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Science et climat : pour sauver la planète, il faut manger autrement

Durée de lecture : 5 minutes

10 juillet 2015 / Sylvain Lapoix (Reporterre)

Pour ce troisième jour de la plus grande conférence scientifique sur le climat, Reporterre a discuté avec les chercheurs qui explorent les liens entre alimentation et changement climatique. D’où il ressort que le régime végétarien est le plus climato-compatible, et que manger moins et mieux est aussi préférable.


Dans sa version apocalyptique appliquée à nos assiettes, le changement climatique est souvent envisagé comme devant conduire à des famines. Peu des études de ses effets sur l’alimentation se concentraient sur la sous-nutrition. Or, plusieurs articles scientifiques parus dans les années 2012-2013 ont souligné l’explosion des morts liées aux régimes alimentaires plus qu’à l’apport calorique : en 2010, sept fois plus de morts étaient attribuées à la composition du régime alimentaire

Ce constat a amené l’équipe de spécialistes de la santé et de l’environnement de Marco Springmann à l’université d’Oxford à essayer de calculer les effets du changement climatique sur la disponibilité des aliments. Sur la base d’un scénario à hautes émissions de CO2 et à l’horizon 2050, le chercheur parvient à des changements importants : -1 % de viande rouge, -3 % de calories et -4 % de fruits et légumes. Ces diminutions peuvent paraître faibles mais leurs effets sur la santé s’avèrent dévastateurs : « La réduction de consommation de fruits et légumes constitue la plus grande contribution en terme de décès résultant de maladies liées à la malnutrition, conclut le chercheur face à un histogramme édifiant (voir ci-dessous). Les effets de la réduction de l’apport calorique se partagent entre la sous-nutrition et la réduction de l’obésité. Quant à la réduction de consommation de viande, elle a des effets plutôt positifs. » Au menu de cette humanité au régime sec de végétaux : explosion des cancers, des attaques cardiaques et maladies coronariennes. Un bilan de 529 000 morts liées au changement climatique par son impact sur l’alimentation mais que des mesures de réduction drastiques des émissions de gaz à effet de serre pourraient réduire de 70% !

La diversité des cultures, la bonne voie pour la santé

Face à cette perspective, que faire ? Agir du côté de la production, selon la chercheuse Silvia Silvestri de l’International Livestock Research Institute, qui a étudié la sécurité alimentaire de 2 300 foyers répartis dans trois pays d’Afrique de l’Est (Kenya, Ouganda et Tanzanie) aux conditions climatiques diverses. Première surprise de ce recensement : les biens détenus par les familles ne déterminent en rien leur capacité à résister aux effets du changement climatique.

En revanche, la diversité des variétés de plantes semées s’avère un puissant levier de résistance : plus les familles cultivent des semences variées et plus ils sont à même d’encaisser sans trop souffrir les aléas climatiques. A l’inverse, les foyers trop dépendants des revenus liés au bétail ou travaillant trop à leur entretien se trouvent plus fragilisées.

« Mais, précise la chercheuse, le bétail constitue une sorte de capital qui peut aider les familles en difficulté financière à compenser des crises temporaires. » Une nuance que nous confirme Sébastien Treyer, directeur du programme agriculture et alimentation à l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales : « Dans les zones du sud du Sahel, le bétail s’intègre dans un système de polyculture qui renforce une diversité essentielle à la résistance des populations au changement climatique, insiste-t-il. En cela, il n’a rien à voir avec les systèmes mondialisés de production de viande qui alimentent les régimes occidentaux, par exemple quand du soja brésilien va nourrir des porcs chinois pour la consommation européenne. Ces mécanismes d’élevage intensif encouragent, à l’inverse du modèle pastoral d’Afrique de l’Est, une spécialisation des systèmes végétaux en amont et à une centralisation sur la viande en aval qui empêchent la diversification des cultures. » De là à pousser vers le végétarisme pour réduire l’empreinte carbone, il n’y a qu’un pas. Déjà largement franchi par certains chercheurs.

Dans les entrailles de la conférence scientifique, qui se déroule cette semaine à l’Unesco

Ami veggie, sauveras-tu le monde ?

Un article paru en 2014 dans Nature était tombée comme un pavé de tofu dans la fondue bourguignonne : œuvre du duo américain David Tilman et Michael Clark, l’étude croisée de plusieurs régimes alimentaires plus ou moins carnés avait conclu de manière catégorique que seul le régime végétarien permettait à l’horizon 2050 de réduire sensiblement les émissions de gaz à effet de serre. Selon leurs calculs additionnant rejets liés à la production alimentaire et effets de la déforestation sur la captation de carbone, un régime mondial inchangé provoquerait une augmentation des émissions de 80 % par le secteur agricole.

Aux côtés du régime occidental de base étaient étudiés le régime méditerranéen, le régime « pescétarien » (sans viande terrestre mais avec poisson) et le régime végétarien. Si le régime pescétarien permettait une légère baisse en 2050 par rapport aux émissions de 2009, le régime végétarien permettait selon leurs calculs une réduction d’émission d’un demi-milliard de tonnes de CO2 par an (contre près de deux milliards de tonnes EN PLUS pour le régime sans modification).

Loin de nier l’efficacité spectaculaire de la réduction de consommation de viande, Sébastien Treyer souligne cependant qu’une partie de l’équation se résoud avant même le choix des aliments : « La consommation carnée dans les pays occidentaux est bien souvent surcalorique et engendre un gâchis considérable dans la chaîne de production : quelle part des 4 500 kilocalories consommées par un Américain arrivent vraiment dans son assiette ?, interroge le chercheur. Dans beaucoup de cas, l’adoption du régime végétarien s’accompagne d’une prise de conscience et d’un rééquilibrage. Il ne faut pas négliger le fait que ce type de régime amène aussi à manger moins et plus varié. Sans forcément imaginer un monde 100 % végétarien, l’augmentation de la consommation de produits non carnés obligerait à réorienter une partie de la production alimentaire vers plus de variété et donc vers une meilleure résistance au changement et à moins d’impact négatif sur le climat. »


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Source : Sylvain Lapoix pour Reporterre

Dessin : Red ! pour Reporterre

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