Nourrir les grèves, mode d’emploi
Le collectif Rrave, né au printemps 2025, a pour objectif de nourrir les luttes. Mardi 9 septembre, ses membres préparaient de la soupe, des sandwichs, etc. - © Chloé Richard / Reporterre
Le collectif Rrave, né au printemps 2025, a pour objectif de nourrir les luttes. Mardi 9 septembre, ses membres préparaient de la soupe, des sandwichs, etc. - © Chloé Richard / Reporterre
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Dans une ferme paysanne du Morbihan, des militants s’activaient, la veille du 10 septembre. Sandwichs, soupe, crêpes bretonnes... L’objectif de cette cantine populaire : préparer à manger pour un demi-millier de personnes.
Morbihan, reportage
Sur un long étal, des kilos et des kilos de légumes s’entassent dans des cageots. « Il faut peler les pommes de terre, éplucher et râper les carottes. Pareil avec les betteraves. Il faut aussi faire les salades et les sauces », liste Blanche, tablier noué autour de la taille. D’un côté, une dizaine de personnes s’occupe des pommes de terre et des oignons qui deviendront, d’ici à quelques heures, une soupe. D’autres se chargent de détacher les feuilles de batavia avant de les passer dans une essoreuse à salade taille XXL.
L’objectif de ce mardi 9 septembre, dans ce hangar de ferme paysanne située quelque part dans le Morbihan ? Faire à manger pour un demi-millier de personnes. Et pas n’importe lesquelles : ces petits plats sont destinés à nourrir les grévistes qui auront répondu à l’appel à bloquer le pays le 10 septembre.
Des produits bio et locaux
La mobilisation, aussi connue sous le nom de « Bloquons tout », a vu le jour courant juillet alors que le Premier ministre François Bayrou, aujourd’hui fraîchement démissionnaire, a annoncé un plan d’austérité. Très vite, l’appel à se mobiliser a été rejoint par des collectifs tels que Les Soulèvements de la Terre et Bassines non merci ; des syndicats comme la CGT et des partis politiques, tels que La France insoumise, Les Écologistes et le Parti communiste. Un peu partout en France, des cantines de luttes aussi appelées « réseaux de ravitaillement » se sont organisées. Rennes, Rouen, Paris, Soissons… et ici, quelque part dans le Morbihan.
« Environ 400 sandwichs carnés, végétariens et véganes, ainsi que des crêpes de sarrasin et 100 litres de soupe vont être proposés mercredi [10 septembre] quelque part sur un rond-point. Le tout à prix libre », explique Iris, membre du Réseau de ravitaillement alimentaire des ventres enragés (Rrave).
Créé au printemps, il a pour but de « nourrir les grèves ». Certains légumes sont issus de dons, de récupération d’invendus, d’autres ont été achetés. Quant aux oignons, ils ont poussé dans un « grenier ». C’est le nom donné aux parcelles agricoles prêtées par des paysans et cultivées par les membres de Rrave afin de « nourrir les luttes, explique Iris. L’idée est venue suite à un appel lancé par Les Soulèvements de la Terre. »
Tous les légumes, les légumineuses, le fromage et le pain, sont produits localement et en agriculture biologique. « La cantine à base de produits locaux est aussi une bonne façon de montrer qu’en temps de lutte, le territoire est résilient », souligne Éliane, épluchant à la chaîne des pommes de terre qui seront ensuite découpées en dés par son voisin. Pour sa première action militante, elle a choisi une activité concrète et « joyeuse » : « J’adore cuisiner en groupe », sourit-elle.
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Cantines de lutte au XIXe siècle
Une façon aussi, selon Iris, de soutenir les paysans locaux et « d’apporter du soin ». La démarche n’est pas nouvelle. « Dans les grèves et mouvements sociaux du XIXe siècle, il y a toujours eu des cantines populaires, particulièrement dans les grèves des femmes », dit à Reporterre Mathilde Larrère, historienne des mouvements sociaux. Elle remarque aujourd’hui « un renouveau de ces pratiques très anciennes. Cela s’est pas mal développé dans les zad d’abord, et cela doit sans doute se croiser avec le développement des circuits courts ».
Au XIXe, « dès qu’on arrêtait de travailler, on n’avait plus les moyens de se nourrir. Et un des moyens de tenir, c’étaient les cantines populaires », ajoute l’historienne. Reste désormais à savoir si, cantines de soutien ou pas, la mobilisation parviendra à s’inscrire dans le temps malgré les quelque 80 000 policiers et gendarmes annoncés par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Ce dernier n’appelle ni à la joie, ni au soin, mais « à de la fermeté ».