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Politique

Élections régionales : abstention record, progression des Verts

Le premier tour des élections régionales a été dominé par un taux d’abstention record, 66 %. Les autres faits marquants de ce dimanche 20 juin : le RN en recul, la progression marquée des écologistes par rapport à 2015, la solidité des sortants, l’effondrement de LREM.

Les pronostics les plus pessimistes ont été déjoués. Lors du premier tour des élections régionales, dimanche 20 juin, le Rassemblement national n’a pas obtenu les scores importants que les sondages lui promettaient, la gauche ne s’est pas éteinte et les forces écologistes ont réussi une percée. Même si les bons comme les mauvais résultats sont à relativiser : ce scrutin a connu une abstention record. 66 % des électrices et des électeurs ne sont pas venus voter : du jamais-vu en France. À droite comme à gauche, les candidats ont déploré la situation et accusé le gouvernement d’avoir mal organisé les élections — reportées à plusieurs reprises en raison de la crise sanitaire, tandis qu’avait été mal effectuée la distribution des professions de foi (les documents officiels de propagande électorale : composition des listes, programmes des candidats…) [1]. Il n’en reste pas moins que cette abstention très élevée témoigne d’une désaffection profonde pour le système représentatif.

Alors que le parti d’extrême droite était annoncé comme favori dans plusieurs régions, le Rassemblement national n’a fini premier (selon les chiffres du ministère de l’Intérieur actualisés ce lundi 21 juin à 9h30) qu’en Provence-Alpes-Côte-d’Azur (36,38 % des suffrages pour la liste de Thierry Mariani). Il a pris la seconde place en Centre-Val de Loire (Aleksandar Nikolic, 22,24 %), Bourgogne-Franche-Comté (Julien Odoul, 23,19 %) ou encore en Île-de-France (Jordan Bardella, 13,12 %), mais ses scores sont restés proches de ceux de ses concurrents. À l’inverse, le parti présidentiel La République en marche a souvent été devancé par les autres listes : dans les Hauts-de-France, le candidat Laurent Pietraszewski (actuel secrétaire d’État chargé des retraites) n’a même pas réussi à se maintenir au second tour (9,14 % des voix).

Les écologistes s’affirment dans les régions dominées par la droite

Julien Bayou, secrétaire d’Europe Ecologie Les Verts, le 20 juin. Le parti écologiste progresse nettement depuis les régionales de 2015. © Lucas Barioulet/AFP

Dans toute la France, les présidentes et présidents sortants des conseils régionaux ont bénéficié d’un avantage considérable, à droite comme à gauche. En Normandie, Hervé Morin (Les Centristes) a récolté 36,86 % des voix ; Xavier Bertrand (ex-Les Républicains) en a recueilli 41,39 % dans les Hauts-de-France ; et Laurent Wauquiez (Les Républicains) a même affiché le score de 43,79 % en Auvergne-Rhône-Alpes. Même bonne performance pour Alain Rousset (Parti socialiste) en Nouvelle-Aquitaine (28,84 %) et Carole Delga (Parti socialiste) en Occitanie avec 39,57 % des voix.

« Le fait d’être un président sortant dans ces élections a été un avantage comparatif phénoménal, commente pour Reporterre Simon Persico, spécialiste des partis politiques et professeur des universités à Sciences Po Grenoble. Cela explique notamment que lorsqu’il y avait une compétition avec un ou une présidente sortante de gauche, les écologistes n’ont pas fait le poids. En Occitanie par exemple, Carole Delga a recueilli presque 40 % des voix tandis que la liste soutenue par Europe Écologie – Les Verts [conduite par Antoine Maurice] a fait moins de 9 %. »

En revanche, dans les régions où les présidents sortants sont de droite, les écologistes se sont imposé systématiquement devant le Parti socialiste et les autres partis de gauche. En Auvergne-Rhône-Alpes, la liste de Fabienne Grébert (soutenue par EELV) a recueilli 14,45 % des suffrages exprimés, soit trois points de plus que l’ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem (11,40 %) — même si ces scores sont incomparables avec celui de plus de 40 % de Laurent Wauquiez.

