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Politique

Régionales : les écologistes et la gauche se rassemblent — parfois — pour le 2e tour

Pays de la Loire, Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes : les écologistes prennent la tête de liste d’union de la gauche en vue du second tour des élections régionales. Espérant ainsi relancer la dynamique et convaincre les abstentionnistes afin de ravir des régions à la droite. En Nouvelle-Aquitaine, en Occitanie ou dans le Grand Est en revanche, le rassemblement a fait long feu.

Il ne leur aura fallu qu’une nuit. Une nuit pour conclure une large alliance unissant, écologistes, socialistes, insoumis et communistes en Pays de la Loire. C’est donc tout sourire que Matthieu Orphelin (EELV) et Guillaume Garot (PS) se sont présentés à la presse ce lundi 21 juin afin de présenter leur liste de fusion, menée par le Vert, et leur programme commun.

Ils espèrent ainsi ravir la région à la droite. Car si la présidente sortante, Christelle Morançais (Les Républicains, LR), est parvenue en tête du scrutin du 20 juin, avec 34,29 % des voix, l’addition des deux listes de gauche — 18,70 % pour M. Orphelin, 16,31 % pour M. Garot — laisse présager le meilleur pour dimanche prochain, selon le socialiste : « La politique n’est pas que de l’arithmétique, c’est aussi de la dynamique, a-t-il déclaré. Ce rassemblement fort, car large, autour d’un projet ambitieux et sérieux, sera notre moteur. » « Une multiplication des forces plutôt qu’une addition des voix », a ajouté l’écologiste. Ils comptent notamment convaincre les abstentionnistes, particulièrement nombreux dans la région — à peine 30 % des Ligériens se sont rendus aux urnes.

« Nos deux projets étaient vraiment compatibles. »

Tandis que les négociations se poursuivent dans d’autres régions, la rapidité de l’union en Pays-de-la-Loire peut surprendre. Mais les deux têtes de liste l’avaient annoncé de longue date : bien que concurrents au cours de la campagne électorale, ils entendaient s’unir pour le second tour des élections régionales. « Les électeurs ont tranché, ils ont placé M. Orphelin devant nous, dont acte, a ainsi admis M. Garot. Nous respectons leur choix et nous suivons notre conviction : seule une gauche rassemblée peut l’emporter. »

À en croire les deux hommes, leurs équipes n’ont ainsi eu « aucune difficulté » pour conclure un accord. « Nos deux projets étaient vraiment compatibles, a affirmé M. Orphelin, et nous avons négocié dans un climat apaisé et de coopération. » Parmi les 25 engagements de leur socle programmatique : le recrutement par la région de 180 médecins, un fonds anti-faillite pour protéger les petites entreprises ou une expérimentation de la gratuité dans les trains. « On espère montrer l’exemple pour les autres régions, a par ailleurs lancé M. Orphelin, visiblement d’excellente humeur. On leur envoie ce vent atlantique, ce souffle de l’ouest chargé d’optimisme. »

En Île-de-France, autre région que les gauches écologistes souhaitent faire basculer, Julien Bayou, tête de liste EELV, a annoncé l’alliance des listes de gauche : « Ça y est nous sommes uni-es avec Audrey Pulvar et Clémentine Autain, pour l’écologie et la solidarité en Île-de-France », a-t-il tweeté en début d’après-midi, lundi 21 juin. Dans la région francilienne, la présidente sortante Valérie Pécresse (Libres !, ex-LR) est arrivée en tête au premier tour (35,94 %), devant le RN Jordan Bardella (13,12 %) et Julien Bayou (12,95 %), lequel a devancé Audrey Pulvar (PS - 11,07 %) et Clémentine Autain (LFI - PCF - 10,24 %) à gauche. « Rassemblé.es pour l’emporter face à la droite de Valérie Pécresse », a également tweeté Mme Autain, pour « changer le cap de l’Île-de-France ». Au moment où nous écrivons ces lignes, le contenu de l’accord n’était pas connu.

En Auvergne-Rhône-Alpes, où le Les Républicains Laurent Wauquiez est parvenu largement en tête (43,79 %), l’écologiste Fabienne Grébert (14,45 %) a d’ores et déjà annoncé qu’elle allait s’allier avec l’ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem (11,40 %). « Je prends acte du fait qu’au sein des forces de gauche, c’est EELV qui est arrivé devant, a déclaré Mme Vallaud-Belkacem. Nous nous étions dits que celle qui arriverait la première des forces de gauche serait celle qui mènerait la liste au second tour. C’est donc aujourd’hui ce qui va se passer. » La liste insoumise et communiste devrait également rejoindre le rassemblement des gauches.

En Bourgogne-Franche-Comté ou Centre-Val de Loire, les listes écologistes devraient se ranger derrière les socialistes, mieux placés.

Pas d’alliance en revanche en Nouvelle Aquitaine, où le président socialiste sortant, Alain Rousset, a indiqué l’échec d’un accord avec l’écologiste Nicolas Thierry : « Je ne conçois pas la politique régionale comme un simple partage de postes », a-t-il précisé dans un communiqué. Idem en Occitanie : les discussions entre l’équipe sortante de Carole Delga (PS) et celle de l’écologiste Antoine Maurice ont tourné court : les divergences — sur les projets de ligne à grande vitesse, sur Port-la-Nouvelle ou sur le doublement des surfaces en bio — étaient apparemment trop nombreuses. « Notre porte reste ouverte et nous voulons croire à l’union jusqu’au bout », a indiqué la liste EELV dans un communiqué. « L’attitude hégémonique du Parti socialiste en Occitanie démontre leur incapacité à porter un quelconque leadership de rassemblement large, a écrit l’eurodéputé Vert David Cormand. Décidément, les habitudes ont la vie dure. On a beau ne pas s’attendre à grand-chose de leur part, ils ne se lassent pas de décevoir. »

Contexte différent mais même constat d’échec dans le Grand Est : l’équipe (EELV/PS/PCF) d’Éliane Romani a annoncé l’échec des discussions avec la liste d’Aurélie Filippetti. « Les discussions de cette nuit ne se sont pas très bien passées », a indiqué Mme Romani, qui a réuni 14,60 %. De son côté, l’Appel inédit, la liste portée par Mme Filippetti et soutenue par La France insoumise et Générations (8,64 %), a estimé que « malheureusement, de nouveau, nous nous sommes heurtés à un mur et au refus de prendre en compte les idées et la nouveauté incarnée par l’Appel inédit ».

Dernier rebondissement et non des moindres, en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, seule région où le Rassemblement national est arrivé en tête (36,38 %), l’écologiste Jean-Laurent Félizia a finalement décidé de retirer sa liste de gauche pour « faire barrage » à l’extrême droite. Arrivé troisième, avec 16,89 % des voix, il avait annoncé dimanche soir qu’il maintenait sa candidature au second tour. « Nous n’avons pas proposé aux électeurs de la gauche et de l’écologie de voter pour leurs idées, pour leur proposer ensuite de disparaître et de s’effacer pendant les six prochaines années », avait-il déclaré, mettant en avant un débat et une décision collectifs. Mais après une longue réunion avec son équipe et des appels nationaux et locaux à un retrait, la tête de liste EELV a annoncé lundi 21 juin dans l’après-midi ne pas maintenir sa candidature pour le second tour. Il n’y aura donc que la liste du Les Républicains Renaud Muselier face à celle du RN.

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