Un Noël écolo : comment faire passer la pilule à ses enfants
Noël peut devenir autre chose qu'une fête consumériste. - Unsplash/CC/Mike Cox
Noël peut devenir autre chose qu'une fête consumériste. - Unsplash/CC/Mike Cox
Durée de lecture : 12 minutes
Décorations faites maison, sapin zéro déchet… Ces parents donnent leurs astuces pour passer un Noël écolo, sans tomber dans le consumérisme. Et faire accepter l’idée aux enfants.
« Oh maman, regarde les sapins ! On pourrait en avoir un ? » Vous n’y aviez même pas fait attention. Mais l’enfant agrippé à votre main, 4 ans sous son bonnet et nez coulant, a développé une sorte d’imparable radar. Les vitrines des fleuristes l’aimantent comme l’attiraient, il y a quelques jours, les têtes de gondole du supermarché garnies de calendriers de l’avent Kinder ou Pat’Patrouille. La question est : allez-vous remiser vos principes écolos au fond de la hotte du Père Noël pour faire plaisir à votre progéniture ?
Pourtant, des solutions existent pour concilier les deux. De nombreuses lectrices de Reporterre nous ont livré leurs astuces pour des fêtes plus respectueuses de l’environnement.
• Sapin zéro déchet, décos en pâte à sel…
Premier défi, le sapin de Noël. 6 millions de ces conifères sont vendus chaque année. Ils sont responsables de 52 % des émissions de gaz à effet de serre des décorations de Noël. Il est possible de les troquer contre un sapin en plastique réutilisable (au moins vingt ans pour que son coût environnemental soit amorti), un sapin en bois ou en palettes, etc. Reste à convaincre ses rejetons.
Cécile, consultante dans l’écoconception de logiciels informatiques près de Rennes, est mère de trois enfants de 10, 14 et 16 ans. Elle a sauté le pas du sapin écolo en bois démontable il y a six ans. « Je l’avais choisi assez épuré. La première année, ça a un peu râlé. Même après l’avoir décoré, ils l’ont trouvé tristoune. »
Elle leur a alors expliqué son choix : « Je leur ai rappelé que les sapins étaient cultivés sur de très grands espaces sans animaux ou presque, transportés en camion et qu’ils ne servaient qu’une fois avant d’être jetés. Que ce nouveau sapin, c’était pour protéger la planète. » Ces arguments ont été « assez bien accueillis ».
Surtout, les alternatives peuvent être encore plus amusantes. Marine a bricolé un « tipi de Noël » en remplacement du sapin pour sa belle-fille de 9 ans et son fils de 5 ans. « Un producteur bio du Tarn me donne les branches coupées qui autrement finiraient à la déchetterie. J’en garnis une armature de tipi que les enfants décorent », raconte la directrice d’une petite école près de Béziers. Une cabane de choix, où le Père Noël a pris l’habitude de déposer ses cadeaux.
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Décorer la maison à la mode écolo peut aussi être l’occasion de passer du temps de qualité ensemble. Chez Marie Jaouen et Florian Curtet, vignerons bio en Savoie et parents de deux filles de 4 et 7 ans, pas de sapin, mais de grandes sorties dehors à la recherche de branches et de décorations naturelles. « Nous en faisons un énorme bouquet que nous décorons au fur et à mesure de nos bricolages : osier, origamis, pommes de pin, couture. »
Marie Yared, qui vit à Vienne en Autriche et travaille dans le secteur des ONG internationales, a instauré le même rituel avec ses filles de 4 et 6 ans : « On ramène des branches de sapin tombées par terre, des pommes de pin, de jolies feuilles, des galets à peindre. Elles prennent un grand panier et choisissent elles-mêmes, ça leur permet de participer. » De retour à la maison, la petite famille complète l’ensemble avec des figurines en pâte à sel et des tranches d’orange séchées assemblées en guirlandes.
• Calendrier de l’avent fait maison
Une fois la maison décorée, reste à patienter jusqu’au jour J. Les lectrices de Reporterre ne manquent pas d’idées pour esquiver le calendrier de l’avent de supermarché et son armature en plastique.
