A Notre Dame des Landes : « Vivons l’instant présent »

Durée de lecture : 4 minutes

8 juillet 2014 / Flora Chauveau (Reporterre)

Le projet d’aéroport s’essouffle et permet de commencer à réfléchir sur l’après : que faire de tout ce qui a été créé durant ces années de lutte ? Un questionnement omniprésent durant le rassemblement estival sur la Zad, les 5 et 6 juillet.


- Notre-Dame-des-Landes, reportage -

De la pluie fine et persistante, de la boue dans les allées. Des gens en botte, des gens nus pieds maculés. Une odeur de grillade, le son des concerts de Miossec, Sanseverino, Pigalle. Des cerfs-volants dans le ciel, de grands débats sous les chapiteaux.

Et dans les discussions, récurrent, le thème de l’avenir de la Zad, la zone à défendre contre le projet de l’aéroport du Grand Ouest. Que faire, si toutefois le projet était abandonné ? Que faire des terres, des cabanes, du lien entre les habitants, différents mais unis dans une lutte commune ?

Personne ne souhaite un retour à la vie normale

Sous un barnum, au milieu d’un pré d’herbe humide, une vingtaine de personnes s’est assemblée en rond, pour en discuter. Ici, des membres de comités de soutien, là des paysans et quelques occupants de la zone. Personne ne souhaite un retour à la vie normale, si le projet est abandonné : rentrer chez soi, bien au chaud et se remémorer les années de luttes. Non, il y a ici une dynamique qui ne demande qu’à perdurer : celle d’une construction commune, lieu de partage et de vie.

Pourtant, au cours des discussions, des divergences apparaissent. « Pourquoi pas essayer de classer la zone en site Natura 2000 ? » « Ce serait entrer dans le système, nous imposer des règles et des contrôles ! » « Pourquoi ne pas en faire un lieu d’expérimentation pour les jeunes, au niveau européen ? » « On ne veut pas devenir un musée ni accueillir seulement des jeunes ! ».

Il y a, d’un côté, ceux qui souhaiteraient s’inscrire dans un cadre légal en régularisant ce qui s’est construit jusqu’ici. Et il y a ceux qui veulent que la Zad reste une « zone libre ». « Si les terres sont reprises, redistribuées de manière conventionnelles, les cabanes seront détruites, les expérimentations vont disparaître », insiste une jeune participante. Une habitante des lieux se lève. « Cette illégalité est précieuse, elle nous permet de faire beaucoup de choses ».

Une cohabitation qui fonctionne

Beaucoup de choses et notamment se lier aux agriculteurs et aux habitants du coin, malgré les différences et les conceptions dissemblables du monde. Ce lien, on le sent fort ce dimanche, à la ferme de Bellevue.

Occupée depuis janvier 2013, elle accueille en ce deuxième jour de fête une discussion sur la façon d’habiter et de faire vivre une ferme commune dans un territoire en lutte. Il fait beau, aujourd’hui. Sous un Tivoli, proche du hangar qui abrite le foin, occupants et paysans se taquinent, se sourient. Parfois, les plus anciens éclatent de rire aux interventions drôles et spontanées des jeunes occupants. La cohabitation entre tous n’est pas toujours rose mais elle fonctionne.

Gérer les terres collectivement

L’avenir des terres reste incertain. La crainte est de les voir redistribuées de manière classique. Alors, les collectifs continuent leurs efforts pour en faire un bien commun, géré collectivement. En octobre 2014, vingt-quatre hectares ont été semés sur des « zones travaux », destinées à être bétonnées. Ces terres, cédées par les anciens agriculteurs à Vinci, n’étaient plus cultivées depuis 2012.

D’autres semis sont prévus pour début septembre, financés grâce aux dons. L’Adeca (Association de défense des exploitants concernés par l’aéroport), Copain (Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées) et Sème ta Zad ont aussi proposé de racheter les terres collectivement via une SCI (société civile immobilière), dans laquelle chacun peut avoir une part.

Là est toute la difficulté : entrer dans le système pour mieux le combattre, ou continuer à lutter, si ce n’est pour l’aéroport, au moins pour « son monde » en refusant la légalité. « Pas besoin de théoriser, déclare un habitant de la Zad. Vivons l’instant présent, simple mais réel. C’est le seul endroit où on puisse le faire. »


ZAD PARTOUT !

« La lutte n’est pas finie ! Si le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes est abandonné, il en reste plein d’autres à combattre. » Derrière un stand couvert de publications et d’autocollants anti nucléaire, Gilles Rogé, adhérent à Bure Zone Libre, explique à qui veut l’entendre le danger que représente le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse.

« Nous devons mobiliser du monde. Ce serait dommage que tous ceux qui sont là, à Notre-Dame-des-Landes, se désengagent une fois le projet enterré. »

Une lutte commune s’organise, à travers des échanges et un large réseau. Lise Guillot, du collectif lyonnais de soutien à la Zad, combat le projet de grand stade à Lyon mais est aussi allée rencontrer des militants canadiens contre le projet d’oléoduc géant traversant les Etats-Unis.

Les militants de Bure ont accueilli plusieurs fois dans l’année des membres de la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Un partage d’expériences et de forces bienvenu pour mener de front toutes les luttes contre les grands projets inutiles et imposés.


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Source : Flora Chauveau pour Reporterre

Photos :
. chapô et vache volante : Anne Pointbar
. article : Aurore Boréale

Lire aussi : La Zad n’est qu’un commencement

Et le récit du rassemblement du week-end.


Cet article a été rédigé par une journaliste professionnelle et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :

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