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À Meaux, l’eau de la Terre chauffe les maisons

Durée de lecture : 4 minutes

21 mai 2019 / Diedia, Sadio, Moussa, Aminata, Seta, Alicia et Shaima, et Laury-Anne Cholez (Reporterre)

Dans la ville de Meaux, en Seine-et-Marne, plusieurs quartiers sont chauffés grâce à une usine de géothermie qui fonctionne depuis 30 ans. Une alternative bénéfique à l’environnement que sont allés découvrir des jeunes de la structure d’accueil préadolescents Alembert.

Cet article a été écrit dans le cadre d’un atelier média organisé par Reporterre.


  • Meaux (Seine-et-Marne), reportage

À Meaux, tout le monde a déjà vu les grosses bulles qui se trouvent rue Pierre-Brasseur, dans le quartier de Beauval. Pourtant, rares sont les habitants qui connaissent leur usage. Elles abritent en effet l’usine de géothermie de la ville, qui permet de chauffer près de 17.500 logements.

De loin, les bulles ressemblent à un ananas coupé en deux, avec des vitres un peu sales, aux couleurs grises. À l’intérieur, c’est un dédale de tuyaux bruyants dans lequel circule de l’eau puisée dans les entrailles de la Terre. Car, sous nos pieds, à une profondeur entre 1,5 à 2 kilomètres, se trouve une source inépuisable d’énergie. Une roche sédimentaire — un mélange de sable et de calcaire — gorgée naturellement d’eau chaude. Un peu comme une grosse éponge. Cette nappe du Dogger s’étend sous tout le bassin parisien, avec des températures variant entre 52 et 84 °C. Ici à Meaux, l’eau est pompée par onze puits à une température de 76 °C. La chaleur est ensuite récupérée pour alimenter en chauffage et en eau chaude les habitants via un réseau de 32 kilomètres de tuyaux qui serpentent dans le sol. Cette eau revient ensuite plus froide à l’usine — 45 degrés — avant d’être réinjectée dans les profondeurs de la terre, où elle se réchauffera naturellement. Un cycle vertueux et très peu polluant : l’émission de 18.500 tonnes de CO2 est évitée chaque année, soit l’équivalent des émissions de 15.417 véhicules. De plus, cette énergie n’est soumise à aucune fluctuation de la météo, contrairement à l’énergie solaire ou éolienne.

L’eau qui arrive dans l’usine est puisée à une profondeur de 1,5 à 2 kilomètres.

Une architecture en bulles pas forcément très fonctionnelle

Onze personnes travaillent dans cette usine, dont Romain Chinon, technicien d’exploitation. « Je suis ici depuis 2006 et je suis très content. Tous les jours je contrôle les compteurs d’eau et d’électricité. Je relève les chiffres pour estimer les consommations journalières. Il faut aussi vérifier les fuites sur le réseau pour pouvoir les réparer le plus rapidement possible et éviter les pertes de pression. » Mais ce n’est pas tous les jours facile. Car, avec le bruit et la chaleur, les conditions de travail peuvent être compliquées, surtout en été, où le soleil cogne très fort et rend l’atmosphère difficilement respirable. Car, si l’architecture des quatre bulles peut prêter à sourire, elles ne font pas forcément les affaires du groupe Coriance, qui exploite l’usine. « On préfère les cubes ! s’exclame Didier Pineau, chef du service géothermie de l’entreprise. Normalement, on est censés avoir des murs coupe-feu et des équipements de sécurité. Mais, à l’époque de la construction, il n’y avait pas un tel niveau de sécurité. Ce type d’installation n’est pas très fonctionnel. »

Romain Chinon, technicien d’exploitation, qui gère au quotidien la maintenance de l’usine.

Derrière les bulles, un bâtiment rectangulaire, beaucoup plus classique, abrite la turbine d’avion utilisée pour faire ce qu’on appelle de la cogénération. Car, en hiver, la géothermie n’est pas suffisante pour chauffer les habitants. Une turbine d’avion, propulsée par du gaz, vient alors prendre le relais. « Elle est enfermée dans un sas totalement étanche pour éviter la poussière, car le moteur est très sensible », poursuit Didier Pineau. Ce générateur, plus récent, est utilisé environ cinq mois par an. Au total, l’usine a une puissance de 150 MW de puissance thermique et permet d’alimenter les quartiers de Beauval, de l’hôpital et de Collinet.

À cause de la pression, la chaleur et le bruit, les conditions de travail à l’intérieur des bulles sont assez difficiles.

La nappe du Dogger, dans lequel puise l’usine de Meaux, est exploitée depuis les années 1970, avec un pic en 1980. Mais la progression a été stoppée par la chute du prix des énergies fossiles. Depuis quelques années, la géothermie revient à la mode, poussée par les aides de l’État. « La géothermie est une source quasi inépuisable d’énergie et pourrait chauffer beaucoup d’appartements. Mais, avant cela, il faut adapter les bâtiments pour qu’ils soient en basse consommation et bien isolés », explique Didier Pineau. L’objectif officiel est de chauffer deux millions de personnes dans toute l’Île-de-France d’ici 2020.


DES JEUNES EN REPORTAGE

Didier Pineau, chef du service géothermie de Coriance, qui gère l’usine de géothermie de Meaux.

Dans le cadre de nos ateliers Écologie et quartiers populaires, nous avons accompagné en reportage des jeunes de la structure d’accueil préadolescents Alembert. Diedia, Sadio, Moussa, Aminata, Seta, Alicia et Shaima sont les auteurs de cet article ainsi que des photos qui l’accompagnent.

Samedi 25 mai, les jeunes gens présenteront leur travail et proposeront une exposition de photographies à 15 heures, à la médiathèque Chenonceau, 10 Rue Winston Churchill, à Meaux.


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Lire aussi : Écologie et quartiers populaires

Source : Diedia, Sadio, Moussa, Aminata, Seta, Alicia et Shaima accompagnés par Laury-Anne Cholez pour Reporterre

Photos : © Diedia, Sadio, Moussa, Aminata, Seta, Alicia et Shaima, accompagnés par NnoMan/Reporterre
. chapô : l’usine de Meaux possède quatre bulles dans lesquels arrive l’eau puisée dans la nappe souterraine.

DOSSIER    Écologie et quartiers populaires

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