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ReportageLuttes

Surf park en Vendée : surfeurs et écologistes promettent des « perturbations »

Manifestation contre un surf park à Talmont-Saint-Hilaire (Vendée), le 9 novembre 2025.

Deux actions ont eu lieu simultanément en Vendée contre un projet de surf park, dont le chantier doit commencer le 10 novembre. « Si les travaux débutent, il y aura des perturbations », préviennent les activistes.

Talmont-Saint-Hilaire (Vendée), reportage

Deux actions, deux ambiances. Dans le petit centre-ville de Talmont-Saint-Hilaire (Vendée), au pied de la forteresse en ruines mordue de brume, progressant d’un pas lent derrière une poignée de gendarmes, des opposants ont brandi le 9 novembre des planches de surf et des panneaux dénonçant la construction d’un surf park et la destruction d’espaces naturels et d’espèces protégées que le projet engendrera.

Au même moment, 5 km plus loin, des militants vêtus de noir installaient une banderole « Sauvons notre biodiversité, stoppons les travaux ! », à 8 mètres au-dessus de l’entrée de l’Aquarium, où sera construit le projet. Un niveau de mobilisation étonnant pour une lutte née il y a moins d’un an.

Premier surf park prévu en France

Les habitants du territoire ont découvert le 19 mars le permis de construire du projet : un complexe de surf, sur une vague artificielle, présenté comme une simple extension de l’Aquarium de Vendée, à 250 mètres du rivage de l’Atlantique.

Porté par deux héritières d’une dynastie locale, les Laurent, ce centre de loisirs aquatiques serait mis en eau par un système de pompage et un dessalement déroulant ses tuyaux à travers le camaïeu de pins, de roselières et de marais côtiers d’une zone classée Natura 2000.

Lire aussi : En Vendée, un surf park à... 250 mètres de la mer

Tandis que tous les projets de ce type ont été abandonnés en France — à l’exception des vagues artificielles de Canéjan (Gironde), suspendues à une décision du tribunal administratif —, le surf park de Talmont-Saint-Hilaire apparaît comme le premier à même de voir le jour. Et, à ce titre, de faire école, que ce soit dans sa construction ou sa contestation. Les travaux doivent débuter le 10 novembre, le 9 avait donc été choisi par les opposants pour marquer le coup.

Un projet qui « ne devrait plus avoir lieu au XXIe siècle »

Créée au printemps par une poignée de Vendéens et Vendéennes, l’association AC2Vague, opposée au projet, compte désormais 300 adhérents. Parmi eux le 9 novembre, plusieurs surfeurs, socle historique du mouvement. « Je suis là pour l’esprit du surf, mais surtout pour dénoncer l’impact écologique, a expliqué Thierry, quadragénaire nantais venu manifester en combi néoprène et fraîchement installé sur la côte vendéenne. Nous n’irons pas payer pour des vagues artificielles sur une zone Natura 2000 : ce genre de projet ne devrait plus avoir lieu au XXIe siècle. »

En plus de la banderole « Surf park, non Mersea » (du nom de la société porteuse du projet), les slogans dénonçaient la destruction à venir de « 107 arbres », revendiquaient « Surfez nature » et critiquaient le soutien du maire de la commune, Maxence de Rugy : « Ta fausse houle nous fout les boules ! »

L’une des banderoles au nom de Mersea, la société porteuse du projet. © Sylvain Lapoix / Reporterre

Mais la foule estimée à 700 participants (350 d’après les gendarmes) affichait bien d’autres couleurs : l’association Apno de protection de la nature du pays d’Olonne, le groupe local d’Attac, la Confédération paysanne, des militants Les Écologistes et une petite délégation des antibassines du Poitou, venue avec des drapeaux de Sainte-Soline, emblème du mouvement Bassines non merci. « J’ai rallié le mouvement via l’assemblée des luttes de La-Roche-sur-Yon, qui regroupe 30 organisations dont Extinction Rébellion, Les Soulèvements de la Terre, Solidaires », a expliqué un grand échalas aux couleurs du syndicat FSU.

Tandis que le cortège s’apprêtait à s’élancer, David Moineau d’AC2Vague a pris la parole pour inviter les manifestants à participer à l’autre action qui se déroulait au même moment, l’installation de la banderole sur le futur site du surf park.

Pas d’étude d’impact

À 5 km de là et à deux pas de l’entrée de l’Aquarium de Vendée, une cinquantaine d’activistes s’étaient en effet introduits sans drapeau, ni couleurs, sur le terrain destiné à accueillir les futures vagues payantes, afin d’accrocher une banderole.

« Nous sommes au cœur d’une zone humide et on parle de construire une infrastructure destinée aux ultrariches qui va continuer à perturber le littoral », a dénoncé le porte-parole d’un groupe se revendiquant d’un “collectif des collectifs”. Ces travaux s’inscrivent dans un projet plus large : l’extension de l’aéroport des Sables-d’Olonne, la construction de complexes hôteliers... » Et d’ajouter : « Nous sommes des membres des réseaux, habitués de ces luttes, ici pour visibiliser ce capitalisme qui ne prend pas en compte le vivant. »

En amont de la manifestation, le 5 novembre, l’association AC2Vague avait invité lors d’une conférence de presse l’ingénieur écologue et juriste Pierrot Pantel, afin d’exposer les lacunes du projet sur le plan environnemental. Deux naturalistes indépendants ayant étudié le site en septembre et octobre ont relevé la présence de 18 espèces protégées (là où le constructeur n’en avait noté que 6), dont le chardonneret élégant et le bruant des roseaux, nichant dans des haies ou marais affectés par les travaux.

« Si les travaux débutent, il y aura des perturbations »

Évacuant le terrain privé, pour des raisons de sécurité, aux cris de « Usine à vagues, usines à zad », les activistes ont rejoint l’autre mobilisation. « Nous demandons que les travaux ne débutent pas, que l’étude d’impact soit menée et qu’un nouveau permis de construire soit établi sur cette base, a récapitulé David Moineau, d’AC2Vague. Si le chantier devait débuter demain, sans étude d’impact et dérogation à la loi sur les espèces protégées, il serait illégal. Et nous porterions notre action en justice. »

« Nous sommes venus pour faire savoir que nous pouvons entrer [sur le site] quand nous le voulons, nous restons vigilants. Si les travaux débutent, il y aura des perturbations, a assuré le porte-parole du “collectif des collectifs” avant d’ironiser : on intervient pour éviter au promoteur d’avoir des problèmes en justice ! »

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