Situation similaire en Île-de-France, où la liste de Julien Bayou, secrétaire national d’EELV, a remporté 12,95 % des suffrages, devant les 11,07 % d’Audrey Pulvar (soutenue par le Parti socialiste) et les 10,24 % de Clémentine Autain (La France insoumise). Même si, là encore, ces chiffres sont restés en deçà du score de la présidente sortante Valérie Pécresse (apparentée Les Républicains), qui a atteint 35,94 %.

« La question environnementale est devenue un déterminant du vote des Français »

Les résultats des listes écologistes sont globalement inférieurs à ceux de la droite, mais ils sont en nette progression par rapport aux scores de 2015, lors des précédentes élections régionales. En Bourgogne-Franche-Comté, la liste de Stéphanie Moddé a recueilli 10,34 % des voix… alors que la candidate écolo Cécile Prudhomme n’en avait récolté que 3,92 % il y a six ans. Même chose en Auvergne-Rhône-Alpes et en Bretagne, où les écologistes ont gagné huit points entre les deux élections. « Ils augmentent partout, sauf en Occitanie où ils ont perdu plus d’un point depuis 2015 », résume Simon Persico.

« On progresse fortement par rapport à 2015, on observe une consolidation de la dynamique qui s’était enclenchée aux municipales, dit à Reporterre Eva Sas, porte-parole d’Europe Écologie – Les Verts. C’est un bilan plutôt satisfaisant, on porte la dynamique à gauche au-delà des présidents sortants en région et on remarque que la question environnementale est devenue un déterminant du vote des Français. Il y a une prise de conscience qui se traduit dans les urnes, et cela nous conforte dans la responsabilité de rassemblement qui est la nôtre. »

Pourtant, malgré des résultats en amélioration, force est de constater qu’une victoire contre les ténors de la droite semble impossible. Dans les Hauts-de-France, où l’eurodéputée Karima Delli avait réussi à constituer une liste de rassemblement de la gauche avec Ugo Bernalicis (La France insoumise), Patrick Kanner (Parti socialiste) et Fabien Roussel (Parti communiste), le score décevant de 18,99 % paraît dérisoire face aux 41,39 % de Xavier Bertrand et aux 24,37 % de Sébastien Chenu (Rassemblement national).

Une situation inédite dans les Pays de la Loire

Matthieu Orphelin le 15 juin 2021 à La Roche-sur-Yon. L’union avec le PS pourrait lui permettre d’emporter les Pays de la Loire. © Jean-François Monier/AFP

Une exception est tout de même apparue, dans les Pays de la Loire. Dimanche soir, le candidat Matthieu Orphelin — à la tête d’une liste écologiste et citoyenne soutenue notamment par Europe Écologie – Les Verts et la France insoumise — a été acclamé par ses partisans, dans son quartier général à Nantes. Car l’ancien « vert » transformé en « marcheur » puis redevenu « vert » [2] a recueilli 18,70 % des voix, devant l’ancien ministre socialiste Guillaume Garot (16,31 %). « Nous formerons dès demain une seule et même équipe qui se mobilisera toute la semaine pour convaincre et aller chercher la victoire », a-t-il annoncé, une heure après la découverte des résultats. Avec cette fusion de liste, écologistes et socialistes espèrent ravir le conseil régional à la présidente sortante, Christelle Morançais (34,29 % des voix).

« On sent que la victoire est au bout des doigts, on va aller la chercher cette semaine, dit à Reporterre Noam Leandri, porte-parole de Matthieu Orphelin. C’est le meilleur score écologiste et citoyen de France, on sait qu’on peut gagner la région grâce à ce rassemblement inédit et puissant. On propose un projet progressiste, qui fait espérer un avenir plus radieux et donne envie aux gens de s’investir, tandis que Christelle Morançais propose de ne rien changer. »

« La France insoumise participe à cette liste des Pays de la Loire, qui pourrait peut-être remporter la région et rompre avec les politiques menées par la droite réactionnaire de Bruno Retailleau [3]. On ne peut que se féliciter de cette rupture en participant à cette liste », commente pour Reporterre Martine Billard, oratrice nationale de la France insoumise.

