123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

ReportageAutoroutes

Une chauve-souris pourrait bloquer un projet d’autoroute

Une importante colonie de noctules communes a été découverte non loin du tracé que prévoit d'emprunter l'autoroute A154-A120.

Une chauve-souris protégée a été découverte sur le tracé du projet d’autoroute A154-A120, dans la région Centre. Cette découverte pourrait être décisive alors que le concessionnaire doit être désigné d’ici à la fin de l’année.

Challet (Eure-et-Loir), reportage

« En vingt minutes, 157 bêtes en sont sorties. C’est un gîte remarquable, la plus grande colonie d’Eure-et-Loir, voire de la région Centre ! » s’exclame Patrick Mulet. Cet observateur passionné partage fièrement sa découverte, celle d’une colonie de noctules communes, parmi les plus grandes chauves-souris d’Europe, non loin du tracé du projet d’autoroute A154-A120. Celui-ci prévoit de construire plus de 60 km de nouvelles voies, menaçant 660 hectares de terres agricoles et 90 hectares de surfaces boisées.

La noctule commune est une espèce protégée, comme toutes les espèces de chauves-souris en France, et classée « vulnérable » au niveau national. Avec elle, ce sont plus de 570 espèces de plantes, dont quatre sont protégées au niveau régional (orchis pyramidal, anémone pulsatile, polystic à soies et scille à deux feuilles), qui ont été découvertes lors d’un inventaire de la faune et de la flore dressé pendant quatre mois par les opposants au projet autoroutier.

« Une découverte qui peut vraiment tout changer »

Plus de 200 militants ont répondu présent au rassemblement organisé le weekend des 13 et 14 septembre contre l’autoroute. À quelques mètres de la nationale 154 qui relie Dreux à Chartres, ils se sont abrités de la pluie battante sous un chapiteau bleu, érigé sur le terrain prêté par une agricultrice bio. Tous ont posé leurs yeux sur la vidéo en noir et blanc montrant les chauves-souris qui sortaient une à une d’une cavité dans un tronc d’arbre. « C’est une découverte qui peut vraiment tout changer », s’émerveille Caroline Duvelle.

Patrick Mulet a découvert la colonie de noctules communes qui pourrait mettre à mal le projet d’autoroute dans l’Eure et l’Eure-et-Loir. © Léa Guedj / Reporterre

« L’objectif de ce travail est d’avoir des arguments de biodiversité pour se battre en justice contre ce projet avant qu’il ne soit trop tard », explique le botaniste Christian Galand, qui s’est chargé de l’inventaire de la faune et de la flore. Il a parcouru champs, bois et milieux humides sur le projet de tracé, un travail qui a permis de trouver la « perle rare », cette colonie de noctules communes.

Une dérogation nécessaire pour mener le chantier

Les opposants à l’A154-A120 comptent bien faire de ce chiroptère à l’air grincheux leur allié dans la bataille, à l’image du muscardin contre le contournement est de Rouen (A133-A134) ou de la mésange bleue contre l’A69.

Si la noctule se trouve dans la zone d’impact du chantier de l’autoroute, son statut suppose que le concessionnaire de l’autoroute devra obtenir une dérogation à la protection de son habitat pour mener son chantier. Le mammifère au pelage brun-roux et aux larges oreilles est en déclin en raison des parcs éoliens, de la dégradation de son habitat et de la diminution de la population d’insectes qui constituent son alimentation.

Bien que ces chauves-souris naviguent entre l’est et l’ouest de l’Europe, « elles sont en général fidèles au territoire où elles naissent, mettent bas et hibernent, comme cette cavité. Si elles changent de gîte d’accueil, elles ne vont jamais bien loin, décrit Patrick Mulet. Le bruit et la lumière du trafic sur l’autoroute qui passerait à quelques mètres du gîte seraient un fort dérangement. ». Il tient à garder le secret du lieu exact de sa découverte, où les noctules sont « en pleine saison d’accouplement ».

Course contre la montre

Le prix des péages, les risques d’inondation, l’inutilité pour les populations locales, l’existence d’une alternative ferroviaire, et désormais la présence de cette espèce protégée sur le tracé, sont autant d’arguments que les militants affûtent avant que le calendrier ne s’accélère.

Les opposants au projet d’autoroute A154-A120, réunis dans l’Eure-et-Loir. © Léa Guedj / Reporterre

Le 4 septembre, le ministre des Transports, Philippe Tabarot, est venu afficher son soutien au projet routier et confirmer que « le choix du concessionnaire doit se faire avant la fin de l’année ». Le collectif Non A154-A120 craint qu’une fois le contrat de concession signé, le concessionnaire puisse demander des indemnités à l’État si le chantier devait être abandonné.

Dans cette course contre la montre, les militants engagent toutes leurs forces pour élargir le champ de la mobilisation, en tentant de convaincre les élus du territoire, ou encore en annonçant la création d’une antenne locale du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA), dont les « écureuils » occupant les arbres ont contribué à médiatiser la lutte contre l’A69.

legende