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ReportageLuttes

À Marseille, des militants prennent la mer pour ne pas « abandonner les Palestiniens »

Yara, l'une des manifestantes du Thousand Madleens, une deuxième flottille qui prévoit de lever l’ancre mi-septembre vers Gaza. Ici à Marseille, le 31 août 2025.

Un voilier chargé d’aide humanitaire est parti le 31 août de Marseille avec des militants antiracistes et écologistes à son bord. Le but, comme les autres bateaux de l’initiative citoyenne Thousand Madleens, est de briser le siège de Gaza.

Marseille (Bouches-du-Rhône), reportage

Debout sur le pont d’un long voilier, une dizaine de personnes tapent dans leurs mains puis lèvent les bras vers le ciel. « Nous sommes tous des enfants de Gaza ! » Face au bateau, sur le quai, d’autres manifestants chantent en écho le même slogan, scandé depuis presque deux ans dans les manifestations de solidarité avec Gaza.

Barque provençale décorée d’un keffieh, catamaran, grand voilier jaune… Les bateaux qui défilent devant les quelque 800 personnes rassemblées le 31 août devant le Mucem — le Musée des civilisations d’Europe et de la Méditerranée — de Marseille ont pour seul point commun d’arborer un ou plusieurs drapeaux palestiniens. C’est cette petite flottille hétéroclite qui constitue l’escorte, pour une heure ou deux jours, selon les embarcations, d’un voilier bleu ciel chargé de médicaments et matériel médical destiné aux Gazaouis.

Haytham [*], Palestinien de Jérusalem installé depuis peu à Marseille, a les yeux qui brillent. « Ça donne un peu d’espoir… On sent une connexion simple entre des êtres humains, sans stratégie politique. »

Une flottille constituée principalement de voiliers va s’élancer mi-septembre vers Gaza. © Gaëlle Matata / Reporterre

Les prises de parole des organisateurs du rassemblement commencent par une clarification. « Ce bateau ne va pas aller à Gaza, il va jusqu’à un point de ralliement en Méditerranée, où les autres bateaux du [mouvement] Thousand Madleens le rejoindront fin septembre », explique au micro Marie Chureau, militante écologiste (ex-Youth for Climate) et pour la justice sociale, membre de la coordination nationale de Thousand Madleens to Gaza, lancée il y a à peine trois mois. Elle précise : « C’est parti d’une idée simple, l’armée israélienne arrête 1, 2 bateaux. Mais si nous en envoyons des dizaines ou des centaines à la fois, est-ce qu’ils peuvent tous les arrêter ? »

Tout comme la Global Sumud Flotilla, l’objectif de cette initiative citoyenne est de briser le siège de Gaza, et a minima « d’occuper l’espace médiatique » pour dénoncer le « génocide » en cours — un terme utilisé par plusieurs ONG, des historiens ainsi qu’un comité spécial de l’Organisation des Nations unies (ONU) depuis des mois pour qualifier les massacres, la famine organisée et les destructions de masse perpétrées par l’armée israélienne dans l’enclave palestinienne, et qui ont fait au moins 62 000 morts.

Le mouvement a déjà récolté plus de 180 000 euros pour Gaza. © Gaëlle Matata / Reporterre

La voile comme symbole

Le 31 août, une vingtaine de bateaux de la Global Sumud Flotilla sont partis de Barcelone (Espagne) et Gênes (Italie), avec notamment la militante suédoise Greta Thunberg et l’actrice Susan Sarandon à leur bord. De son côté, la flottille de Thousand Madleens vise un départ à la mi-septembre. Avec 12 pays participants, l’objectif est de rassembler 50 à 80 embarcations.

« En France, nous avons pour le moment entre 6 et 8 bateaux, fait savoir Marie Chureau. Des groupes locaux se sont créés dans une trentaine de villes, chacun a organisé des soirées de soutien, des artistes ont vendu des œuvres… On a récolté plus de 180 000 euros jusqu’ici ! »

Mais l’argent est vite dépensé : au-delà de l’achat des bateaux, « il faut investir dans des systèmes de communication par satellite, des caméras et des batteries puissantes pour pouvoir envoyer des images au fur et à mesure de la traversée », précise Hanane [*], skipper chargée de la recherche des bateaux. Elle souligne que c’est la première fois qu’une flottille constituée principalement de voiliers va s’élancer vers Gaza. « Au-delà de l’aspect écologique, c’est le symbole qui est important : nous allons être portés par les éléments naturels pour défendre des valeurs naturelles : la vie, l’humanité, la solidarité. »

Quelque 800 personnes se sont rassemblées le 31 août devant le Mucem de Marseille. © Gaëlle Matata / Reporterre

Esther Le Cordier, passée par Youth for Climate et également membre de la coordination nationale de Thousand Madleens, estime pour sa part que la lutte contre le génocide à Gaza et l’écologie sont liés. « C’est un même système colonialiste et militariste qui opprime les peuples et détruit la planète, soutient-elle. Et la question palestinienne n’est pas isolée des autres luttes dans le monde : nous construisons une nouvelle “internationale des peuples” qui va du Soudan au Kenya, de la Kanaky au Congo... »

Pour Marie Chureau, le combat pour les êtres vivants englobe aussi logiquement les êtres humains. « Pour moi, être militant écologiste et ne pas se mobiliser contre le génocide à Gaza aujourd’hui, ça n’a pas de sens. »

Elle rappelle que la colonisation israélienne mène à la destruction des terres et du lien à la terre, évoquant les milliers d’oliviers arrachés récemment en Cisjordanie et la banque de graines détruite.

Naima (à g.) et Yara, manifestantes. © Gaëlle Matata / Reporterre

S’il y a des personnes engagées au sein des Soulèvements de la Terre et d’Extinction Rebellion dans Thousand Madleens, ses principaux animateurs viennent « plus des luttes sociales que des luttes écologistes », précise Marie Chureau. « Il y a beaucoup de militants antiracistes et antifascistes parmi nous », dit-elle.

Dans l’équipe locale à Marseille, qui compte une centaine de personnes, on trouve à la fois des militantes féministes ou déjà engagées pour la Palestine, mais aussi des personnes qui n’avaient pas mené d’actions concrètes autres qu’une participation ponctuelle aux manifestations.

Les militants, ici devant le Mucem de Marseille, viennent des luttes sociales et écologistes. © Gaëlle Matata / Reporterre

« J’oscillais entre une surinformation sur Gaza et des phases de rejet. Je me sentais écrasée par mon impuissance, raconte Léa Boissel-Bral, régisseuse spectacle, l’une des quatre membres de la coordination locale. Et puis ce mouvement est arrivé, c’était facile de s’impliquer. Tout à coup on se rend compte qu’on peut faire quelque chose de concret. Ça donne envie d’y croire. »

Devant le Mucem, Henia [*] vient de se rapprocher des bateaux avec son fils, attirée par les drapeaux palestiniens. « Je n’étais pas au courant, mais ça me fait plaisir de voir des gens qui font quelque chose face à ce génocide, dit-elle, émue. Il ne faut pas abandonner les Palestiniens… On ne peut pas les laisser seuls. »


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