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A Marseille, les jeunes des cités rappent pour le climat

Durée de lecture : 7 minutes

7 mai 2016 / Hatem, Rioid, Nasser, Kinder, Makler, Enzo, Salim, Hakim et Naïma

Sera-ce le tube de la COP 21 ? On ne sait. Mais dans les cités nord de Marseille, des jeunes ont chanté la Terre : « J’adresse à la jeunesse le dernier espoir qu’il nous reste ». A voir et à écouter. Et on se retrouve à Marseille le mercredi 4 pour une grande soirée festive.

Pont de l’Ascension, 5 au 8 mai 2016 : Reporterre se met au ralenti. Et relit des articles qu’on a bien aimé, et que vous aimerez peut-être aussi redécouvrir.


- Marseille, correspondance

Reporterre poursuit en musique son projet Climat et quartiers populaires. Réunis chaque mercredi au sein du chaleureux centre social l’Agora, cité de la Busserine, dans les quartiers Nord de Marseille, les ados de l’atelier d’écriture « rap » d’Aurélie Moulin, animatrice, ont planché pendant près de cinq séances sur le thème ô combien difficile du changement climatique.

Un tantinet sceptiques au départ, Hatem, Rioid, Nasser, Kinder, Makler, Enzo, Salim, Hakim et Naïma ont rapidement laissé libre cours à leur imagination débordante. Voyez et écoutez ci-dessous le résultat. Et n’hésitez pas à faire tourner ce son et images made in Marseille !

Regarder et Ecouter le clip

"Je survole la Terre et je vois..." - Rap et changement climatique from Reporterre on Vimeo.

Les paroles du Rap pour le climat

. Aurélie 
Je survole le monde et je vois grandir les déserts, s’assécher les terres
Les glaces éternelles devenir éphémères, et je vois mes frères sur les traces de nos pères
J’adresse à la jeunesse le dernier espoir qu’il nous reste
Et je m’excuse de l’héritage qu’on vous laisse.

. Nasser
J’ai vu un aigle survoler la terre
De continent en continent et de mer en mer
Il ne reconnaissait rien, comme après une guerre,
Mais de là-haut, il ne peut rien y faire
Alors il va jusqu’au bout
Il traverse les obstacles, ouais, il tient le coup
Derrière lui il laisse tout,
Alors que lui et les siens étaient là bien avant nous.

Nasser et Hatem

. Hatem - (refrain)
On tue la terre et on entraîne nos vies avec
On déforeste et on brûle nos propres toits
Comme San Goku, j’veux m’envoler sur Namek
Qui peut me dire...Pourquoi on en est là ?

Hatem en studio

. Hatem - (refrain)
On tue la terre et on entraîne nos vies avec
On déforeste et on brûle nos propres toits
Comme San Goku, j’veux m’envoler sur Namek
Qui peut me dire...Pourquoi on en est là ?

. Kinder
J’ai survolé le sol et j’ai vu des arbres pourrir
Monsieur on gâche la terre et c’est ensemble que l’on va mourir
Des déserts pour la famille, l’anorexie, la famine
Le monde oublie l’Afrique et par le fric t’auras des amis
Le vent m’emporte, les étoiles illuminent mes nuits
De la panthère aux bougies, des pays terrassés par les séismes
Cet avenir m’attriste, soyons réalistes
C’est la terre que l’on fait souffrir, alors à nous d’agir.

Kinder en studio

. Hatem
J’débarque sur cette planète, nouvel arrivant sur terre
Après l’effet de surprise, hmm, l’effet de serre
J’vois qu’le monde se déchire, que ça se taille les veines
Je pense à mon avenir et au sort de l’univers.

. Hatem - (refrain)
On tue la terre et on entraîne nos vies avec
On déforeste et on brûle nos propres toits
Comme San Goku, j’veux m’envoler sur Namek
Qui peut me dire...Pourquoi on en est là ?