Marie Yared a opté pour le calendrier perpétuel en tissu qu’elle garnit de « petits trésors » : « Quand mes filles étaient plus petites, j’avais fait de petites figurines en pâte à sel en forme d’animaux, de Totoro [1]… Elles étaient super contentes. Maintenant qu’elles sont plus grandes, je les ai remplacées par des friandises qu’elles n’ont pas le droit de manger le reste de l’année. »
Chez Karène Antoine, le même type de calendrier renferme « petits jouets, Lego et Playmobil achetés d’occasion ». Pour cette année, Marine a innové : « Comme les enfants sont à fond dans les pierres précieuses, ils ont un minéral différent chaque jour, acheté sur le marché local, avec une belle boîte d’occasion pour les ranger ensuite. »
• Bowling, balade à poney, peinture… Des cadeaux mémorables
Puis vient le jour de Noël et son traditionnel déballage de cadeaux. Or, c’est dans la hotte du Père Noël que se cache l’un des nœuds du problème. Le 25 décembre, les Français offrent quelque 300 millions de présents, dont près d’1 million finissent directement à la poubelle. Premier levier d’action identifié par les lectrices de Reporterre pour éviter ce carnage, la seconde main.
Célia, assistante maternelle près d’Avranches, et Thomas, salarié d’une ONG humanitaire, chinent tous les cadeaux pour leurs filles de 3 et 6 ans sur Leboncoin et Vinted ou dans des vide-greniers. « On n’achète neufs que les jeux électroniques qui nécessitent une garantie », précise Célia. Karène Antoine apprécie aussi les jouets neufs fabriqués en France dans des matériaux nobles comme le bois.
Au-delà de la seconde main et du made in France, le sens du cadeau matériel a aussi une très grande importance pour Marie Jaouen. « Nous privilégions des choses qui durent et qui mettent en lien avec le vivant », explique-t-elle. Les Noëls précédents, ses enfants ont ainsi reçu une balançoire pour le jardin, des arbres et des graines, un herbier et un cahier d’activités nature à compléter, une loupe, un couteau d’aventurier, etc. Cette année, ils découvriront des jeux de société coopératifs, du matériel de loisirs créatifs — laine, feutrine, peinture — et des livres sur la nature.
« J’ai offert à ma fille de 15 ans un cours d’aquatonic à suivre avec sa grand-mère »
L’autre astuce préférée des lectrices est le cadeau immatériel. Marie Jaouen a ainsi déjà offert, ou fait offrir, une colonie de vacances à la ferme dans le Jura, un stage de yoga et un autre de peinture, une balade à poney. Par deux fois, Cécile a carrément offert à ses enfants un calendrier prévoyant une escapade surprise par mois : cinéma en janvier, bowling entre cousins en février, patinoire en mars… et même, une fois, une journée à Paris. L’occasion de passer de bons moments en famille.
« J’ai offert à ma fille de 15 ans un cours d’aquatonic [de la gym dans une piscine] à suivre avec sa grand-mère. Ça fait plaisir aux deux et c’est du temps passé ensemble. » Psychologue près de Toulouse et maman de jumeaux de 16 ans, Svetlana adore ce type de cadeaux : « On sait depuis des années qu’accumuler des biens matériels ne rend pas heureux. Alors que les expériences procurent un bonheur durable qui peut être réactivé en puisant dans ses souvenirs. »
• Préparer les enfants à un Noël différent
Convaincu ? Reste à préparer les principaux intéressés, ces chères têtes blondes friandes de catalogues JouéClub, au fait que Noël sera désormais plus sobre. Pour cela, rien ne vaut le dialogue. Pour éviter les grosses déceptions, Célia prend le temps de discuter de la liste au Père Noël avec son aînée. « Si un cadeau me semble totalement inapproprié, car inutile et bourré de plastique, je m’autorise à lui dire qu’elle ne l’aura pas en lui expliquant pourquoi. »
Elle demande aussi parfois à sa fille de réciter sa liste au Père Noël de tête : « Ce qui arrive en premier, c’est ce dont elle a vraiment envie. Ce dont elle ne se souvient pas, je le retire de la liste. » Chez Svetlana, on ne reçoit de toute manière qu’un ou deux cadeaux de la liste. « Si l’enfant reçoit tout ce qu’il a commandé, ça devient un dû. Alors que la surprise provoque beaucoup plus d’émotions positives. »
Parfois, tenir bon sur ses principes n’est pas si facile. Quand elle était petite, Marie Yared adorait les Barbie. Tout comme ses filles aujourd’hui. « Elles ne vivent pas dans une grotte. Elles connaissent La Reine des neiges [2], les licornes, des tas de choses dont on ne leur a jamais parlé. » Que faire, alors qu’il est prévu que toutes les autres cousines reçoivent une de ces mannequins de plastique au pied du sapin ?
