Terres de vent, l’écolieu aux milliers de visiteurs

3 juillet 2014 / Michel Bernard (Silence)

Catherine Dubourg et Thierry Baffou, anciens enseignants, ont développé un écolieu qui présente de très nombreuses alternatives dans les domaines de l’énergie, de l’habitat sain et des pratiques artisanales et artistiques. Les visiteurs sont nombreux…


En 1998 et 1999, Catherine Dubourg et Thierry Baffou, enseignants, se sont mis en disponibilité pour se lancer dans un tour du monde des architectures alternatives, en grande partie à vélo, avec leurs deux enfants âgés de deux et quatre ans.

Ils ont ainsi sillonné l’Europe d’ouest en est, sans objectif précis de temps, puis se sont envolés pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ils ont poursuivi par l’Ile de Pâques, le Chili et enfin le Canada. En lien avec des groupes comme Cra-Terre (1), ils avaient repéré des architectures alternatives remarquables. Leur fil conducteur était qu’au retour, ils construiraient leur propre maison avec les techniques qui les auraient le plus enthousiasmés.

En Nouvelle-Zélande, ils ont ainsi pu rencontrer Hundertwasser (2), peu avant sa mort. Au Canada, avec Michel Bergeron, spécialiste de l’autoconstruction, ils ont participé pendant deux mois à un chantier de maison en paille en plein centre de Montréal.

Ils en ont tiré comme conclusion que les critères à prendre en compte pour l’efficacité énergétique sont les mêmes partout, mais qu’ensuite chacun les adapte aux conditions locales, notamment pour le choix des matériaux.

- Catherine Dubourg -

Construire un écolieu

Thierry a hérité d’une partie de la ferme familiale (cinq hectares) à Athée, dans le sud du département de la Mayenne. C’est là qu’ils décident de s’installer en y construisant leur maison, dont les plans ont été élaborés progressivement pendant le voyage autour du monde. Outre leur logement, ils projettent de créer une ferme pédagogique où ils pourraient poursuivre, sous une autre forme, leur métier d’enseignant.

Pour reprendre l’activité agricole, il faut un brevet professionnel. Thierry va le passer en 2001, Catherine en 2002, avant de se lancer avec le statut de paysan-boulanger, profitant de la présence d’un fournil à la ferme.

Il s’agit de maîtriser toute la filière de la production, de la culture du blé à la vente du pain, pour cumuler les marges intermédiaires et ainsi dégager un revenu. Catherine a repris un poste d’enseignante à mi-temps. Cela leur permet de consacrer du temps à la mise en place du lieu.

En 2002, des panneaux solaires et une éolienne de vingt-sept mètres sont installés pour produire eau chaude et électricité. C’est à ce moment-là que l’ADEME (3) cherche à mettre en place, au niveau national, un réseau d’espaces info-énergie. Le couple pose candidature et fonde un espace de démonstration. Pour assurer cette tâche, il crée l’association Terres de vent.

De 2002 à 2004, Thierry et Catherine autoconstruisent leur maison en bottes de paille, toit végétal, murs de refends en pisé de terre, et l’équipent d’une cuisinière à bois, d’une serre chauffante au sud… Cela s’accompagne de chantiers participatifs (deux en été, un en hiver). L’efficacité énergétique s’avèrera à l’usage très satisfaisante.

Fin 2004, ils lancent une maison d’édition, Goutte de sable, dont le premier ouvrage raconte leur périple autour du monde. Depuis, ils ont publié une quinzaine de livres.

Les visites sur place se multiplient : point info-énergie, mais aussi visite de la maison. Plusieurs milliers de personnes par an !

Les enfants protestent. Les parents décident alors, en 2006, de construire une maison « pédagogique » qui multiplie les techniques possibles. Elle est achevée en 2007, à l’entrée du site, et accueille le point info-énergie et la maison d’édition.

Thierry s’est parallèlement beaucoup investi dans l’écologie et, quand José Bové est candidat à l’élection présidentielle de 2007, il décide d’entrer dans l’équipe de campagne et de transmettre son activité de paysan-boulanger.

Ateliers artistiques

Pendant ce temps, Catherine donne de plus en plus de leçons sur les enduits et les finitions dans la construction écologique. Elle ne veut pas s’y cantonner et fonde des ateliers artistiques pour les enfants : elle y approfondit sa connaissance des couleurs, des matériaux sains, des plantes tinctoriales… Cela augmente encore le nombre de visiteurs. Elle intervient également dans les écoles du secteur.

En 2012, ils décident de développer des activités pédagogiques autour du site. Ils font un tour de France des écocentres qui existent (4) et, gênés par le mot « centre », ils préfèrent le terme d’écolieu.

Ecolieu et accueil touristique

Thierry et Catherine sont actifs dans de multiples réseaux associatifs, ce qui explique leur succès. Parmi les quelque 5000 visiteurs par an, nombreux sont ceux qui demandent s’il est possible d’être logés sur place. A partir de 2012, le couple lance donc des travaux pour disposer de chambres sous différentes formules : gîtes dans un bâtiment de la ferme, salle commune, sanitaires solaires, roulotte, dôme en terre crue, cabane dans les arbres… misant sur des habitats sains et insolites, accessibles à des personnes atteintes de divers handicaps.

Catherine arrête son mi-temps et développe, sous le statut d’agricultrice, une activité d’accueil en lien avec le potentiel du lieu.

Le couple bénéficie de différentes aides financières (fonds européen, subventions pour les hébergements, prime de départ de l’Education nationale…), et souscrit des emprunts pour financer le projet. Les chantiers sont longs à achever. Ce n’est qu’à ce printemps 2014 que tout est terminé, et cet été sera leur première saison « éco-touristique ».


Notes

(1) Centre international de la construction en terre, Maison Levrat, parc Fallavier, rue de la Buthière, BP 53, 38092 Villefontaine Cedex, tél : 04 74 95 43 91, http://craterre.org

(2) Friedenreich Hundertwasser (1928-2000), peintre autrichien, s’est lancé à partir de 1990 dans la « médecine de l’architecture » en critiquant le modèle « cube de béton gris ». Il a construit plusieurs habitations « organiques » à Vienne, en Allemagne et au Japon, avant de s’exiler en Nouvelle-Zélande.

(3) Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie

(4) Terre vivante, à Mens (Isère), Ecocentre du Périgord, Héol (Loire-Atlantique)… Il existe un réseau de ces écocentres


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Source et photos : Article transmis amicalement par la revue Silence

. Chapo et construction mur : Terres de vent

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