A Notre Dame des Landes, un week-end de partage et d’enthousiasme

Durée de lecture : 5 minutes

7 juillet 2014 / Marie Astier et Vladimir Slonska-Malvaud (Reporterre)

Près de vingt mille personnes se sont retrouvées à Notre Dame des Landes ce week-end. Malgré une pluie qui n’a laissé place que dimanche après-midi au soleil, la bonne humeur était partout - et la réflexion, au long des nombreux débats. Reportage en sons et en images.


- Notre-Dame-des-Landes, reportage

Sous la pluie, la campagne est verte et humide. La route est étroite, deux voitures peuvent à peine se croiser. Après quelques lacets entre les champs et les bosquets, on pourrait craindre de se perdre mais des bénévoles en gilets jaunes apparaissent à un carrefour. En file indienne, les voitures sont orientées avec précision vers les parkings déjà boueux. Un tracteur vient amener du vieux foin pour éponger la gadoue. Le festival de Notre-Dame-des-Landes, ou « festiZad », du nom de la zone à défendre, semble organisé par des pros.

Mais pour entrer, pas besoin de tickets. Dans une petite caravane les bénévoles de l’Acipa demandent une participation libre aux frais d’organisation : chacun donne selon ses moyens. Dès le premier champ, une flopée de stands associatifs et politiques accueillent les visiteurs. Des Naturalistes en lutte (ils recensent la biodiversité de la Zad) au parti politique Nouvelle Donne, en passant par Greenpeace, la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes rassemble une diversité d’organisations.

Même des intermittents du spectacle ont monté leur chapiteau. Un mégaphone nous invite à un spectacle de marionnettes. Polichinelle armé de son bâton part à la poursuite d’un avion qui l’assaille.

"- Mais où est-il ?
- A ta gauche !"
crient les enfants :

Ecouter ici :

D’un coup de bâton, il l’envoie à terre. Paf ! « Il n’y a plus d’avions », conclut, satisfait, Polichinelle.

Dans le champ voisin, plusieurs chapiteaux colorés ont été dressés pour abriter un programme de débats plutôt touffu. On comprend qu’ici, on est avant tout là pour débattre, échanger, réfléchir, se cultiver... Les banderoles dénoncent d’autres grands projets inutiles : la LGV Lyon-Turin, le centre de déchets d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure ou l’usine des 1.000 vaches : pour un week-end, les luttes convergents ici, en plein cœur de la Zad de Notre-Dame-des-Landes.

Les occupants et sympathisants de la Zad, eux, en profitent pour exposer leurs projets. Le collectif Sème ta Zad a installé un compteur à dons. Il souhaite financer le semis de 24 hectares de prairies. « Aidez-nous à semer l’avenir », proclame la banderole. Willem s’est récemment installé sur la Zad. « Ce seront des prairies pérennes, pour montrer qu’on est là pour longtemps », explique-t-il :

Ecouter ici :

Fils de paysan et ouvrier agricole, Willem connaît l’importance de la terre pour les paysans. « Dans notre commune, on a beaucoup de conflits liés au foncier », raconte-t-il. Quand les premières expulsions ont eu lieu, il a ressenti le besoin de participer à la lutte :

Ecouter ici :

« Il faut se réapproprier son alimentation », poursuit Willem. Un message que tentent de mettre en œuvre certains stands de l’espace restauration. Par exemple, le menu de la « cantine de la discorde » propose un « moment de partage et d’autogestion » à prix libre. Les produits sont avant tout locaux, l’assiette est goûtue et copieuse. Agnès est au service :

Ecouter ici :

Entre autres stands à prix libre ou de soutien, le collectif Antinuk (antinucléaire) propose des frites faites maisons et croustillantes à souhait (on a testé !). Le stand d’en face propose des assiettes vegan (sans produits animaux). A côté, des pizzas aux légumes bio sortent d’un four à pain ambulant. Le gourmand ne sait plus où donner de la tête !

Le tout à « prix libre » ou « prix de soutien ». Mais tiens, à côté Jean-Joseph propose ses tee-shirts sérigraphiés à un « prix de conscience ». Ils sont réalisés par l’université populaire du Haut-Fay, en bordure de la Zad, où un atelier forme les volontaires à l’art d’imprimer les tee-shirts. Le prix de conscience, « c’est la dernière étape avant que tout soit gratuit », explique l’anarchiste :

Ecouter ici :

Il n’apprécie pas forcément la belle organisation de l’ACIPA pour le festival : « Regardez, ils ont installé un immense spot qui reste allumé même en pleine journée alors que l’on accueille des opposants au nucléaire ! » La diversité des opposants s’exprime dans le festival, entre la gestion bien rodée des associations et l’organisation informelle des collectifs. Mais l’ambiance bon enfant montre que tout ce petit monde a appris à cohabiter. Et malgré la pluie très abondante durant le week-end, la bonne humeur est générale.

La plus belle preuve de cette union dans la lutte est peut-être la ferme de Bellevue. Elle a été choisie comme lieu d’accueil du festival, et ce n’est sans doute pas un hasard. Elle est occupée depuis un an et demi, depuis que son locataire a accepté les dédommagements de Vinci pour partir. Ses cent vingt hectares se situent au centre de la Zad. Pour empêcher les forces de l’ordre de la détruire, paysans et zadistes se sont unis.

Ils ont d’abord sauvé la ferme, et depuis, ils construisent ensemble une nouvelle façon de la cultiver. Ce n’est pas facile tous les jours. « Quand on est agriculteur, quand on a quelque chose à faire, on le fait. Ici, il faut discuter beaucoup avant ! », témoigne un paysan. Mais, dimanche matin, ils étaient tous réunis pour raconter la manière dont ils font vivre cette ferme en lutte.

Éleveur laitier à 40 km de Notre-Dame-des-Landes, Jean-François trouve le temps de participer à la lutte. Avec d’autres paysans, il a décidé de ramener des vaches sur cette ferme délaissée :

Ecouter ici :

Sébastien vit depuis deux ans sur la Zad et fait partie du « groupe vache », qui s’occupe de ces cinq bovins, les trait, puis transforme le lait en fromage, fromage blanc, yaourt, beurre, etc. « Avec les paysans, on est tous dans le même bateau », assure le jeune homme :

Ecouter ici :

« Il ne faut pas perdre de vue le but commun, on ne veut pas de cet aéroport, poursuit un autre paysan. Faut pas lâcher, on sait que si on gagne ici on gagnera ailleurs ! »


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Source : Marie Astier (texte et sons) et Vladimir Slonska-Malvaud (photos) pour Reporterre

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