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Sports

Secours en montagne : la Cour des comptes veut faire payer les étrangers et les imprudents

Une personne blessée est évacuée par des secouristes à Avoriaz, en Haute-Savoie, en 2016.

Les frais de secours en montagne ont fortement augmenté en dix ans, avec l’engouement pour les sports de plein air et le danger lié au changement climatique. La Cour des comptes suggère d’en facturer, tout ou partie, aux personnes secourues.

Le débat n’est pas nouveau, mais il est symbolique, à plus d’un titre, des mutations du monde de la montagne. Dans un rapport publié le 11 février, la Cour des comptes recommande de faire payer aux personnes secourues en montagne, dans certaines situations, tout ou partie des frais induits. « Il est difficile de rester au statu quo », insiste l’institution, sans crainte d’écorner un principe intangible de gratuité du secours et une certaine idée du service public.

Cette offensive comptable part du constat d’une forte augmentation du nombre d’opérations de secours en montagne : +44 % en dix ans, pour atteindre 9 912 sorties en 2024. Cette situation est un reflet d’un spectaculaire engouement pour les sports de montagne, qui ressort dans de nombreux indicateurs. Le nombre de licenciés à la fédération d’escalade a par exemple grimpé de 52 % entre 2010 et 2019 ; le nombre d’adeptes du trail (course à pied en montagne) a bondi de 300 000 à plus de 1 million entre 2010 et 2023 et certains secteurs de randonnées comme le GR20 en Corse ou le massif des Pyrénées enregistrent une fréquentation en hausse de 30 % entre 2019 et 2021.

Cette massification est pimentée par l’apparition de sports nouveaux, plus risqués, comme le saut en parachute (basejump), le VTT de descente, le parapente à ski (speed riding) qui sont plus accidentogènes.

La facture, pour les finances publiques, a augmenté de 54 % depuis 2012

À cela s’ajoutent les conséquences directes du changement climatique. En montagne, la hausse des températures est plus rapide et atteint déjà +2 °C en moyenne. La fonte du permafrost entraîne des glissements de terrain plus nombreux. « Le retrait glaciaire donne lieu à l’apparition de roches et des chutes de séracs [blocs de glace], favorise des crevasses plus larges et accroît la pente des glaciers ; les grands redoux hivernaux, inhabituels, brouillent les réflexes et repères [des pratiquants] », écrivent les auteurs du rapport.

Le risque, en montagne, s’accroît pour celles et ceux qui l’arpentent comme pour ses habitants, comme l’a encore montré la série d’avalanches qui a frappé le massif de l’Oisans, en Isère, le 20 février. Une coulée a recouvert un hameau sans faire de victimes et en coupant une centaine de personnes du reste du monde, nécessitant une soixantaine d’évacuations par hélicoptère. Un événement qui rappelle la destruction du village de La Bérarde le 21 juin 2024, dévasté par une coulée de lave torrentielle.

Tous ces phénomènes conjugués donnent davantage de travail aux secouristes. Leur tâche est également rendue plus complexe par l’instabilité de la météo, exacerbée par le changement climatique. « En créant davantage de turbulences et diminuant la densité de l’air », le changement climatique rend plus complexe le pilotage des hélicoptères et nécessite des appareils plus puissants, souligne la Cour des comptes.

La facture, pour les finances publiques, a suivi cette pente glissante avec une augmentation de 54 % depuis 2012, à 107 millions d’euros en 2024. Ce qui permet à la Cour des comptes de calculer un coût de 10 780 euros par opération de secours. Gare néanmoins aux raccourcis comptables, alerte Emmanuel Freyche, représentant secours en montagne du syndicat Unité police 65, chez nos confrères de Ici Béarn Bigorre. « Les gendarmes, les CRS ou les pompiers ont énormément de missions annexes comme la sécurisation de missions officielles, les visites ministérielles, des formations ou le travail judiciaire. »

Faire payer les étrangers...

Partant de ce constat, la Cour des comptes ravive un vieux débat — qui ressurgit ces dernières années après chaque série d’accidents —, en proposant quatre manières de taper au portefeuille des personnes secourues.

Elle suggère premièrement de facturer les secours aux personnes étrangères, qui représentent 17 % des personnes secourues, arguant que l’Autriche, l’Allemagne et la Suisse ont déjà opéré une telle discrimination. L’autre option serait de faire payer les organisateurs de compétitions, notamment de trail, qui envoient des milliers de coureurs en montagne et sont parfois contraints d’appeler les hélicos.

Troisième idée : facturer les secours lorsqu’ils ont lieu sur les pistes de ski. Pas tant parce qu’il serait plus légitime de faire payer un skieur de piste qu’un randonneur du dimanche, mais parce qu’une « assurance est déjà vivement recommandée » aux guichets des stations de ski, ce qui faciliterait le recouvrement de ces factures à cinq chiffres auprès des assureurs.

Les pistes de ski sont également, déjà, un domaine où le service public du secours connaît une exception. « Depuis la loi Montagne [de 1985], les opérations sur le domaine skiable, ou accessibles via une remontée mécanique, peuvent être facturées par les communes », dit à Reporterre l’avocate Stéphanie Baudot, spécialiste en droit de la montagne. Les grandes stations qui recourent à des sociétés privées d’hélicoptères refacturent le sauvetage à leurs clients ou à leur assurance.

Mais pas dans les petites stations, où, pour les accidents les plus graves, c’est le service public qui est mis à contribution, avec hélicoptère et médecin urgentiste. Ce sont ces opérations de secours — estimées à 10 % du total — que la Cour des comptes propose de facturer.

… ou les « comportements irresponsables »

Les personnes secourues pourraient sinon être mises à contribution si elles sont indemnes ou si elles ont commis des négligences ou des « comportements irresponsables » ou « jugés imprudents », comme c’est le cas en Italie. Une personne secourue ne portant pas d’équipement de sécurité pourrait par exemple être obligée de payer. Ou si elle se trouve à un endroit sans « cohérence entre l’itinéraire et les compétences ». Notion subjective et sujette à contentieux, comme le reconnaissent les « sages » eux-mêmes…

En janvier 2025, le ministre délégué François-Noël Buffet ouvrait déjà cette brèche, en ciblant les personnes « ayant parfaitement connaissance d’une interdiction ou de l’existence d’un danger, s’engagent malgré tout sur ces lieux ».

Une telle polémique est déconnectée de la réalité, dénonce Emmanuel Freyche sur les antennes de Radio France : « Le secours lié à des imprudences est marginal et ne représente quasiment rien. » Le syndicaliste regrette une volonté d’affaiblir le service public et souligne que le secours en mer ou sur les routes n’est pas sujet à une telle polémique.

La Cour des comptes reconnaît elle-même que les secouristes remontent très peu d’abus et que la loi permet déjà de les sanctionner.

Elle recommande par ailleurs d’investir dans des messages de prévention, notamment sur les réseaux sociaux, et suggère un grand chantier pour « unifier » les trois entités chargées du secours en montagne (SDIS, CRS Montagne et PGHM) dont elle juge la cohabitation complexe et les effectifs « surdimensionnés » (752 secouristes en France). Cela entraînerait des baisses d’effectifs et davantage de « missions complémentaires » pour certaines antennes. Quoi qu’il en soit, l’institution recommande « au minimum » « le retrait de la compétence aux SDIS », les Services départementaux d’incendie et de secours. C’est donc pour ces agents que la facture risque d’être, au bout du compte, la plus salée.

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