240 activistes écolos et Gilets jaunes bloquent le siège d’Amazon

Durée de lecture : 5 minutes

2 juillet 2019

La multinationale Amazon pratique l’évasion fiscale et stimule une surconsommation désastreuse pour le climat, ont dénoncé les activistes, qui ont bloqué plusieurs de ses établissements mardi 2 juillet.

  • Actualisation — 3 juillet 2019 Les blocages du siège d’Amazon à Clichy (Hauts-de-Seine) et de deux de ses sites de Lille (Nord) et Toulouse (Haute-Garonne), organisés conjointement par ANV-COP21, les Amis de la Terre et des Gilets jaunes, se sont achevés mardi 2 juillet en fin d’après-midi. Un nouveau blocage a été tenté mercredi 3 juillet à Toulouse, qui a finalement été levé en début d’après-midi. (Source : Reporterre)
    Lire aussi - Amazon : le dernier blocage levé ce mercredi midi à Toulouse
  • Article du 2 juillet 2019
  • Clichy (Hauts-de-Seine), reportage

Quelque 240 activistes d’ANV-COP21, des Amis de la Terre et des Gilets jaunes ont bloqué le siège de la multinationale Amazon, mardi 2 juillet à partir de 8 h 10 à Clichy (Hauts-de-Seine). Des actions de blocage similaires se sont déroulées au même moment dans des entrepôts à Toulouse (Haute-Garonne) et Lille (Nord).

« Il s’agit d’une action de convergence avec les Gilets jaunes, qui ont déjà bloqué 17 fois des entrepôts Amazon pour dénoncer l’évasion fiscale menée par le groupe, les conditions de travail et le bilan net négatif de créations d’emplois. Il était logique pour nous de nous associer à ces actions car on ne peut faire de l’écologie que sociale », a précisé Alma Dufour, chargée de campagne aux Amis de la Terre, en pressant le pas vers la « cible ».

Des activistes ont collé des affiches sur le siège d’Amazon, à Clichy

L’ONG, elle, a dans le collimateur la politique expansionniste du groupe, « qui a pour stratégie de doubler sa surface d’entrepôts en France d’ici 2020 » avec trois nouveaux entrepôts en projet à Brétigny-sur-Orne (Essonne), Lyon (Rhône) et Metz (Moselle). « Amazon prétend qu’il a un plan climat, mais il n’y a rien dedans, il refuse de communiquer sur ses émissions de gaz à effet de serre. Lors de l’assemblée générale du groupe, en mai dernier, 7.900 salariés ont demandé le renforcement de ce plan, mais les actionnaires ont refusé et ont préféré investir dans un logiciel controversé de reconnaissance faciale », a déploré Alma Dufour.

Des activistes ont peint des slogans au pochoir sur le sol

« Amazon est une cible des Gilets jaunes depuis décembre, a poursuivi Sand, venue de l’Yonne, près d’Auxerre, avec son gilet fluo. On a toujours voulu remettre de l’humain dans la société alors qu’Amazon n’est pas dans l’humain mais dans la surconsommation d’humains et de ressources. Il détruit des emplois, des petits vendeurs et réparateurs d’électronique du bas de la rue. On perd des ressources parce qu’on perd ces gens capable de réparer ces objets, alors que la réparation est un enjeu très important en ce moment. »

Sand, venue de Bourgogne avec son gilet jaune

Pourquoi cette convergence avec des associations écolos ? « ANV a tenté une action de convergence, on avait bloqué le pont d’Iéna en mars. Depuis, je ne les ai pas quittés, a expliqué Sand. Ils ont des cibles pertinentes et une façon de mener des actions pertinentes et claires pour le public. Et puis fin du monde, fin du mois, même combat ! En ce qui me concerne, j’habite en province, j’ai des poules dans mon jardin, un système de phyto-épuration, j’ai des enfants et je n’ai pas envie qu’ils se retrouvent dans un monde où on a sans arrêt les 45 °C qu’on a eu ce week-end et juste des ordinateurs et des robots pour gérer le quotidien. »

Après s’être précipités par petits groupes autour du siège, des activistes ont commencé par escalader les barrières, pendant que d’autres bloquaient le portillon d’entrée sous l’œil attentif du vigile. Ils se sont ensuite tous assis devant le siège, où ils ont déroulé une banderole. Une partie du groupe est ensuite entrée à l’intérieur du bâtiment où il a bloqué les portiques d’accès, en criant des slogans tels que « On est plus chaud, plus chaud, plus chaud que le climat », « Entrepôts installés, climat en danger » et « Police partout, justice nulle part ».

