifs, qui utilisent une quantité de latex minime par rapport à des filières industrielles telles que les pneus », précise Jan M. Zenker, directeur général de l’entreprise allemande de préservatifs Adloran GMBH.
Se pose aussi la question des conditions de travail des ouvriers et ouvrières des usines de préservatifs locales qui approvisionnent les marques occidentales, décrites dans le dernier numéro de la revue XXI. En 2019, le quotidien britannique The Telegraph révélait des conditions de travail « honteuses » dans la plus grande usine du monde, Karex Innolatex à Port Kelang, en Malaisie, laquelle fournissait de grandes enseignes telles que Tesco, Boots et Superdrug.
Certaines marques essaient toutefois de s’approvisionner de manière plus éthique et respectueuse de l’environnement. My Lubie et Coove portent le label Regenerative Rubber Initiative (RRI), qui signale que son latex provient de 136 petites fermes indépendantes thaïlandaises en agroforesterie. « Cette initiative milite pour une production durable sans engrais de synthèse, sans pesticides et sans monoculture, et pour une chaîne d’approvisionnement équitable », explique Anne Kerveillant, fondatrice de My Lubie.
D’autres sigles peuvent orienter les consommateurs et consommatrices : le label équitable Fair Rubber, dont la marque pionnière en préservatifs écolos Fair Squared est membre fondatrice, et Global Organic Latex Standard (Gols), qui signale un latex issu de l’agriculture biologique, pour lequel a opté la marque Lelo pour son préservatif HEX.
Par contre, pour les 2 % des personnes allergiques au latex dans le monde, il n’existe pas pour l’heure d’alternative écologique au polyuréthane, dérivé du pétrole.
Non cancérogènes ou véganes
Les préservatifs sont des dispositifs médicaux. Ils sont donc tenus de respecter la norme ISO 4074 de 2015, qui spécifie les exigences et les méthodes d’essai à utiliser par les fabricants. En revanche, ce statut leur épargne d’indiquer la liste des ingrédients et il n’existe pas d’inventaire des substances réglementées pour ces dispositifs.
En 2004, une étude allemande mettait en évidence des traces de nitrosamine, une substance classée cancérogène, dans la grande majorité des préservatifs commercialisés en Allemagne. En 2017, le site d’information Le Lanceur avait fait analyser un préservatif de la marque Durex. Y avaient été découverts du cyclotrisiloxane, une molécule néfaste pour la fertilité, et trois hydrocarbures potentiellement reprotoxiques.
D’autres ingrédients controversés ont été, ou sont toujours, présents dans les capotes : le nonoxynol-9, utilisé comme spermicide jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’il altérait les muqueuses vaginales et anales et favorisait ainsi les infections sexuellement transmissibles (IST), ou encore la benzocaïne, anesthésiant utilisé dans les préservatifs dits « retardant » l’éjaculation.
La transparence sur la composition reste la meilleure manière d’éviter ces substances. Ainsi, la marque My Lubie détaille sur son site les composants présents dans ses préservatifs. D’autres, comme Coove, précisent la liste de substances controversées qu’elles n’utilisent pas dans leurs produits. Appréciable aussi pour les antispécistes — opposés au « spécisme », la domination et la discrimination sur la base de l’appartenance à l’espèce — et les personnes allergiques, certaines capotes portent le label The Vegan Society, qui certifie qu’ils ne contiennent pas de caséine, une protéine issue du lait utilisée pour assouplir le latex.
Moins de déchets
En 2015, 27 milliards de préservatifs devaient être vendus ou distribués dans le monde. Ce qui représente une montagne d’emballages et de capotes usagées, qui se retrouvent dans les cours d’eau et jusque dans le nid des oiseaux.
« Les préservatifs usagés sont considérés comme des déchets sanitaires : ils ne sont ni recyclables ni biodégradables et sont donc généralement incinérés ou enfouis, ce qui génère une empreinte carbone importante, reconnaît Sabrina Abla, fondatrice de la marque Coove. Aucun préservatif n’est à ce jour totalement biodégradable dans les conditions actuelles de traitement des déchets. »
Pour minimiser ces effets, il est évidemment de bon ton de jeter chaque emballage dans son bac de tri correspondant et de ne surtout pas jeter la chaussette de latex dans les toilettes, où elle risque de boucher les canalisations. Certaines marques comme Coove et My Lubie travaillent en outre à la composition et à la taille des emballages pour alléger les poubelles.
Seul bémol, les marques les plus écolos n’ont pas (encore) développé d’offre pour les préservatifs internes (également appelés préservatifs féminins) et les digues buccales dédiées au sexe oral, moins utilisés. La prochaine étape ?
Quelle efficacité ?
Le taux d’efficacité théorique du préservatif masculin contre les grossesses est de 2 %, c’est-à-dire qu’au bout d’un an, sur 100 femmes, 2 sont enceintes ; son taux d’efficacité en utilisation réelle (sans les oublis, etc.) est de 13 %. Le préservatif interne, aussi appelé préservatif féminin, a un taux d’efficacité théorique de 5 % et pratique de 21 %.
Bon à savoir, il est possible d’éviter que les préservatifs craquent en utilisant un lubrifiant additionnel — la mention « préservatif lubrifié » signale juste qu’une goutte de lubrifiant a été mise dans la capote pour la dérouler plus facilement, mais ce n’est pas suffisant pour minimiser le risque de craquage. Pour cela, exit les lubrifiants maison à base de matière grasse — huile de coco, etc. — qui rendent le latex du préservatif poreux. Mieux vaut utiliser un lubrifiant du commerce à base d’eau. Il en existe également des écolos, notamment vendus par les marques précitées.
Le préservatif est aussi le seul moyen de contraception qui protège des IST : le VIH, l’hépatite B, mais aussi les chlamydias, la gonorrhée et la trichomonase, dont l’incidence est en hausse dans le monde. À condition de changer de préservatif à chaque rapport et changement d’orifice, et avant les échanges de sextoys.
Pourtant, l’utilisation du préservatif est en baisse chez les jeunes Européens : entre 2014 et 2022, elle est passée de 70 à 61 % chez les garçons de 15 ans et de 63 à 57 % chez les filles du même âge, et un tiers des jeunes hommes refuse catégoriquement de mettre une capote. Se protéger soi et protéger ses partenaires, un nouveau combat écolo à mener ?
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