16 000 choucas bientôt abattus pour avoir picoré des champs
16 000 choucas des tours pourraient être abattus cette année en Bretagne. - Flickr/CC BY-NC-SA 2.0/Bruno Schoonbrodt
16 000 choucas des tours pourraient être abattus cette année en Bretagne. - Flickr/CC BY-NC-SA 2.0/Bruno Schoonbrodt
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Les préfectures du Finistère et des Côtes-d’Armor autorisent la destruction de cet oiseau protégé. En cause : les dégâts qu’il occasionne au secteur agricole. Pourtant, d’autres solutions existent, selon l’association One Voice.
En Bretagne, 16 000 choucas pourraient être abattus cette année. Comme l’année d’avant. L’association One Voice dénonce cette situation : « En pleine période de nidification, bien que les petits viennent de naître et sont encore présents dans les nids, des chasseurs vont pouvoir tirer sur des milliers de choucas. » Des opérations de tirs ont déjà eu lieu, les arrêtés préfectoraux ayant été publiés à la mi-mai dans les Côtes-d’Armor et le Finistère. L’association a déposé des recours devant le tribunal administratif pour la troisième année consécutive.
Le choucas des tours est une espèce protégée qu’il est interdit de tuer ou de perturber intentionnellement. Mais ces deux textes dérogatoires autorisent les chambres d’agriculture à procéder à la destruction ou au « prélèvement » de ces oiseaux dans la limite de 8 000 individus, jusqu’au 30 septembre 2024 dans les Côtes-d’Armor et jusqu’au 31 mars 2025 dans le Finistère. Les agriculteurs peuvent ainsi faire appel à des chasseurs pour tirer sur ces oiseaux. Ils le font depuis 2007, presque sans discontinuer, car le problème est ancien.
Blé, maïs, choux, petits pois…
Que reproche-t-on à Corvus monedula, ce petit corvidé à l’œil bleu caractéristique ? Les dégâts dans les champs de céréales, dans les cultures de maraîchage et dans l’alimentation stockée dans les élevages.
« Les dégâts dont il est question sont évalués ces quatre dernières années entre 500 000 et 1 000 000 euros pour le seul Finistère, avance la préfecture dans les motifs de sa décision. On ne peut nier le préjudice économique : le seul fait que cette espèce fasse l’objet de déclarations de dégâts dont le montant est supérieur à l’ensemble des autres espèces animales, en fait un déprédateur de premier ordre. »
« Le choucas a une alimentation très diversifiée », explique Nicolas Yahyaoui, chargé de campagne et juriste pour l’association One Voice. Blé, maïs, choux, petits pois… L’oiseau picore tout ce qu’il trouve à sa disposition. Et en Bretagne, il a de quoi se gaver. Les agriculteurs expliquent tout mettre en œuvre pour limiter les razzias : méthodes d’effarouchement, semis plus profonds, filets, films d’enrubannage avec répulsif… Mais selon les chambres d’agriculture, ces réponses sont soit insuffisantes, soit inefficaces.
Le gîte et le couvert faciles
Pour autant, la destruction de milliers d’oiseaux chaque année se révèle, elle aussi, inefficace, souligne One Voice. « Tout le monde sait que ces tirs n’ont aucun impact sur les dégâts agricoles », dit Nicolas Yahyaoui.
Le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) Bretagne, dont l’avis a été sollicité par la préfecture des Côtes-d’Armor, souligne la capacité d’adaptation des choucas : « La bibliographie tend à montrer que les régulations de corvidés sont assez inefficaces, ces espèces semblant présenter une stratégie de compensation de la mortalité occasionnée par les opérations de régulation par une amélioration de la fécondité, de la survie et/ou des processus d’immigration. » Il a d’ailleurs émis un avis défavorable à la destruction du petit corvidé.
Si le choucas se plaît autant en Bretagne, ce n’est d’ailleurs pas qu’en raison de la nourriture abondante. Outre le couvert, il a aussi trouvé le gîte facile. Il niche dans les conduits de cheminées, très nombreuses dans les bourgs bretons. Ce sont ces deux facteurs combinés qui expliquent la hausse de sa population dans la région, comme le démontre un rapport scientifique de l’université Rennes 1 publié en 2022 et commandé par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Bretagne.
Cette dernière estime qu’« il convient notamment de travailler sur la recherche d’actions préventives, afin de limiter le gîte et le couvert : obstruction des cheminées, limitation des grains de maïs disponibles en hiver dans les champs, limitation de l’accès au tas d’ensilage sur exploitations, ajustement des méthodes de semis, diversion, etc. » Un plan régional d’actions (PRA) choucas des tours a ainsi été mis en place avec l’ensemble des acteurs.
Mais les solutions tardent à venir. Ainsi en est-il de l’obstruction des cheminées. « On nous répond, “C’est trop cher, trop compliqué”, dit Nicolas Yahyaoui. Même dans le Morbihan, où la préfecture se montre pourtant plus ouverte avec la mise en place d’un groupe de travail sur le sujet. » En attendant, le choucas des tours continue de picorer et de mettre sa vie en danger.