À Lyon, une coopérative recouvre les écoles de panneaux solaires
Emmanuel Amevor et Maxime Varlet, de la société EDMI, installent les panneaux solaires sur le toit de l’école maternelle Harmonie-Rebatel à Lyon. - © Antoine Boureau / Reporterre
Emmanuel Amevor et Maxime Varlet, de la société EDMI, installent les panneaux solaires sur le toit de l’école maternelle Harmonie-Rebatel à Lyon. - © Antoine Boureau / Reporterre
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À Lyon, la coopérative Un, deux, toits, soleil a trouvé sur les toits d’établissements scolaires un terrain idéal pour développer l’énergie solaire… et l’engagement local. Un effort auquel se greffent des parents d’élèves.
Lyon (Rhône), reportage
Lors des dernières vacances scolaires, Jonas Chevalier a passé chacune de ses pauses déjeuner sur le toit de l’école de ses enfants, dans le 3ᵉ arrondissement de Lyon. Certes, ce père de famille est représentant des parents d’élèves. Mais ce n’est pas à ce titre qu’il grimpait à l’échelle pour se hisser ensuite par une trappe jusqu’au toit-terrasse du bâtiment. Bénévole à la coopérative Un, deux, toits, soleil, il venait suivre le chantier d’installation de 79 panneaux solaires sur l’école maternelle Harmonie-Rebatel.
Pendant deux semaines, il a réceptionné le matériel, accueilli les techniciens et veillé à la cohabitation entre le chantier et l’accueil de loisirs. L’installation sera raccordée au réseau électrique et opérationnelle début 2026. Une convention d’occupation temporaire lie la coopérative à la Ville de Lyon, propriétaire du bâti, et donc du toit. Au terme de trente ans, l’installation sera léguée à la collectivité, « en état de fonctionnement ».
Un, deux, toits, soleil est une coopérative de type société par actions simplifiées. Son fonctionnement se calque sur celui des centrales villageoises. « Lors de notre création, en 2016, nous étions les premiers à adapter ce modèle à la grande ville, raconte Daniel Tain, membre fondateur et actuel président. Et dans un tissu urbain dense, l’énergie renouvelable la moins compliquée à mettre en œuvre, c’est le photovoltaïque. »
« Si on peut, on s’alignera sur le rendement du Livret A »
Le principe ? Des citoyens, désireux d’agir localement contre le bouleversement climatique, acquièrent des parts sociales de l’entreprise. Avec ces fonds, auxquels s’ajoutent des emprunts bancaires, la société finance l’achat et la pose de panneaux solaires. L’électricité produite est revendue à un fournisseur d’énergie.
Les bénéfices de cette vente servent à rembourser les emprunts, à organiser des actions de sensibilisation et de pédagogie, et — selon le choix de l’assemblée générale — sont pour partie redistribués en dividendes aux citoyens investisseurs : « Si on peut, on s’alignera sur le rendement du Livret A. » En près de dix ans d’existence, la part sociale a — certes modestement — pris de la valeur, passant de 50 à 57 euros.
« Nos dix premiers toits étaient déjà des écoles primaires », explique le cofondateur Daniel Tain. En 2020, l’élection d’équipes écologistes à la tête de la ville comme de la métropole de Lyon — qui a sur son territoire les prérogatives d’un département —, a donné un coup de fouet à cet effort citoyen.
Ces nouveaux élus ont annoncé vouloir « atteindre une production d’électricité solaire photovoltaïque de 245 GWh/an en 2026, contre 61 GWh/an en 2020 ». Il faut dire que le territoire bénéficie d’un ensoleillement propice.
Les deux collectivités listent les bâtiments publics éligibles et, lorsque les conditions techniques, financières et patrimoniales sont réunies, font appel à des prestataires classiques pour solariser centres techniques, stations d’épuration et autres. Mais elles choisissent délibérément de réserver les établissements scolaires aux collectifs citoyens.
Une approche « pédagogique »
Tout bénéf’ : l’installation, financée par l’épargne citoyenne, ne coûte alors rien aux collectivités. Aux dires des élus, là n’est pas l’essentiel : « L’intérêt de l’approche citoyenne est pédagogique : son pouvoir de sensibilisation des habitants est bien plus grand, et ça nous tient à cœur ! » dit Sylvain Godinot, 2ᵉ adjoint de la Ville de Lyon, délégué à la transition écologique et au patrimoine.
