Les cadeaux à offrir (ou pas) à vos amis écolos

Durée de lecture : 9 minutes

21 décembre 2018 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Cette année, le père Noël dispose d’un large choix de cadeaux écolos et éthiques à mettre dans sa hotte. Reporterre, qui a reçu de nombreuses communications, a sélectionné pour vous quelques-unes de ces idées pour le moins… curieuses.

Le 25 décembre approchant, ma boîte mail s’est peu à peu remplie de communiqués alléchants vantant le nec plus ultra du présent écolo. Mieux qu’une hotte de père Noël vert, plus fournie qu’un coffret de chocolat bio. « Top 10 des cadeaux écoresponsables », « Notre liste des meilleurs cadeaux éthiques », « Un Noël zéro déchet, ni moche ni radin ». Parmi ces centaines de produits tous plus « panda friendly » les uns que les autres, difficile de s’y retrouver. Comme on dit au pôle Nord, autant chercher une aiguille (de sapin) dans une botte (de père Fouettard). N’écoutant que mon devoir journalistique, j’ai donc revêtu mon manteau rouge et blanc tricoté par une brebis ardéchoise pour vous proposer ma sélection. Voici « les dix cadeaux que vous pouvez offrir (ou pas) à vos amis écolos ».

1. Le mug pour déprimer dès son petit-déjeuner

Pour ne jamais oublier combien la planète va mal, même au moment de la pause café, optez pour la tasse « réchauffement climatique ». Au fur et à mesure que l’eau (du thé ou du café) monte, la carte du monde représentée sur le mug évolue : la banquise fond, la Floride est recouverte par la mer (de porcelaine). Balèze ! Un véritable outil de propagande pro-collapsologie. Car, comme le dit si bien le site qui le commercialise, « il est important de comprendre le problème de réchauffement climatique qui affecte notre planète. Vous ne parvenez pas à vous en rendre compte ? Ce mug en porcelaine bleu vous montrera quel est son impact. » La révolution de la tasse est en route ! Espérons juste que le café versé dedans soit bio et équitable…

2. La vengeance du cycliste

Qui n’a jamais rêvé de rayer une voiture mal garée sur une voie réservée aux vélos ? Amis cyclistes, voici la solution non violente : l’autocollant « Je me suis vraiment garé comme une merde ». Simple, efficace, et sans douleur — il se retire à l’eau. « Avec ces dimensions de 15 cm de long et 5 cm de large, vous pouvez en garder toujours un dans votre poche prêt à “sticker” une voiture mal garée », précise le site Le Cyclo. On attend désormais avec impatience l’autocollant « Je conduis vraiment comme une merde » livré avec une sarbacane afin de viser les scooters empruntant les pistes cyclables.

3. Les assiettes en bambou pas très « me too »

Cela partait pourtant d’une bonne idée. Des assiettes pour les plus jeunes en fibre de bambou, incassables, nettoyables au lave-vaisselle et écolos. Sauf que la version « pour l’enfant qui adore danser et qui rêve de devenir danseuse étoile », comprendre « pour les filles », est rose, avec une ballerine blondinette, et une inscription indiquant « pretty » (jolie, in english), comme indiqué sur le site qui les vend. Et devinez la couleur de la version pour « le petit qui adore les superhéros » ? Pour les garçons qui aiment danser et les filles qui rêvent d’acquérir des super-pouvoirs, on continuera de manger dans une assiette en céramique !

4. Les souliers qui ne font pas mal aux vaches

Chaussure végane ne signifie pas qu’elle ne mange pas de viande. Cela veut simplement dire qu’elle est fabriquée sans cuir (de vache). Donc en toile ? me direz-vous. Non, mieux que ça, en « microfibre de haute qualité, qui d’apparence ressemble au cuir », explique le site Noah. Waouh ! Recherche faite, ce produit « high-tech » est en fait en fibres de polyester. Autrement dit, l’un des plastiques les plus utilisés par la mode. Autrement dit, du pétrole.

Également véganes, et nettement plus exotiques, les chaussures en peau d’ananas connaissent un boom. À partir de 480 feuilles d’ananas, l’entreprise Piñatex, leader de l’espadrille fruitière, arrive à produire un mètre carré de ce matériau ressemblant à du cuir. Seul bémol, les ananas ne poussant pas sous nos latitudes, ils proviennent des Philippines. Ralala, ces écolos, de vraies peaux de vache !

5. L’emballage biodégradable, thermoformable, réutilisable (et vraiment indispensable ?)

Au rayon révolution végane, voici le « premier emballage français végétal et réutilisable ». « Thermoformable, Cosse [c’est son nom] prend la forme des plats et aliments grâce à la chaleur des mains ou la pression des doigts. Il enrobe, se plie, se façonne au gré de la forme des aliments et des récipients », indique l’entreprise. « Biodégradable, composé à partir de matières naturelles, certifiées bio et/ou cultivées dans les conditions de la bio, garanti sans plastique, aluminium, BPA, perturbateur endocrinien ». Bref, le tupperware du 21e siècle. À 25 € les trois sachets, vous pouvez aussi continuer à utiliser des sacs en tissu et des bocaux en verre.

