À Lille, les militants unissent les luttes écologiques et sociales

29 février 2016 / par Didier Harpagès (Reporterre)



- Lillle, reportage

Plusieurs associations de la région Nord - Pas-de-Calais avaient appelé, samedi 27 février, à une mobilisation citoyenne, dans le centre-ville de Lille, contre les projets climaticides. Les organisateurs voulaient soutenir les rassemblements de Notre-Dame-des-Landes contre la construction d’un nouvel aéroport, et de Barjac contre l’exploitation des gaz de schiste. Ils considèrent qu’après la signature de l’Accord de Paris lors de la COP 21, le gouvernement français doit se mettre en cohérence avec les objectifs publiquement affichés sur le climat – et fermer définitivement la porte à l’exploitation des gaz de schiste et gaz de couche.

« Alors que deux forages sont déjà autorisés dans notre région (Avion et Divion) pour le gaz de couche, dit Christine Poilly, membre du collectif Houille-Ouille-Ouille 59/62, nous devons nous mobiliser pour empêcher le renouvellement des permis arrivant à échéance, dont celui du Valenciennois. Après la COP 21, ajoute-t-elle, nous disons plus fermement non au pétrole, non aux gaz de schiste et de couche, ni ici, ni ailleurs, ni aujourd’hui, ni demain ! »

Le cortège des manifestants s’est dirigé, sous le regard bienveillant de la police, vers le parvis de l’Opéra de Lille, où les responsables d’associations se sont exprimés.

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Soutien à la Zone à défendre

Laurent Caux, président d’Anor environnement, évoque le projet de construction d’une usine de pellets, dite Jeferco, sur la commune d’Anor, ville la plus au sud du département du Nord ! Pellets destinés à l’exportation vers des centrales thermiques allemandes et belges. « Plusieurs problèmes graves se présentent, dit Laurent Caux : les ressources sont insuffisantes, il faudrait raser l’équivalent de la forêt de Mormal tous les ans ! Jerferco vient d’être autorisée à recycler des bois de déchetterie (portes, fenêtres, meubles…) qui contiennent des substances polluantes tels que vernis, colle, peinture. Ce projet, corrigé fin 2015, va provoquer davantage de pollutions car la centrale de biomasse, nécessaire au séchage de la poudre de bois, rejette de l’arsenic, du souffre et de l’oxyde de carbone. Et je ne parle pas des camions qui transportent plus de 50 tonnes de produits par jour ! Les infrastructures routières d’Anor sont totalement inadaptées. »

On observait des banderoles sur lesquelles étaient inscrites « Non au THT ». Jean-Marc Thibaut, président de l’association RPEL59, explique que Réseau transport d’électricité (RTE EDF) veut installer une ligne à très haute tension (THT) entre Arras et Lille. Des pylônes de 70 mètres de haut, portant 24 câbles sur 40 mètres de large, viendraient défigurer le paysage. « Ce serait une véritable muraille visuelle ! » s’insurge-t-il. Il précise que le champ magnétique présente une nocivité avérée par des études scientifiques. « Nous souhaitons l’annulation de ce projet tel qu’il nous est actuellement annoncé. Pourquoi déployer une telle puissance alors que les statistiques officielles l’attestent : la consommation d’électricité baisse et va encore baisser dans les prochaines années. »

Sur les marches de l’Opéra, Antoine Jean, porte-parole de la Confédération paysanne du Nord, déclare : « Vous n’êtes pas sans savoir que l’agriculture vit actuellement une nouvelle crise. On ne le dit pas suffisamment sur les grands médias mais c’est le modèle agro-industriel, imposant aux agriculteurs des investissements lourds et par voie de conséquence un endettement insupportable, qui doit être abandonné. » Et il égrène les différentes réalisations promises dans la région Nord - Pas-de-Calais : la porcherie industrielle d’Euringhem, près de Saint Omer, qui devrait accueillir 350 truies et plus de 4.000 porcs, un élevage de 1.200 veaux en batterie à Clairefontaine, près d’Anor, et deux immenses porcheries à Raimbeaucourt, à proximité de Douai, et à Loueuse, dans l’Oise. « À l’origine de ces investissements, on trouve de gros industriels comme Michel Ramery, ajoute-t-il, mais aussi de jeunes agriculteurs insouciants qui pensent que ce type d’élevage représente l’avenir d’une profession qui doit se moderniser. Ils sont très influencés par la FNSEA, qui ne parle que de compétitivité, et par les producteurs d’aliments pour bétail, qui veulent s’enrichir ! »

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Antoine Jean, de la Confédération paysanne, au micro, et Jean Gadrey, à sa droite

Aux côtés d’Antoine Jean, Jean Gadrey, économiste, membre d’Attac, très actif au cœur de la manifestation. Il prend la parole pour dénoncer vigoureusement le Tafta qui, selon lui, est plus grave encore pour l’environnement et pour la société que NDDL, les OGM, les gaz de schiste et couche réunis. « Pourquoi est-ce plus grave ? lance –t-il à la foule. Parce que s’il est adopté, tout ce que nos résistances ont pu obtenir pour l’instant comme freins à NDDL, aux OGM, aux gaz de schiste et de couche, mais aussi comme freins à beaucoup d’autres dommages sur la santé et sur l’environnement, tout deviendrait illégal, car non compatible avec la concurrence sauvage, baptisée libre-échange, qui deviendrait la loi. » Il révèle qu’« on a appris hier que les plus hauts responsables de la commission européenne avaient transmis aux grands pétroliers, dont Exxon Mobil, des documents confidentiels pour les assurer que le traité transatlantique les aiderait à exploiter et à commercialiser en Europe, mais aussi ailleurs dans le monde via l’Europe, les gaz de schiste et les sables bitumeux, qui sont des désastres écologiques, climatiques et sanitaires. »

Avant que la manifestation ne reparte vers la place de la République, Christine Poilly annonce qu’une convergence devrait prochainement voir le jour afin de coordonner les mouvements sociaux, écologiques et anti-répression. Cette initiative a été lancée par l’association Le Réveil des betteraves, proche du journal Fakir, animé par François Ruffin. Fabrice, un de ses membres, apporte quelques précisions : « Ne surtout pas relever la tête ! C’est le message qui est donné lorsque le tribunal d’Amiens condamne les “8 des Goodyear”. Avant ça, au même endroit, c’était les “9 de la Conf”, c’était les Contis... Des milliers d’emplois paysans et ouvriers en moins, une “gauche” pire que la droite, des services publics mis en lambeaux, la démocratie asphyxiée, des musulmans et des chômeurs en boucs émissaires, un Tafta bientôt signé, et le FN qui monte. Et nous ne devrions pas relever la tête ? Le Réveil des betteraves, c’est refuser la peur. C’est refuser de se laisser faire et construire le “tout ensemble”. »

Peu d’élus à Lille samedi après-midi, à l’exception de Damien Carême, maire de Grande Synthe. Pas d’intervention publique de sa part mais quelques réflexions personnelles : « Les temps sont difficiles et le système craque de partout. Chaque jour apporte son lot d’informations affligeantes, inquiétantes et on ouvre un boulevard au FN. Mais je refuse de me laisser emporter par le découragement car se présente à nous un nouveau défi, un nouveau chantier : il faut tout reconstruire ! »

C’est sans aucun doute l’état d’esprit qui animait les manifestants lillois, certes beaucoup moins nombreux qu’à Notre-Dame-des-Landes, mais tout aussi combatifs !




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Source : Didier Harpagès

Photos : © Didier Harpagès/Reporterre

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