« Produire de l’électricité au-dessus des salles de classe, poursuit-il, c’est une occasion pédagogique pour les enseignants et toute la communauté éducative de s’emparer de ces thématiques. » En 2022, la ville a donc identifié douze toitures d’écoles (dont certaines ont finalement depuis été écartées pour des raisons techniques).
Elle a ensuite passé un « appel à manifestation d’intérêts » pour les solariser. La métropole a fait de même avec six collèges. La coopérative Un, deux, toits, soleil a été sélectionnée et… en a eu des sueurs froides : « En deux ou trois ans, il nous fallait faire quatre fois plus que ce qu’on avait réalisé depuis notre création, en 2016 », s’est alors inquiété son président, Daniel Tain.
Mandatée par la ville et la métropole, Coopawatt, une autre structure associative, les a aidés à changer d’échelle : il fallait de toute urgence structurer le fonctionnement, recruter des sociétaires et des bénévoles.
Pour Jonas Chevalier, le parent d’élève, tout a d’ailleurs commencé par une affiche qui clamait : « À nous l’énergie ! » « Ça m’a parlé, raconte-t-il, et encore plus quand je me suis rendu compte que l’école de mes enfants faisait partie des sites sélectionnés. »
Un stand à la kermesse
Avec d’autres, il a multiplié les actions de sensibilisation, informé le conseil d’école, animé un stand sur l’énergie solaire à chaque kermesse, avec deux arguments principaux : « Devenez coproducteur d’énergie solaire dans votre quartier » et « maîtrisez où va votre épargne ».
Certes, les courriels passent parfois inaperçus, mais le panneau de déclaration de travaux accroché au portail de l’école a suscité la curiosité. Jonas ne s’est pas découragé, faisant le pari que même si les familles n’investissaient pas elles-mêmes d’argent ou de temps, leur perception de la production et de la consommation d’énergie aura changé.
Systématiquement, les chefs d’établissement sont incités par la coopérative à s’inscrire au Défi Class’énergie, un programme éducatif aux économies d’énergie développé par l’Agence locale énergie climat pour l’académie de Lyon et la métropole. Il est bien plus facile de remporter l’adhésion des élèves lorsqu’ils peuvent suivre en direct, avec leurs enseignants, la production d’électricité sur le toit et la mettre en regard de leur consommation.
La coopérative a franchi le cap des 400 sociétaires cet été. Sa plus grosse installation, 428 panneaux sur le collège Pablo-Picasso, à Bron, a été mise en service au printemps dernier, pour une production annuelle de 190 MWh. L’école Harmonie-Rebatel est son 25ᵉ bâtiment équipé.
À la fin de l’année 2025, la coopérative devrait produire 1 million de kWh annuels, soit la consommation de 1 000 habitants. Une prochaine étape s’esquisse déjà, malgré les obstacles administratifs et réglementaires : l’autoconsommation collective, notamment avec le Crous, pour alimenter une résidence étudiante.
Au vu du bassin de population, cela semble dérisoire… Mais avec des citoyens aux manettes, les retombées sont aussi ailleurs. La coopérative a ainsi décidé de se fournir en panneaux fabriqués en France par Voltec, une entreprise installée dans le Bas-Rhin, malgré le surcoût, et de les faire poser par des entreprises locales, sélectionnées aussi pour leurs pratiques sociales.
« Quand 1 euro est investi au capital d’une installation d’énergie renouvelable citoyenne, ce sont 2,5 euros qui sont créés pour le territoire au lieu de moins de 1 euro quand le projet est totalement privé », estime l’Ademe dans une étude qu’elle a réalisée avec l’association Énergie Partagée, qui fédère à l’échelle du pays les projets d’énergie citoyenne.
En grimpant sur les toits des écoles, Un, deux, toits, soleil a trouvé un modèle à la fois technique, social et symbolique, capable de faire grandir l’énergie citoyenne à Lyon. Porter le nom d’une comptine enfantine était-il prémonitoire ?