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ReportageDéchets nucléaires

À La Hague, un joyeux défilé contre les déchets « mortifères » du nucléaire

150 manifestants ont défilé à Vauville, dans la Manche, contre les nouveaux bassins de stockage de déchets radioactifs à La Hague, le 14 avril 2024.

150 manifestants ont défilé le 14 avril à Vauville, dans la Manche, pour dénoncer la création de nouveaux bassins de stockage de déchets radioactifs à La Hague.

Vauville (Manche), reportage

À gauche, la centrale nucléaire de Flamanville ; à droite, au loin, l’usine de traitement de déchets nucléaires de La Hague. Au milieu, les 150 manifestants dévalent les galets de la plage de Vauville (Manche) vers la mer dans un cortège joyeux et coloré. « Le nucléaire est quelque chose de mortifère, c’est pourquoi nous portons ce discours en nous amusant et avec convivialité, sinon c’est à se flinguer, franchement », lâche Pierre, tout sourire avec son enceinte portable crachant du Dalida.

Avec ses allures de bouquet final, cette étape sur la plage a marqué la fin du « Week-end Plouf » organisé par le collectif Piscine Nucléaire Stop. Débuté la veille le 13 avril, c’est à Cherbourg qu’a eu lieu le débat « Nucléaire et déni de démocratie », qui a attiré une centaine de personnes, puis un « atelier carnaval » et des concerts. Le lendemain, l’ancienne école de Vauville a accueilli les manifestants autour de pizzas pour ensuite défiler dans la commune et sa plage, sur le thème de l’eau.

150 manifestants ont défilé sur la plage de Vauville. © Guy Pichard / Reporterre

Un « avenir magnifique » pour le nucléaire

Mobilisé depuis sa création en 2021 contre le projet de construction de deux nouveaux bassins de stockage de déchets radioactifs, Piscine Nucléaire Stop a pour spécificité de ne pas être opposé au nucléaire, mais considère le Nord Cotentin comme saturé par cette industrie. « Nous sommes contre la présence de ces déchets, confirme sous son déguisement Églantine, membre du collectif qui vit non loin, à Urville-Nacqueville. Il règne un vrai manque de consultation, notre avis est nullement pris en compte. Construire de nouvelles installations et relancer le nucléaire implique davantage de déchets ! »

Actuellement, l’usine de retraitement d’Orano est presque à saturation et ses quatre bassins font le plein. Le 7 mars dernier, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a notamment annoncé depuis La Hague la création de deux nouvelles usines sur le site et un « avenir magnifique » pour la filière dans le Cotentin. « Ces annonces sur la relance du nucléaire nous interpellent, s’inquiète Marie-Ange, elle aussi déguisée. Nous attendons la DAC [le dépôt de demande d’autorisation de création de l’installation] qui devait paraître fin décembre puis fin mars... mais rien pour l’instant. Vingt ans de travaux sont prévus pour la construction des deux piscines, plus tout le reste ! »

Les manifestants ont défilé sur le thème de l’eau. © Guy Pichard / Reporterre

Outre la durée des travaux, les mensurations des futurs bassins inquiètent les opposants. Avec 200 mètres de long, 100 de large et 25 de haut, difficile de parler de simples piscines. « Le terrain actuel appartient à Orano et est en cours de décontamination [dû à l’entreposage de déchets contaminés]. Des travaux ont lieu, mais on n’en sait pas grand-chose », continue Marie-Ange, pendant que le bonhomme (factice) de carnaval est mis à l’eau.

La jeunesse contre le nucléaire

Troisième événement de ce type, le défilé a rassemblé une population assez éclectique mais très locale. « Le développement de ce site me questionne beaucoup. Les gens ont le droit de s’exprimer et de se faire entendre », juge Éric Pellerin, maire délégué de Vauville. C’est sous un soleil radieux que le défilé aura joyeusement traversé le bourg du village en passant par la plage pendant deux heures, avant que chacun retourne se désaltérer et penser à la suite.

«  Si cette lutte se révèle vaine, il faudra en retenir une chose : l’arrivée de la jeunesse dans la contestation nucléaire.  » © Guy Pichard / Reporterre

« C’est extraordinaire ce qui s’est passé aujourd’hui, se réjouit Pierre, le militant de longue date. Tous les lundis soirs, une quinzaine de personnes se réunissent ici, ce n’est pas banal. » Si Piscine Nucléaire Stop ne compte que 150 à 200 adhérents pour 700 sympathisants, sa force est ailleurs, selon lui : « Autrefois, dans les réunions de militantisme, seulement les grandes gueules parlaient et souvent les hommes. Aujourd’hui, c’est distribution de la parole, ordre du jour, comptes rendus, etc. Si cette lutte se révèle vaine, il faudra en retenir une chose : l’arrivée de la jeunesse dans la contestation nucléaire. »


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