Un recul de l’extrême droite, une gauche traditionnelle encore vivante, une augmentation du nombre d’électeurs écologistes et l’espoir crédible d’une victoire en Pays de la Loire : les pronostics les plus défaitistes ont été déjoués. Mais le chemin semble encore long avant de pouvoir imaginer un triomphe du vote écologiste en France. Encore faudrait-il que les électeurs soient plus nombreux à se mobiliser, dimanche 27 juin, pour le second tour.



Les résultats région par région

  • Auvergne-Rhône-Alpes :
    Avec 43,79 % des voix, le président sortant Laurent Wauquiez (Les Républicains) arrive largement en tête du scrutin. L’écologiste Fabienne Grébert arrive en deuxième position, avec 14,45 % des voix. Elle a d’ores et déjà annoncé qu’elle allait s’allier avec l’ancienne ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem, qui n’a obtenu que 11,40 % des voix. Andréa Kotarac (Rassemblement national) est troisième (12,33 %).
  • Bourgogne-Franche-Comté :
    La présidente sortante socialiste Marie-Guite Dufay a obtenu 26,52 % des voix. Elle est talonnée par Julien Odoul (Rassemblement national, 23,19 %) et Gilles Platret (Les Républicains, 21,04 %). La liste de la majorité présidentielle LREM, conduite par Denis Thuriot, n’a obtenu que 11,69 %, devant la liste écologiste de Stéphanie Moddé (10,34 %). Cette dernière devrait s’unir avec celle de la présidente sortante.
  • Bretagne :
    Comme ailleurs, le président sortant socialiste Loïg Chesnais-Girard est en tête, avec 20,95 % des voix. Il est suivi par Isabelle Le Callennec (Les Républicains, 16,27 %), Thierry Burlot (soutenu par LREM et le centre, 15,53 %) et Claire Desmares-Poirrier (soutenue par EELV, 14,84 %). Gilles Pennelle (Rassemblement national) arrive en cinquième position avec 14,27 %. Une alliance devrait avoir lieu entre le PS et EELV.
  • Centre-Val de Loire :
    Là encore, le président sortant socialiste François Bonneau sort premier des urnes, avec 24,81 % des voix. Le Rassemblement national est deuxième, avec la liste de Aleksandar Nikolic (22,24 %). Nicolas Forissier (Les Républicains) est troisième avec 18,82 %, suivi de Marc Fesneau (ministre des Relations avec le Parlement, LREM) avec 16,65 % et l’écologiste Charles Fournier (10,85 %). Là encore, une alliance PS/EELV devrait voir le jour.
  • Corse :
    Le président sortant régionaliste Gilles Simeoni (29,19 %) devance la liste divers droite de Laurent Marcangeli (24,86 %) et celle (régionaliste encore) de Jean-Christophe Angelini (13,22 % des voix).
  • Grand Est :
    Jean Rottner, président sortant Les Républicains, caracole en tête avec 31,15 % des voix. Il est suivi par Laurent Jacobelli (Rassemblement national, 21,12 %), Eliane Romani (soutenue par EELV, 14,60 %) et la liste divers centre de Brigitte Klinkert (10,77 %). L’ancienne ministre socialiste Aurélie Filippetti ne peut pas se maintenir au second tour avec son score de 8,64 %.
  • Guadeloupe :
    Le président sortant Ary Chalus (LREM) manque de peu une réélection dès le premier tour, avec un score de 49,31 % des suffrages exprimés. Il sera présent au second tour contre Josette Borel-Lincertin (fédération guadeloupéenne du Parti socialiste, 17,38 %).
  • Guyane :
    Comme en métropole, le président sortant est en tête : le socialiste Rodolphe Alexandre devance ses concurrents avec un score de 43,72 %. Il est suivi par le communiste Gabriel Serville (27,67 %) et Jean-Paul Fereira (union de la gauche, 23,34 %).
  • Hauts-de-France :
