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Zad de Notre-Dame-des-Landes : « Nous voulons stopper l’escalade de la tension et obtenir le temps »

20 avril 2018 / Laury-Anne Cholez (Reporterre)

A l’issue d’une après-midi de réunions à la préfecture à Nantes ce vendredi, la délégation intercomposantes a annoncé avoir déposé une quarantaine de formulaires individuels qui couvrent « la quasi totalité des lieux de vie ». La préfète a apprécié « un gros travail fait par occupants de la Zad avec 28 projets nominatifs agricoles déposés » et note « une ouverture ».

  • Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

Ils ont fait "un pas vers l’État". Ce vendredi 20 avril, une délégation d’habitants de Notre-Dame-Des-Landes a déposé à Préfecture une quarantaine de dossiers nominatifs "qui représentent des projets collectifs et touchent la quasi totalité des lieux de vie". Soit environ 280 hectares de terres agricoles, de surfaces boisées et de bâtis. "Nous répondons aux injonctions de l’Etat car nous voulons stopper l’escalade de la tension et obtenir enfin le temps du dialogue", ont-ils déclaré à la sortie de la réunion. Pour rappel depuis le début de l’opération d’expulsion le 9 avril dernier, près de 2.500 gendarmes ont été mobilisés, pour 11.000 grenades tirées ayant blessé plus de 272 habitants, leurs soutiens et des journalistes.

Les habitants de la Zad répondent ainsi à une injonction du gouvernement qui réclamait des projets nominatifs, comme l’a rappelé Nicolas Hulot le 18 avril lors d’un déplacement à Nantes. "Il s’agit de se déclarer collectivement sur des terres collectives, expliquent-ils. Et il n’y a pas de volonté d’anonymat là-dedans. On n’essaie pas de se cacher derrière une convention collective, par contre on affirme la gestion collective qui, d’un point de vue environnemental, peut être vraiment couronnée de succès et permet des inventions sur des manières de vivre en préservant l’environnement et la biodiversité".

De son coté, la préfète Nicole Klein note qu’il y a eu "un gros travail fait par occupants de la Zad, avec des projets nominatifs agricoles déposés et des promesses d’inscription à Mutualité sociale agricole. C’est un signe de bonne volonté". Elle a indiqué que les services de l’Etat allaient à présent examiner et expertiser les projets sans toutefois pouvoir s’engager sur ce qui allait se passer après la date butoir du 23 avril, l’ultimatum fixé par le gouvernement pour remplir ce formulaire.

Ambiance fébrile et tendue sur la ZAD

Ce vendredi matin à la Rolandière, au cœur de la ZAD, l’ambiance était fébrile et tendue. Certains ont passé la nuit à bûcher sur leurs formulaires afin de proposer des projets crédibles et cohérents. "Nous avons tous travaillé ensemble pour aller bien au-delà de la simple fiche individuelle et rester en adéquation avec la façon dont le territoire s’est organisé ces dernières années. C’est à dire de manière collective, solidaire et uni", explique un habitant. Lors de l’assemblée des usages du jeudi 19 avril, où les participants décident ensemble de la stratégie à adopter, très peu de voix se sont levées pour s’opposer à ce dépôt. "Cela fait seulement deux semaines que je suis arrivé, mais je trouve que les gens sont plus unis qu’avant. Ou alors peut-être que ceux qui ne sont pas d’accord ne viennent plus aux assemblées d’usage ?" s’interroge un soutien.

Tous insistent sur le caractère sérieux des propositions, ainsi que sur leur vision globale. Pas question de laisser sur la touche ceux qui n’auraient pas envie de remplir ce formulaire. "Nous voulons faire en sorte que tout le monde puisse trouver et garder sa place sur ce territoire et développer un projet en accord avec l’hétérogénéité de la lutte". Tous les dossiers présentés sont interdépendants. Si bien que l’état ne pourrait pas en refuser un sans bouleverser la structure du reste des propositions. "Pas question de faire du tri". Sur les 40 propositions, on compte 28 projets agricoles ou para-agricoles et 12 projets artisanaux ou de distribution. "7 paraissent sans problème. 18 ne sont pas loin de l’aboutissement", tandis que les restants peuvent "poser problème", précise la préfète.

Au final, personne n’a rempli sa fiche de gaité de cœur, car bien peu sont dupes du jeu politique qui se trame aujourd’hui. Dans une tribune publiée vendredi 20 avril, les habitants s’inquiètent que leur "main tendue" soit "refusée en bloc par le gouvernement en train de se radicaliser, et que la violence d’État continue de sévir à Notre-Dame-des-Landes. D’autres lieux, peut-être tous, pourraient alors être détruits, ce qui marquerait la fin de cette expérimentation sociale unique en France."