6. La « box immersion à la ferme »

Marre des « box séjour insolites », où vous finissez dans une yourte avec jacuzzi suspendue entre les arbres ? Envie d’authenticité ? La start-up « Oh la vache ! » vous propose désormais « des immersions chez des producteurs engagés pour une agriculture durable et responsable ». La « box » vient même avec de la paille en provenance d’une des fermes partenaires, c’est dire la traçabilité. « Le temps d’une journée ou deux, les participants prennent un bol d’air frais pour apprendre à fabriquer du fromage, lever du pain, guider un troupeau de brebis ou encore tailler des vignes champenoises, explique le site de l’entreprise. Ils arrivent à la campagne afin d’y découvrir un savoir-faire et en repartent avec le doux souvenir d’un moment de détente au vert où l’on partage de délicieux repas issus des produits de la ferme. » Comptez quand même 160 € pour une journée, 270 € pour une nuit et deux journées. Sinon, vous pouvez aussi passer par le réseau Accueil paysan, qui développe depuis trois décennies des liens entre tourisme et agriculture paysanne.

7. Les sous-vêtements bio… aux nanoparticules ?

Du coton bio, du chanvre produit en France… au premier abord, les sous-vêtements éthiques ont tout pour séduire nos postérieurs. Pour les rendre plus écolos qu’écolos l’entreprise Miculibio a même trouvé une technique qui réduit la fréquence des lavages nécessaires ! Le miracle s’appelle Silvertech. Ce « procédé repose sur l’introduction d’une petite quantité d’argent dans le tissage du textile », qui, d’après le site de Miculibio, est « naturellement antibactérien, et contribue à éliminer les mauvaises odeurs dues à la prolifération bactérienne ». Mieux que péter dans la soie, mettons de l’argent dans nos culottes !

C’est là que je tique, grincheuse que je suis. Car les nanoparticules d’argent, par ailleurs largement répandues dans les cosmétiques, les emballages alimentaires, les vêtements, les brosses à dents… sont toxiques pour l’environnement et potentiellement dangereuses pour la santé. L’entreprise étasunienne à l’origine de la technologie Silvertech ne parle pas de nanomatériaux et précise bien sur son site qu’« il n’y a pas de produits chimiques artificiels dans notre argent pur à 99,99 % », et qu’ « il est bien sûr non toxique ». Mais pas principe de précaution, je vais garder mon argent pour m’acheter des sous-vêtements 100 % textile bio.

8. Le crayon qui voulait redevenir arbre

Les stylos lumineux et les crayons à cinq couleurs, c’est démodé, déjà vu, surfait. Aujourd’hui, le must se nomme crayon à planter. « Une fois que le crayon est trop court pour être utilisé, enterrez la partie blanche dans un pot avec de la terre pour faire pousser les plantes », explique le site d’Altermundi, qui le commercialise. Quelques semaines plus tard, si vous avez la main verte, basilic, menthe, pensée ou tournesol germeront de votre défunt porte-mine. L’histoire ne dit pas en revanche si la tisane de camomille aura un arrière-goût de graphite…

9. Le secret du bicycliste masqué

Pour avoir du style tout en pédalant dans les villes enfumées, les fabricants de masques antipollution rivalisent de créativité. Parmi mes préférés, les versions animalières. Tigre, ours ou requin. Le plus : ça permet de lancer des regards méchants aux automobilistes rageurs. Le moins : jusqu’à preuve du contraire, l’Agence sanitaire (Anses), n’a pas pu se prononcer avec certitude sur leur pleine utilité en matière de filtrage des particules fines. À noter qu’il peut aussi être utilisé en manifestation, pour pouvoir rugir au milieu des lacrymos.

10. Le PQ réutilisable, pour ne jamais être au bout du rouleau

C’est le « top niveau » du cadeau écolo, réservé aux plus aventureux. Pour celles et ceux qui ont déjà des cotons en tissus, des shampoings secs et des cups menstruelles. Voici donc le papier hygiénique zéro déchet. Côté pile, une sorte de serviette éponge. Côté face, un joli tissu fleuri avec un bouton pression. « Il s’utilise comme le papier basique. Une fois utilisé, on le “clipse” pour le fermer, on le glisse dans la machine et, une fois propre et sec, on peut le réutiliser », précise la page web où le commander. Pour la notice d’utilisation, Vicky, « québécoise minimaliste », nous livre sur YouTube son retour d’expérience. « C’est un processus, il faut y aller petit à petit », explique-t-elle, avant de s’enflammer : « Mais c’est révolutionnaire, beaucoup plus doux, plus absorbant ! » Un bon sujet de discussion lors du repas de famille.

Si aucune de ses idées ne vous a emballé, vous pouvez aussi faire vos cadeaux vous-mêmes et retrouver toutes nos pistes pour faire rimer Noël et écologie.


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Lire aussi : À Noël, on peut être écolo et offrir des cadeaux

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : Les différentes marques citées.
. chapô : PxHere (CC0)

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