    Avec 41,39 %, le président sortant Xavier Bertrand (ex-Les Républicains) a une large avance sur ses concurrents. Sébastien Chenu (Rassemblement national) obtient 24,37 % contre 18,99 % pour la liste d’union de la gauche conduite par Karima Delli. Le secrétaire d’État chargé des retraites (LREM) Laurent Pietraszewski ne réussit pas à se maintenir, avec seulement 9,14 % des voix.
  • Île-de-France :
    Sans surprise, la présidente sortante Valérie Pécresse (apparentée Les Républicains) sort première des urnes, avec un total de 35,94 %. Bien derrière, on retrouve Jordan Bardella (Rassemblement national, 13,12 %), Julien Bayou (EELV, 12,95 %) et le marcheur Laurent Saint-Martin (11,76 %). Arrivent ensuite Audrey Pulvar (soutenue par le PS) avec 11,07 % et l’insoumise Clémentine Autain avec 10,24 %. Une union de la gauche devrait avoir lieu entre Bayou, Pulvar et Autain.
  • La Réunion :
    L’île ne fait pas exception aux régions métropolitaines : là encore, le président sortant Didier Robert (Les Républicains) est en tête avec 31,09 %. Il est suivi par deux listes d’union à gauche : Huguette Bello (20,74 %) et Ericka Bareigts (18,48 %).
  • Martinique :
    La liste conduite par Serge Letchimy (Parti progressiste martiniquais, 31,66 % des voix) est arrivée en tête, devançant l’indépendantiste Alfred Marie-Jeanne (25,80 %), le communiste Jean-Philippe Nilor (12,01 %) et la sénatrice Catherine Conconne (ex-Parti progressiste martiniquais, 10,63 %).
  • Normandie :
    Le président sortant Hervé Morin (Les Centristes) a récolté 36,86 % des voix. Nicolas Bay (Rassemblement national) arrive deuxième avec un score 19,86 %, suivi de l’écologiste Mélanie Boulanger (18,37 %). Loin derrière, on retrouve le candidat investi par LREM Laurent Bonnaterre (11,07 %).
  • Nouvelle-Aquitaine :
    Alain Rousset, président socialiste sortant, est premier avec 28,84 % des voix. Edwige Diaz (Rassemblement national), le suit avec 18,21 % des suffrages, suivie par la liste d’union au centre de Geneviève Darrieusecq, qui récolte 13,71 %. Viennent ensuite Nicolas Florian (LR) avec 12,46 % et l’écologiste Nicolas Thierry avec 12,08 %. Celui-ci devrait s’unir avec la liste d’Alain Rousset.
  • Occitanie :
    Excellente performance de la présidente socialiste sortante Carole Delga, qui réunit 39,57 % des voix. Jean-Paul Garraud (Rassemblement national, 22,61 %) arrive en deuxième position. Le républicain Aurélien Pradié est troisième (12,19 %). L’écologiste Antoine Maurice ne peut pas se maintenir au second tour avec un score de 8,84 %. Idem pour la liste insoumise (5,06 %).
  • Pays de la Loire :
    C’est l’excellent score écologiste de ce scrutin : Matthieu Orphelin (soutenu par EELV et LFI) remporte 18,70 % des voix et arrive deuxième derrière la présidente sortante Christelle Morançais (Les Républicains, 34,29 %). Il va s’allier avec l’ancien ministre socialiste Guillaume Garot, qui a recueilli 16,31 % des voix. Hervé Juvin (Rassemblement national) se maintient avec 12,53 %, suivi par le marcheur François de Rugy (11,97 %).
  • Provence-Alpes-Côte-d’Azur :
    C’est la seule région où le Rassemblement national arrive en tête. Thierry Mariani obtient 36,38 % des voix et devance le républicain Renaud Muselier (31,91 %). L’écologiste Jean-Laurent Félizia est troisième, avec 16,89 % des voix. Il a annoncé qu’il maintenait sa candidature au second tour. Julien Bayou, secrétaire national d’EELV, a annoncé au micro de Franceinfo ce lundi 21 juin que la liste n’aura pas le soutien du parti si elle persiste dans cette voie. « Le risque Rassemblement national est trop élevé », a-t-il estimé. Jean-Marc Governatori, qui proposait également une candidature écologiste, n’a récolté qu’un score de 5,28 %.

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