Peu après leur arrivée, des activistes ont pénétré dans le hall d’Amazon pour empêcher le pasage des portillons

Pendant ce temps, à l’extérieur du bâtiment, des activistes ont collé des affiches aux murs, ont peint des slogans au pochoir sur le sol et ont continué de bloquer les accès. Un activiste d’ANV-COP21 a brandi un portrait d’Emmanuel Macron réquisitionné dans une mairie quelques semaines auparavant. « Nous savons très bien qu’Amazon ne va pas changer sa politique, c’est pourquoi nous demandons au gouvernement d’agir pour protéger le climat. Si Emmanuel Macron laisse s’installer ces trois entrepôts, c’est qu’il refuse d’agir pour limiter le réchauffement climatique, alors même que le Haut Conseil pour le climat a rendu un rapport accablant la semaine dernière où il dit que les émissions de gaz à effet de serre baissent deux fois plus lentement que prévu en France », a déclaré Alma Dufour dans un mégaphone.

À gauche, Alma Dufour. L’action a été l’occasion de faire réapparaître un des portraits d’Emmanuel Macron réquisitionné dans une mairie parisienne, pour l’exhorter d’empêcher les ouvertures de nouveaux entrepôts Amazon

Assis et enlacés les uns aux autres devant la porte d’entrée latérale du siège, six activistes veillent aux allers et venues. Parmi eux, Martine, bientôt 62 ans. « Ce n’est pas ma première action, j’ai déjà participé au nettoyage de la Société générale mais en coulisse. C’est la première fois que je suis en première ligne », a-t-elle précisé. À côté d’elle, Cécile, étudiante de 19 ans, a inauguré son parcours d’activiste. « On va rester là le temps qu’il faudra », a-t-elle assuré. À 9 h 45, d’après un porte-parole, Amazon avait demandé à ses salariés de rentrer chez eux.

Martine et Élise (au centre et à droite au premier plan)

Puisque vous êtes ici…

… nous avons une petite faveur à vous demander. Dans une période où les questions environnementales sont sous-représentées dans les médias malgré leur importance, Reporterre contribue à faire émerger ces sujets auprès du grand public. Le journal, sans propriétaire ni actionnaire, est géré par une association à but non lucratif. Nous sommes ainsi totalement indépendants. Personne ne dicte notre opinion. Cela nous permet de couvrir des évènements et thèmes délaissés par les autres médias, de donner une voix à ceux qui ne sont pas audibles, et de questionner les puissants en les mettant face à leurs responsabilités.

Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés. Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et nous laissons tous nos articles en libre accès. Vous comprenez sans doute pourquoi nous avons besoin de demander votre aide. Reporterre emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produit quotidiennement des informations, enquêtes et reportages. Nous le faisons car nous pensons que notre vision, celle de la préservation de l’environnement comme sujet majeur de société, compte — cette vision est peut-être aussi la vôtre.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : Le plan secret d’Amazon en France

- Source : Émilie Massemin pour Reporterre
- Photos : © Émilie Massemin/Reporterre.

THEMATIQUE    Luttes
9 juillet 2019
Ceux qui aiment le raisonnement scientifique devraient être pour l’homéopathie
Tribune
18 juillet 2019
De l’urgence de débattre au sein du mouvement écologiste
Édito
20 juillet 2019
Radio Bambou : Les pollinisateurs, ces cupidons des fleurs
Chronique


Sur les mêmes thèmes       Luttes