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Luttes

En Vendée, un surf park à... 250 mètres de la mer

Image d'illustration : une manifestation contre un surf park en Loire-Atlantique en 2020.

Un projet de surf park est prévu aux portes des Sables-d’Olonne, en Vendée, soutenu par le très droitier maire de la ville. Ce complexe, gourmand en eau et en électricité, déplaît à bien des locaux.

Talmont-Saint-Hilaire (Vendée), correspondance

Deux bassins extérieurs de 120 mètres de long alimentés par de l’eau de mer en partie dessalée, parcourus de vagues. Une fosse artificielle, pour la plongée, profonde de 40 mètres bordée d’une esplanade sur pilotis équipée d’espaces de restauration, de massages et de magasins d’articles de glisse. Un projet de surf park, proche de l’aquarium, est prévu sur la commune de Talmont-Saint-Hilaire, à seulement 250 m de la mer, aux portes des Sables-d’Olonne.

L’idée est portée par la famille Laurent : Cécilia Segarra et Mary-Lou Laurent, les deux sœurs propriétaires de l’aquarium de la ville ainsi que leur père, Jean-Jacques Laurent. Il était le PDG d’une entreprise de fabrication d’enduits rachetée par le cimentier Holcim, sponsor historique du Vendée Globe.

Les riverains et élus d’opposition ont découvert ce projet en septembre, alors qu’il avait déjà obtenu le feu vert de Maxence de Rugy, le maire de la commune, proche du très droitier ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. « Le maire n’a jamais parlé de ce projet en conseil municipal. On sentait qu’il y avait quelque chose qui était un peu caché », dit à Reporterre Françoise Ferrand-Le Maulf, conseillère d’opposition.

Cinq terrains de foot de panneaux solaires

Maxence de Rugy — qui n’a pas donné suite à nos demandes d’interview — a, lui, assuré à Angers Info que « le permis de construire a été délivré en respect du cadre réglementaire ». À plusieurs reprises cependant, comme l’a vérifié Reporterre, le maire et son équipe ont résumé le dossier à une « extension et restructuration de l’aquarium ». Et ce, sans pointer les enjeux écologistes liés à ce type de parcs récréatifs. Ces derniers sont régulièrement contestés devant la justice, comme c’est le cas actuellement de celui de Canéjan en Gironde — qui sera tout de même construit.

Les travaux vont pourtant bien au-delà d’une simple « extension » puisque les promoteurs — qui n’ont pas souhaité répondre à nos questions — espèrent doubler la fréquentation du site actuellement occupé par l’aquarium, classé comme la cinquième attraction touristique du département. Le surf park sera en effet collé à l’aquarium, et bénéficiera de l’eau déjà pompée dans la mer. Il entraînera par ailleurs une artificialisation des sols importante : de 2 250 m2 à 4 680 m².

Une simple extension ? Ce futur complexe de 4 hectares doublerait pourtant la consommation électrique actuelle du site ; trois ans de chantier seront nécessaires pour la construction d’un parking sur deux niveaux ; l’équivalent de cinq terrains de foot de panneaux solaires en toiture seront installés ainsi que des bassins à 4 mètres au-dessus du sol.

« L’implantation sur des terres non agricoles et l’utilisation de l’eau de mer pour les bassins permettent aux promoteurs de dire que leur projet est plus vertueux que les autres projets de surf parks envisagés en France. Mais le site va aussi consommer de l’eau de mer dessalée pour pallier l’évaporation des bassins et malgré cela il n’y a aucune communication sur le devenir de la saumure, c’est le mystère » déplore Stéphane, surfeur et porte-parole du collectif AC de vagues Talmont-Saint-Hilaire, qui organise dimanche 15 juin un rassemblement pour mobiliser les citoyens contre le projet. Le collectif a été créé au printemps 2025 et comptait à son démarrage une « quinzaine de membres actifs » selon Stéphane.

L’équivalent de trente piscines municipales

Un point pourtant important puisque selon nos calculs basés sur les notes techniques du maître d’ouvrage consultées par Reporterre, l’eau dessalée nécessaire annuellement pour le maintien du système de Wavegarden — société basque espagnole, l’un des leaders du secteur de la vague artificielle — représentera l’équivalent de trente piscines municipales.

Pas de quoi inquiéter la préfecture des Pays de la Loire qui exemptait en août 2024 la famille Laurent d’une étude environnementale au motif que le projet « par sa localisation et ses impacts n’est pas de nature à justifier la production d’une étude d’impact ». Le site muni d’un bassin de stockage (avant rejet dans le milieu maritime naturel) se situe pourtant en bordure d’un bois et d’une zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique (Znieff) de type 2. Le point de pompage et de rejet de l’eau de mer est pour sa part installé en zone classée Natura 2000.

Quant aux bruits induits par les moteurs capables de recréer jusqu’à 500 vaguelettes à l’heure et par le système ininterrompu de pompage et de filtrage des bassins : « Le porteur de projet estime que le bruit résiduel lié à l’activité se fondra dans l’ambiance sonore existante sans constituer une nuisance » veulent croire les services de l’État.

Le collectif AC de vagues, qui a déjà lancé une pétition, compte bien continuer sa lutte contre ce « complexe inutile, énergivore et opaque ».

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