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Politique

« Une ligne rouge a été franchie » : un maire RN élu à la métropole de Besançon

Vue aérienne de la vieille ville de Besançon, en 2025.

C’est une première : un maire du Rassemblement national a fait son entrée, le 20 avril, dans l’exécutif de la métropole de Besançon. Ce 15e vice-président a en charge la gestion des déchets, un domaine dans lequel la ville est pionnière.

Besançon (Doubs), correspondance

« Une ligne rouge a été franchie », s’alarme dans un communiqué La France insoumise de Besançon. Le 20 avril, Franck Bernard a été élu 15e vice-président de Grand Besançon Métropole (GBM). Si ce maire du petit village de Chevroz, commune appartenant à l’intercommunalité bisontine, s’est présenté aux dernières élections sans étiquette, il est adhérent au Rassemblement national (RN). Il était même suppléant du candidat RN de la 2e circonscription du Doubs lors des élections législatives de 2022 et de 2024.

Franck Bernard a été désigné comme candidat en vertu d’une charte de gouvernance, qui permet aux maires de chacun des huit secteurs qui composent le territoire de la métropole de proposer l’une ou l’un d’entre eux pour siéger comme vice-président, afin de garantir une répartition territoriale équitable au sein du bureau exécutif.

C’est selon cette règle que 7 des 9 maires du secteur de la Dame blanche, qui comprend la commune de Chevroz, ont « prédésigné » Franck Bernard. Ce choix n’obligeait cependant pas les autres conseillers communautaires ; in fine, c’est un vote de l’ensemble de l’assemblée qui permet d’élire les vice-présidents.

Le RN « nie l’urgence climatique »

En amont du vote, plusieurs élues et élus ont appelé leurs homologues à recourir à leur « clause de conscience », ou encore à ne pas « rompre avec le consensus républicain », en choisissant le candidat dissident, Gérard Monnien (sans étiquette), issu de la même zone que Franck Bernard. « Si la démocratie consiste à respecter le choix des électeurs, c’est aussi le droit pour nous tous de refuser les idées qui menacent ses propres fondements », a déclaré Patrick Ayache, lui-même vice-président.

Celui-ci a souligné le climatoscepticisme du RN, qui « nie l’urgence climatique et s’oppose à tous les efforts dans ce domaine ». Des maires du secteur de la Dame blanche ont quant à eux dénoncé une « ingérence » et la « remise en cause du fonctionnement des instances de Grand Besançon Métropole telles qu’instituées dans la charte ».

Face à ces invectives, le président de Grand Besançon Métropole et maire de la ville, Ludovic Fagaut (Les Républicains), n’a aucunement remis en cause la désignation de Franck Bernard, appelant au respect de la charte ; document pourtant juridiquement non contraignant, et qu’il n’avait pas hésité à bafouer en 2020, en se présentant à la tête de GBM, traditionnellement réservée au maire de Besançon. Le 20 avril, l’édile a ainsi ouvert la porte au RN, alors qu’il l’a fermée « aux extrêmes » en refusant de voir siéger dans le bureau exécutif des représentants de l’opposition bisontine — qui comprend des élues et élus de La France insoumise.

Une métropole pionnière dans la gestion des déchets

Le vote s’est finalement soldé par 58 voix pour Franck Bernard, 39 voix contre et 22 abstentions ou votes blancs. Ce 15e vice-président a en charge un domaine qui est loin d’être anecdotique au sein de Grand Besançon Métropole.

L’agglomération est en effet régulièrement montrée en exemple sur la gestion de ses déchets. Elle a mis en place, dès 2012, une redevance incitative, dont le montant varie notamment en fonction de la quantité de déchets déposés. Cette mesure a contribué à faire diminuer de 42 % depuis 2008 le poids par habitant des ordures ménagères résiduelles. L’agglomération a également été pionnière sur la collecte des biodéchets, bien avant que celle-ci soit rendue obligatoire.

L’arrivée d’un élu RN remettra-t-elle en question ces progrès ? « J’imagine qu’il ne va pas détruire ce qui fait la fierté du territoire, espère Anne Vignot, ex-maire écologiste, battue en mars. L’avantage, c’est que le système repose sur une politique solide. »

Gérard Monnien redoute toutefois que « les crédits ne soient plus alloués selon les mêmes priorités ». Le budget de la direction de gestion des déchets, qui comptait 126 postes permanents en 2024, repose cependant largement sur la redevance incitative. « Les élus ça passe, les équipes ça reste », a-t-on coutume de dire dans ce service, composé de personnes de tous les milieux sociaux — le métier de ripeur, en particulier, étant souvent confié à des personnes en réinsertion, parfois issues de l’immigration. Bien loin des valeurs du RN.

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