« On a cherché sur Leboncoin des Barbie moins sexy genre Barbie astronaute, à l’effigie de [l’éthologue spécialiste des chimpanzés] Jane Goodall… mais il n’y a pas grand-chose ou alors elles coûtent 400 euros », soupire-t-elle. Deux semaines avant Noël, la question n’était pas encore tranchée.
Les enfants « sont fiers d’avoir des décorations sans plastique »
Mais la plupart du temps, ça se passe très bien. Charlie, la fille aînée de Célia, « s’en fiche d’avoir des cadeaux d’occasion, tant qu’elle a des cadeaux ». Les enfants de Marine, eux, sont « fiers d’avoir un sapin zéro déchet, avec des décorations faites main et sans plastique ». Pas de souci non plus chez Marie Jouen. « Les filles n’ont jamais réclamé un Noël différent », assure la vigneronne.
Ce qui aide, observe-t-elle, c’est que de plus en plus de familles de copains sautent le pas et que l’école joue bien son rôle de sensibilisation. « En classe, elles bricolent leurs propres décorations de Noël et sont allées voir un spectacle sur le problème du plastique. J’imagine qu’il est plus facile de mettre en pratique ces convictions qu’il y a vingt ans. »
• Cela ne fera pas de vous des « tyrans »
C’est finalement la famille élargie qui est le plus difficile à convaincre. « Quand nous avons décidé de ne pas allumer les guirlandes de Noël l’an dernier, mes parents m’ont traitée de tyran et d’extrémiste et m’ont dit que je privais mes enfants de Noël, soupire Svetlana, issue d’une famille originaire de l’ex-Union soviétique qui a longtemps vécu dans la pauvreté. Ce qui est compliqué, c’est que cet effort de sobriété écologique vient heurter leur volonté de gâter avec des biens matériels. »
Les beaux-parents de Cécile, réfractaires, continuent d’acheter un cadeau neuf ; quant à ses parents, elle a dû réfréner leur enthousiasme, car ils ont d’abord profité du fait d’acheter des cadeaux d’occasion pour en acheter davantage. « Maintenant, c’est naturel », assure-t-elle.
« Elles étaient toutes contentes avec leurs graines ! »
Pour les proches, la démarche peut en effet être déstabilisante. Angélique Curtet se souvient très bien de Noël dernier, où sa belle-fille Marie Jaouen et son fils Florian lui ont demandé d’acheter des graines pour ses petites-filles. « Ça m’a fait quelque chose. Je les imaginais rêver de ceci, de cela, et moi, leur offrir ça ? Elles vont être tellement déçues ! » La grand-mère a donc pris sur elle d’écrire une longue lettre attribuée au Père Noël dans laquelle elle expliquait la démarche. La missive a fait un flop, mais le cadeau a rencontré un franc succès. « Leurs parents les avaient tellement bien préparées qu’elles étaient toutes contentes avec leurs graines ! »
Finalement, c’est une fête différente que ces familles cherchent à préparer et à célébrer, à rebours de la grand-messe de la consommation à outrance. Svetlana et ses enfants ainsi cultivent le plaisir de préparer eux-mêmes de petits cadeaux pour leur famille, leurs voisins, leurs copains : tisanes d’herbes du jardin aromatisées aux zestes de citron, cosmétiques solides, biscuits maison.
Ce peut être aussi, parfois, une manière de renouer avec une tradition familiale. Les parents de Marie Yared, très catholiques, donnaient déjà à Noël une signification plus profonde qu’une simple débauche commerciale : ils avaient l’habitude d’inviter à leur table de fête une personne isolée. « J’ai déjà grandi avec cette idée que Noël était avant tout un moment chaleureux d’accueil et de fraternité », se souvient-elle.
Pascal Lardellier, sociologue et auteur du livre Éloge de ce qui nous lie, voit d’un bon œil cette évolution : « Avec l’essor de la société de consommation, on est passé de la fête de l’enfant-Dieu à celle de l’enfant-roi. Mais de plus en plus de gens sont sensibles aux enjeux écologiques, notamment dans le choix des cadeaux. » Le 25 décembre peut être l’occasion d’accélérer dans cette démarche, en renouant avec d’anciens rites « d’ouverture à l’autre, de solidarité, de respect de la nature ». Le véritable esprit de Noël ?