Soyons sérieux, François de Rugy, le train est beaucoup plus écologique que le car

8 janvier 2016 / Jean Sivardière



François de Rugy a défendu sur notre site le volet « autocar » de la loi Macron, y voyant une « offre supplémentaire, là où le transport ferroviaire est défaillant ». Ses propos ont fait réagir Jean Sivardière, qui juge que la loi Macron « organise la concurrence entre train et autocar ».

Jean Sivardière est le vice-président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT).


En se déclarant favorable à la loi Macron qui libéralise le transport par autocar, François de Rugy défend un point de vue inattendu, et incompréhensible de la part d’un écologiste.

Créer de nouvelles lignes d’autocar à moyenne distance est certes nécessaire. En effet, aucun service de transport collectif, ferroviaire ou routier, n’est actuellement disponible sur de nombreux axes interurbains. Or ce n’est pas sur ces axes, où la clientèle potentielle est faible, que les transporteurs routiers – privés ou SNCF (Ouibus) – s’implantent en profitant du volet autocar de la loi Macron, mais sur des itinéraires où le train est déjà présent et où ils peuvent espérer dégager des profits.

À noter qu’un service est autorisé dès que la distance entre deux arrêts successifs est de 100 km, alors que le Sénat, l’Association des régions de France et même la FNTV (Fédération des autocaristes) réclamaient un seuil de 200 km. Quant à la FNAUT (Fédération nationale des associations d’usagers des transports), elle demandait que les services nouveaux ne soient autorisés que dans le cadre de conventions de service public passées entre les transporteurs et l’État ou les régions.

La loi Macron est dangereuse

L’autocar se développe ainsi en concurrence frontale avec le train au lieu d’en être un complément. Sur un axe très fréquenté tel que Paris-Lyon, il grignotera une part faible du trafic TGV et une part plus importante du trafic TER. Sur des axes peu fréquentés tels que Lyon-Bordeaux ou Nantes-Bordeaux, l’écrémage du trafic ferroviaire par le car aura des conséquences plus graves, car il risque de faire disparaître le train Intercités, déjà fragilisé par la dégradation des infrastructures qui entraîne des ralentissements dissuasifs pour les voyageurs, et par la concurrence de l’avion et du covoiturage.

La loi Macron est donc dangereuse. Elle organise la concurrence entre train et autocar sans que le système ferroviaire ait été auparavant mis à niveau et renforcé. En effet le gouvernement ne donne pas à SNCF Réseau les moyens financiers nécessaires à la régénération et à la modernisation du réseau ferré classique : il manque au moins un milliard et demi d’euros par an. D’autre part, il refuse obstinément la mise en concurrence de la SNCF avec d’autres exploitants ferroviaires dans le cadre de délégations de service public, ce qui obligerait la SNCF à réduire ses coûts d’exploitation, très supérieurs à ceux des autres compagnies ferroviaires (de l’ordre de 30 %), et donc ses prix.

François de Rugy cautionne donc un report de trafic du rail sur la route : il prend acte de la dégradation du système ferroviaire (sous-investissement, exploitation déficiente) et approuve une réforme qui va renforcer cette dégradation. Il approuve même le développement du covoiturage sur longue distance (Blablacar), alors que ce développement fragilise le transport ferroviaire et qu’il est d’abord dû à la médiocrité de l’offre ferroviaire plus qu’à son prix trop élevé, comme l’a montré une remarquable étude commandée par la FNAUT et réalisée en 2014 par Bruno Cordier (cabinet ADETEC).

Les erreurs commises dans le transport des marchandises

Selon François de Rugy, « le car est une offre supplémentaire, là où le transport ferroviaire est défaillant. Comme nous avons un réseau routier extrêmement développé, il faut l’utiliser. Si on veut réduire le CO2, il faut d’abord développer les transports en commun sur la route ». Le camion aussi est une offre supplémentaire : faut-il reproduire, en transport des voyageurs, les erreurs commises dans le transport des marchandises avec la dégradation du réseau ferré et les inégalités de concurrence entre le rail et la route ?

Une autre politique est possible. Alors que le prix du pétrole s’est effondré, il serait « indolore » (pour reprendre le mot de Mme Royal, qui a fini par l’admettre) d’augmenter sensiblement, et non de manière homéopathique comme cela vient d’être décidé, la taxation des carburants routiers, et de collecter ainsi des sommes considérables, utilisables au moins en partie pour relancer le rail et éviter de rejeter des trafics sur la route… au lendemain de la COP 21.


- La FNAUT a lancé une pétition pour la sauvegarde du chemin de fer - Infos ici.




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Lire aussi : Mais non, Monsieur Macron, le car n’est pas moins cher que le train

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Dessin : © Nessuno/Reporterre

Photo : Pixabay (CC0 Public Domain)

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