VIDEO - Pendant l’été, la police de M. Macron s’est déchaînée à Bure

5 septembre 2017 / Sébastien Bonetti (Reporterre)



À Bure, où l’opposition contre la « poubelle nucléaire » se développe, près d’un millier de manifestants, dont des familles, ont été la cible de la violence des forces de l’ordre le 15 août. Il y a eu un blessé grave. Les gendarmes ont aussi visé les journalistes, comme l’envoyé spécial de Reporterre. Récit en vidéo.

  • Bure (Meuse), reportage

Stratégique et symbolique bois Lejuc. L’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) a prévu de construire dans cette forêt meusienne le puits de ventilation de son centre d’enfouissement des déchets nucléaires les plus radioactifs (dit Cigéo). L’été dernier, l’Agence a édifié un mur autour du bois, que les opposants au projet de « poubelle nucléaire » ont détruit le 15 août 2016. Depuis cette date, ils y vivent en harmonie avec la nature.

Cette année, l’anniversaire de la reprise du bois Lejuc, le mardi 15 août, suit deux jours de festival, les Bure’lesques, qui a rassemblé des milliers de personnes autour de concerts, de spectacles, de conférences, etc.

  • Mardi 15 août 2017, 12 h : un peu moins d’un millier de personnes sont rassemblées autour de la salle des fêtes de Bure. On y croise des manifestants de tous horizons, plusieurs avec des enfants, ou encore des cagoulés, ayant pris soin de distribuer aux habitants des tracts expliquant pourquoi ils masquent leur visage. « Les militants subissent une répression terrible de la part de la gendarmerie et de la justice, expliquent-ils à des Buriens qui comprennent la démarche. Des paysans du coin qui manifestent leur position contre Cigéo sont arrêtés, auditionnés, attaqués pour des défauts de présentation de permis de conduire sur leurs tracteurs ou des prétendus outrages. On leur met une pression forte pour qu’ils craquent, pour les intimider. On leur confisque leurs outils de travail, etc. Se cagouler est nécessaire. »
  • 14 h : Le cortège se forme et descend dans le village en chanson et musique, complètement détendu. Objectif : atteindre le site archéologique qualifié d’« exceptionnel » par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) et menacé par la construction de Cigéo. Il s’agit de tenter de le protéger symboliquement le temps d’un après-midi. Mais la joie qui se dégage est très vite douchée par les forces de l’ordre, qui bloquent entièrement la sortie de la commune, comme ce fut le cas en juin lors de la dernière manifestation. « C’est devenu impossible de faire entendre sa voix à Bure, c’est ça ? » crient certains militants, écœurés. Voyant arriver les centaines de manifestants, les gendarmes tirent les premières grenades lacrymogènes, assourdissantes et de désencerclement, sans blesser personne, heureusement. L’atmosphère devient vite irrespirable. Les participants à ce rassemblement sont pris au piège de cette minuscule ruelle. La décision est prise de rebrousser chemin.
  • 15 h : Les gendarmes sont partout, sur toutes les routes, bloquant et filtrant tous les accès, mais la bonne humeur est revenue. La balade dans les champs, pour tenter de trouver une voie vers le site archéologique, fait du bien.
  • 16 h : Arrivée dans le petit village de Saudron, situé dans une cuvette. Des barricades sont montées à la hâte pour empêcher les forces de l’ordre de débarquer à l’arrière du cortège. Ce dernier remonte alors la rue vers Bure, avant d’être à nouveau accueilli par des grenades de désencerclement. La tension monte. Des pierres sont lancées. Puis arrive le camion équipé de canons à eau et jets puissants, l’un des rares que la police nationale possède en France. « Ce n’est pas que de l’eau qu’il crache, il y a un produit qui s’accroche à la peau, brûle et fait pleurer, comme les gaz lacrymogènes. C’est incroyable », s’emporte une femme, qui tente de protéger ses enfants qui reçoivent le liquide en pleine figure. « C’est historique, ce camion à Bure. Aujourd’hui, la répression passe un cap », commente un des organisateurs de la manifestation. La suite va confirmer ses propos.
  • 17 h 30 : Pour éviter les canons à eau, le groupe a bifurqué dans les champs, suivi comme son ombre par des dizaines de gendarmes mobiles fortement armés. Après une rapide analyse de la situation, la décision est prise collectivement d’aller saluer une dernière fois les forces de l’ordre avant de partir. Mais le comité d’accueil, les gendarmes, va alors faire parler la poudre. Des dizaines de grenades de désencerclement et assourdissantes explosent, la plupart à hauteur de visage.
  • À ce moment, je me trouve à gauche dans le champ, regardant les gendarmes, bien à l’écart (une bonne quinzaine de mètres), avec mes deux caméras bien en évidence devant moi, non masqué. Je commence à filmer quelques plans de la dernière poussée, et là, il y a une première explosion juste devant moi, à une dizaine de mètres, celle qu’on voit sur la vidéo. Je crois d’abord à un « accident », la grenade explosant à hauteur de visage. J’arrête de filmer, j’entends sur ma droite une fille crier « Attention, cours ! ». Je me mets à courir, et heureusement, car deux secondes plus tard, j’entends une grosse détonation. En me retournant, je vois la fumée à hauteur de là où se trouvait ma tête juste avant.
  • Cette scène s’est répétée deux fois, avec à chaque fois quelqu’un qui a vu partir les grenades et qui m’a prévenu. Quatre grenades me visant et explosant à hauteur de visage : peut-on encore parler d’accident ? De maladresse ? Je ne crois pas.
  • Même si je risque de garder très longtemps ce souvenir dans ma tête, je retournerai témoigner comme journaliste. Mais j’envisage de m’équiper encore plus. Car, quelques secondes après ces quatre forts moments de tension, j’ai vu le pied de Robin exploser, à une vingtaine de mètres sur ma droite, puis les brancardiers qui viennent le secourir se faire canarder. Dans cet enfer, Robin a « la chance » de voir une grenade n’exploser que sur son pied, car il aurait pu certainement en mourir si celle-ci avait fini sa course sur sa tête. Sa chaussure explose, son pied ensanglanté pendouille. C’est une vision d’horreur qui s’offre aux manifestants. Les brancardiers arrivés à la hâte sont eux aussi canardés.
  • 19 h : Les manifestants, enfants y compris, sont sous le choc. La violence des forces de l’ordre va leur laisser des souvenirs pour très longtemps. « On n’a jamais vu un tel déchaînement. »

VOIR LA VIDEO :



Cette violence ne va cependant pas éteindre l’opposition. Un rassemblement est prévu mardi 12 septembre à Bar-le-Duc : un paysan, Jean-Pierre Simon, doit être jugé pour avoir aidé les opposants ; les gendarmes lui ont saisi son matériel.




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Source et vidéo : Sébastien Bonetti pour Reporterre

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