LA GENESE D’UNE OEUVRE

Le groupe devant le studio de la Savine

Comment, en moins de deux mois, sommes-nous ensemble partis de rien pour arriver à une création collective ? Pas évident, au départ, d’arriver auprès des jeunes avec dans sa besace le changement climatique comme sujet d’inspiration… « J’sais même pas par quoi c’est causé, mais je sais que c’est grave, ça peut entraîner des disparitions d’espèces, c’est pas bon pour nous », observe spontanément Hatem, 13 ans, le benjamin du groupe, lors de notre première séance en septembre. Rioid, 16 ans, confie également ne pas avoir beaucoup d’idées sur cette problématique. « Je suis préoccupée par d’autres sujets qui n’ont rien à voir. Mais je pense que c’est une question importante et que les citoyens doivent pouvoir s’exprimer dessus. En tout cas, de notre côté, va falloir travailler ! »

Aurélie lance la gamberge

Toujours à 1.000%, Aurélie encourage son groupe peu confiant : « Je vous propose de mettre une instru en fond sonore et d’écrire les mots qui vous passent par la tête. Prenez comme début : ’Je survole ce monde et je vois’… ». Studieux, les jeunes planchent sur leurs pages blanches. Pour certains, le verbe coule naturellement sur le papier. Pour d’autres, c’est plus lent, mais progressivement, tous les apprentis compositeurs trouvent leur mot à dire.

Après un goûter partagé, chacun présente sa prose et la « pose ». Nous avons déjà un refrain, fruit de l’imagination d’Hatem, et plusieurs couplets poétiques à peaufiner lors de la prochaine séance. L’exercice d’écriture semble avoir libéré des pensées. « Je ne suis pas quelqu’un qui parle, je suis réservée », confie Rioid. « Le rap me permet de m’exprimer à travers l’écrit, de poser des mots sur mes sentiments ». Salim, 18 ans, confirme : « Le rap, ça permet de dire, d’écrire ce qu’on ressent. C’est une manière de s’exprimer ».

La séance d’après, Makler, 17 ans, beatmaker et rappeur, propose une instrumentation pour poser le morceau. « J’ai fait ce son comme ça en travaillant avec mon logiciel, j’avais de l’inspiration. J’ai envoyé deux ou trois prods à Aurélie et elle en a choisi une ». Le projet sera donc artisanal du début à la fin ! Au fil des séances, le texte s’affine et les jeunes se l’approprient.

Rendez-vous est pris, le mercredi 21 octobre, à 18 heures au studio B.Vice, cité de la Savine, avec Mourad comme ingénieur du son. Les choses deviennent sérieuses… Après une dernière répétition en extérieur sous les feuilles d’automne du centre social, nous partons en voiture vers le populaire studio d’enregistrement situé au cœur d’une cité perchée dans les hauteurs des quartiers Nord. Depuis les années 90, d’illustres rappeurs marseillais sont passés par là. En témoignent photos et articles sur les murs du bâtiment. Il y a de quoi être ému.

Aurélie et Mourad en studio.

Et pourtant, très sereins, nos rappeurs en herbe ne présentent aucun signe d’anxiété au moment de passer devant le micro. « Je suis pas stressé en fait ! », s’étonne lui-même Nasser. « Moi ? Jamais j’ai le trac ! », fanfaronne Hatem, qui connaît par cœur ses textes. Chacun devra poser son flow seul de l’autre côté de la vitre, permettant ainsi à Mourad de faire la mise à plat et le mixage. De son côté, Aurélie sent tout de même monter l’adrénaline. « Je n’ai pas posé devant un micro depuis quinze ans. Je suis plus tendue que les petits ! »

Pendant plus d’une heure, le travail d’enregistrement s’effectue dans une ambiance franchement joyeuse et magique. Nous finissons l’aventure par une séance photos de nuit avec Vincent Lucas, photographe professionnel associé à cette aventure. Il est ensuite temps de nous séparer, en espérant que nous serons nombreux, le 4 novembre, pour applaudir ensemble la créativité de cet attachant groupe de la Busserine.

Car si vous êtes dans le sud, une rencontre publique aura lieu le mercredi 4 novembre, à partir de 18 heures, au centre social de la Busserine, en présence des auteurs du clip diffusé sur grand écran, de scientifiques des P’tits débrouillards qui nous en diront plus sur le changement climatique, et d’une partie de l’équipe de Reporterre. Nous terminerons ce rendez-vous par un casse-croûte convivial. Tous les détails ici

- Catherine Thumann


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Lire aussi : « L’éducation à l’environnement passe par les gestes du quotidien » - Paroles d’habitants sur le climat

Première mise en ligne le 2 novembre 2015.

Source : Hatem, Rioid, Nasser, Kinder, Makler, Enzo, Salim, Hakim et Naïmak, avec Aurélie Moulin et Catherine Thumann, pour Reporterre

Photos : © Vincent Lucas/Reporterre


Reporterre donne la parole sur le climat à ceux qui n’ont jamais la parole. Le projet « Climat et quartiers populaires » est soutenu par la Fondation de France, par la Fondation La Luciole et par le Conseil régional d’Ile-de-France.

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