Sortir ou pas de l’Accord de Paris sur le climat ? Trump ne parvient pas à se décider

Durée de lecture : 3 minutes

9 mai 2017 / Émilie Massemin (Reporterre)

Depuis plusieurs semaines, l’administration climatosceptique de Donald Trump réfléchit à une éventuelle sortie des États-Unis de l’Accord de Paris. Alors qu’une nouvelle session de négociations climatiques a commencé lundi 8 mai à Bonn, le président des Etats-Unis hésite toujours.

Actualisation - Mardi 9 mai 2017 - Donald Trump devait réunir ses conseillers ce mardi pour décider si les Etats-Unis restaient ou non dans l’Accord de Paris. Un porte-parole de la Maison blanche a annoncé que cette réunion était reportée à une date indéterminée.


Sortiront ? Ne sortiront pas ? Depuis plusieurs semaines, la rumeur enfle sur une possible sortie des États-Unis de l’Accord international de Paris, signé en décembre 2015 et qui vise à contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C d’ici à la fin du siècle. Jeudi 30 mars, la Maison-Blanche avait annoncé que le président des États-Unis, Donald Trump, prendrait sa décision « d’ici fin mai ». Plusieurs indices laissent penser que le choix est désormais imminent.

« Les États-Unis vont devoir clarifier leur position avant plusieurs grands forums internationaux où les questions climatiques seront au centre : la prochaine session de négociations onusiennes sur le climat qui s’ouvrira lundi 8 mai à Bonn (Allemagne), un test pour la délégation américaine puisqu’elle sera la première depuis l’élection de Donald Trump ; le G7, dix jours après, en Italie ; puis le G20 qui va suivre en Allemagne », analyse Lucile Dufour, responsable Négociations internationales et développement au Réseau action climat (Rac). Résultat, l’équipe du président climatosceptique s’agite. « Il y a eu une première réunion il y a dix jours et une autre lundi », rapporte Lucile Dufour.

Il est cependant très difficile pour les observateurs d’anticiper la décision du président états-unien, tellement son entourage est divisé. Selon le Washington Post, Rex Tillerson, ministre des Affaires étrangères et ancien directeur général de la compagnie pétrolière Exxon Mobil, aurait conseillé à M. Trump de ne pas sortir de l’Accord, mais d’en renégocier les conditions. Rick Perry, secrétaire à l’Énergie, aurait le même avis. Ils seraient soutenus par Ivanka Trump, la fille du président, et son mari, Jared Kushner, tous deux conseillers du président. Mais d’autres conseillers très influents de M. Trump, à l’instar de Steve Bannon, l’ex-président exécutif du site d’information controversé Breitbart News, poussent pour une sortie.

La société civile mobilisée pour le maintien dans l’Accord

200.000 personnes ont manifesté à Washington le 29 avril au nom de la lutte contre le changement climatique.

Du côté de la société civile, de nombreuses entreprises et groupes d’entreprises — comme le Business council for sustainable energy (BCSE), un groupement d’entreprises du secteur des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique et du gaz naturel, ou même des géants pétroliers comme Exxon Mobil - ont appelé Donald Trump à rester dans l’Accord de Paris. Motif, ne pas se retrouver exclues du business des énergies renouvelables, au bénéfice d’énergies fossiles qui ne sont plus compétitives. Même mobilisation du côté des citoyens états-uniens : ainsi, en novembre 2016, 71 % des Américains interrogés ont déclaré que les États-Unis devaient participer à l’Accord de Paris. « La question de la transition écologique et énergétique est assez unanimement défendue de la part des citoyens, comme l’ont montré les grandes marches pour le climat de la semaine dernière, confirme Lucile Dufour. Du côté des entreprises, idem : elles ont bien compris que les énergies fossiles étaient des énergies du passé. »

Quel que soit le scénario, la communauté internationale devra « réaffirmer son attachement à l’Accord de Paris et son intention de poursuivre ses engagements », plaide l’experte du RAC. Y compris si les États-Unis décident finalement de rester dans l’accord, pour faire le poids face à « un pays perturbateur, qui ne respecte pas ses engagements ».


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : Trump relance le charbon et défait la politique climatique d’Obama

Source : Émilie Massemin pour Reporterre

Photos :
. Marche à Washington le 29 avril pour soutenir la lutte contre le changement climatique (Washingtonian.com).

DOSSIER    Climat : de COP en COP

THEMATIQUE    International
9 novembre 2019
« Notre histoire s’est bâtie pour partie sur des violences populaires »
Tribune
12 novembre 2019
Pour les jeunes des centres sociaux, « la nature parle mais les hommes ne l’écoutent pas »
Reportage
12 novembre 2019
Paysans et défenseurs des animaux doivent s’unir contre l’industrialisation du vivant
Tribune


Dans les mêmes dossiers       Climat : de COP en COP



Sur les mêmes thèmes       International





Du même auteur       Émilie Massemin (Reporterre)