À Paris, l’Amap Transpédégouine et féministe cultive la diversité

Durée de lecture : 4 minutes

1er septembre 2016 / Lorène Lavocat (Reporterre)

Depuis 2010, Jean-Michel et Christophe fournissent en légumes cette Amap d’un genre particulier : le soutien aux paysans va de pair avec la lutte contre les discriminations de genre et d’orientation sexuelle.

- Paris, reportage

Cagettes de choux raves et de salades, pains dorés, sachets de haricots secs. Ce samedi midi, le hall d’accueil du Centre LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuelLEs et transexuelLEs) de Paris prend des allures de marché. Sauf qu’ici point de clientEs [1]. Les personnes qui font la queue en bavardant, paniers et sacs en tissus sous le bras, adhèrent à une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne. Une Amap d’un genre un peu particulier : celle-ci se revendique féministe et transpédégouine (terme utilisé par les représentants de la communauté LGBT pour se désigner, de manière décomplexée et sans but homophobe). « Notre association est ouverte à toutes les personnes désireuses de lutter contre les discriminations liées au genre ou à l’orientation sexuelle, explique Aude. Mais notre action première, c’est de soutenir des agriculteurRICEs. »

Carla et Jean-Michel.

Depuis 2010, Jean-Michel et Christophe viennent à Paris chaque semaine depuis la Ferme aux cailloux, près d’Arces-Dilo (Yonne), leur fourgonnette pleine de légumes bio. « Quand nous nous sommes installés tous les deux comme paysanNEs en 2009, des amiEs parisienNEs ont souhaité nous soutenir en créant une Amap », raconte Jean-Michel. Dès l’origine, l’association se donne ainsi comme objectif de « fournir aux trans’pédés gouines biEs d’Île-de-France une nourriture bio, folle et sexy, issue d’une agriculture de proximité, respectueuse de l’environnement, et socialement responsable, et à nous permettre ainsi de consommer autrement », comme l’explique leur site.

Le Centre LGBT, dans le 3e arrondissement parisien.

Concrètement, tout est fait pour que chacunE puisse s’exprimer librement, sans sexisme ni homophobie. « Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les milieux écolos ne sont pas forcément bienveillants envers les minorités sexuelles, explique Eric. On y retrouve beaucoup de machisme, et l’hétérocentrisme [2] y règne. »

« La bienveillance et la convivialité » 

Pour lui, leur collectif est « bien plus qu’une Amap » : « Ce sont des lieux et des moments où l’on se retrouve autour de valeurs, dans la bienveillance et la convivialité. » Des lieux « essentiels, dans une société où les transpédésgouines sont souvent vuEs comme des extraterrestres. » Autogestion, participation collective, partage de la parole, communication non-violente… Les courriels et les textes sont tous féminisés, c’est-à-dire écrits avec des formulations neutres, où « le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ». Pour participer à cette aventure, certainEs viennent de loin, comme Chloé, qui fait une demi-heure de transport chaque semaine. Aude, « écolo, lesbienne et féministe », a même écrit une lettre de motivation avant d’adhérer. « Pour certainEs, affirmer qu’iELLEs appartiennent à l’Amap transpédégouine, c’est une manière simple de faire leur coming-out », sourit-elle.

Des membres de l’Amap Transpédégouines.

Mais l’association est également ouverte aux hétérosexuelLEs ! À l’instar de Carla : « Nous cherchions depuis longtemps une Amap avec mon mari, pour nous affranchir de la grande distribution et soutenir les petitEs paysanNEs, explique-t-elle. Le côté transpédégouine n’est pas important pour nous, mais c’est vrai qu’il y a une super ambiance ici ! » Pour Jean-Michel, la mixité est essentielle, car « elle crée des échanges très riches »  : « On inverse les rôles, les hétéros se rendent compte de ce que ça fait de se retrouver en “minorité”. » Chaque samedi, le hall du centre LGBT se transforme ainsi en salon animé. Et pour favoriser les rencontres, des rendez-vous conviviaux et des week-ends à la ferme sont régulièrement organisés.

Éric organise la distribution.

Malgré cette ouverture affichée, l’Amap Transpédégouine peine à recruter de nouveauELLES adhérentEs. « Notre nom “spectaculaire” fait peur », avance Eric. Alors, si vous habitez Paris, courez-y !

- Contact :
. Amap Transpedegouine
. Pour les rencontrer, tous les samedis de 13h à 14h45 au Centre LGBT Paris IdF, 63 rue Beaubourg 75003 Paris
. courriel : bal(at)amaptranspedegouine(dot)org


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[1Cet article a été féminisé. Voici une petite explication, tirée du site Rebellyon.info. La règle de grammaire qui fait que, dans la langue française « le masculin l’emporte sur le féminin », est une application dans le champ linguistique d’un certain sexisme, voire d’un sexisme certain. Elle a été construite et appliquée par des hommes, et continue de jouer un rôle qui n’est pas anodin. Mais on peut « féminiser » l’orthographe et la grammaire, en mêlant les deux formes grammaticales, masculines et féminines. Aucune règle n’existant sur le sujet, on peut aussi bien utiliser les mots mêlés (« squateureuses »), séparés (« les travailleuses et travailleurs »), les majuscules (« nos amiEs ») que les tirets (« nous avons été expulé-e-s »), les points (« nous sommes tou.te.s en devenir ») ou les slashs, etc. Le site Rebellyon propose quelques pistes.

[2L’hétérocentrisme est un système de comportements, de représentations et de discriminations favorisant l’hétérosexualité en dépit des autres orientations sexuelles.


Lire aussi : Quand le mouvement queer rencontre l’écologie

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre
. chapô : Éric et Carla.

Photos : © Lorène Lavocat/Reporterre

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