Fil d"actu du vendredi 20 avril

  • 18 h : Les habitants de la Zad de Notre-Dame-des-Landes ont publié un communiqué sur leur site d’information témoignant de leur volonté de « répondre aux injonctions du gouvernement ». « Nous voulons stopper l’escalade de la tension sur la zone et obtenir enfin le temps nécessaire au dialogue et à la construction du projet que nous défendons », affirment-t-il. « Nous attendons aujourd’hui avec cette remise d’un ensemble de dossiers et déclarations d’intentions, que les valeurs que nous portons dans ce bocage soient enfin prises en compte dans la suite du dialogue. Contrairement à ce qui avait pu être déclaré par le gouvernement, il ne s’était pas agit pour nous de refuser de nous nommer et de présenter ces projets, mais de s’assurer du maintien de la dimension coopérative et des liens entre les usages. » Avant de prévenir : « Nous refuserons ensemble tout nouveau tri et expulsions des lieux de vie et espaces d’activités de la Zad. La pression policière et les ultimatums intenables doivent cesser. »

  • 17 h 15 : Après le point presse de la délégation, celui de la préfète à l’intérieur de la préfecture à Nantes. Elle note qu’il y a eu « un gros travail fait par occupants de la Zad avec vingt-huit projets nominatifs agricoles déposés et des promesses d’inscription à la Mutualité sociale agricole », selon un journaliste présent sur place. Les services de l’Etat vont « examiner et expertiser projets. C’est un signe de bonne volonté », a-t-elle poursuivi. Pour ce qui est de la suite des événements après l’ultimatum du 23 avril, « ce n’est pas moi qui décide. C’est le gouvernement », a-t-elle indiqué. Sans aller jusqu’à parler de sortie de crise, elle a observé « une ouverture » et que les routes départementales étaient dégagées ce vendredi. Mais il reste du travail : sur les vingt-huit projets agricoles déposés, « sept paraissent sans problème, dix-huit pas loin de l’aboutissement » tandis que les restants peuvent « poser problème », relève-t-elle.
La préfecture à Nantes. Crédit Emmanuel Gabily (Reporterre)

  • 17 h : La délégation intercomposantes a fait une déclaration devant la préfecture à Nantes, après des réunions avec la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) et la préfète de la région Pays-de-la-Loire Nicole Klein. « Nous répondons aux injonctions de l’Etat car nous voulons stopper l’escalade de la tension et obtenir enfin le temps du dialogue et de la construction », ont-ils déclaré selon un journaliste présent sur place. Elle a appelé ses soutiens à être vigilants en début de semaine prochaine et a annoncé refuser de nouvelles expulsions. Enfin, elle a souligné avoir fait « un pas vers l’Etat et déposé une quarantaine de dossiers nominatifs qui représentent des projets collectifs et touchent la quasi totalité des lieux de vie ». En particulier, les projets agricoles déposés couvrent environ 280 hectares de surfaces agricoles ainsi que des surfaces boisées et du bâti. Ils préviennent toutefois : « Si l’on enlève un élément du collectif, ça ne peut pas marcher. A l’Etat maintenant de négocier. »
Point presse de la délégation à l’issue des réunions à la préfecture à Nantes. Crédit Emmanuel Gabily (Reporterre)

  • 15 h : Quatorze députés européens, entraînés par l’élu (Podemos) espagnol Xabier Benito Ziluaga, ont adressé une lettre ouverte de soutien à la Zad de Notre-Dame-des-Landes au président de la République Emmanuel Macron :

Nous voulons vous faire part de notre attachement aux expériences agricoles novatrices, ambitieuses et soutenables. L’exemple de la Zad de Notre-Dame-des-Landes dépasse largement les frontières françaises et est repris comme modèle dans nombre de nos pays. Dans la lignée de la transition écologique que vous défendez, nous souhaitons que puisse exister à Notre-Dame-des-Landes une Zone d’Agriculture Durable basée sur l’entraide et la solidarité. Le caractère collectif de la démarche est essentiel. L’ultimatum d’une semaine que vous avez donné aux différents acteurs pour déposer des projets agricoles n’a aucun sens. Par définition, des projets soutenables demandent du temps et de la réflexion. Et ce, d’autant plus dans un climat de répression violente du mouvement. C’est pourquoi nous vous demandons de revenir sur cet ultimatum et d’accepter que les projets puissent être déposés collectivement.

Par ailleurs, nous souhaitons vous exprimer notre plus vive préoccupation quant à la manière dont le gouvernement français procède à « l’évacuation » de la ZAD. La Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne établit un certain nombre de principes qui nous semble essentiel de respecter. Ainsi, nous demandons la démilitarisation de la ZAD, condition préalable à la reprise d’un dialogue serein et à la recherche d’une solution pacifiée et écologiquement soutenable. »

La lettre des députés européens à Emmanuel Macron
Xabier Benito Ziluaga. Crédit Edbepi (Wikipédia)

  • 14 h 30 : Une nouvelle réunion a commencé entre la délégation intercomposantes et la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), à la préfecture de Nantes. La délégation est venue avec une quarantaine de formulaires individuels remplis, dont une trentaine décrivent des projets purement agricoles, selon le quotidien régional Ouest-France. A l’issue de cette réunion, à 16 h, la délégation rencontrera la préfète de la région Pays-de-la-Loire Nicole Klein. Elle donnera ensuite un point presse vers 16 h 30.



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Lire aussi : À Notre-Dame-des-Landes, avec les marginaux de la Zad, ceux qu’on n’entend jamais

Source : Laury-Anne Cholez pour Reporterre
. fil d’actu pour la journée : Emilie Massemin.

Photos :
. Chapô : La cabane de la Hulotte, lieu de maraîchage sur la Zad. Crédit Emmanuel Gabily (Reporterre)
. La préfecture à Nantes. Crédit Emmanuel Gabily (Reporterre)
. Point presse de la délégation à l’issue des réunions à la préfecture à Nantes. Crédit Emmanuel Gabily (Reporterre)
. Xabier Benito Ziluaga. Crédit Edbepi (Wikipédia)
. La délégation : « On n’arrive pas les mains vides. Il y a des éléments pour espérer une sortie de crise ». Crédit Christophe Jaunet (Ouest-France)



Documents disponibles

  La lettre des députés européens à Emmanuel Macron
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