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Animaux

Le maire LR de Besançon rallume la Citadelle, au risque de faire fuir les chauves-souris et les faucons pèlerins

La Citadelle de Besançon a été rallumée par le nouveau maire LR.

Depuis fin mars, la Citadelle, monument emblématique de Besançon, est éclairée une partie de la nuit. Cette décision du nouveau maire Les Républicains interroge car la zone abrite des espèces perturbées par cette pollution lumineuse.

Besançon (Doubs), correspondance

Le 28 mars, alors que de nombreux monuments de France étaient éteints à l’occasion de l’Earth Hour (« Une heure pour la planète »), la Citadelle de Besançon brillait sous les projecteurs. Depuis 2020 et l’élection de l’écologiste Anne Vignot, le monument, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, n’était plus éclairé qu’en de rares occasions pour des raisons écologiques. Le nouveau maire, Ludovic Fagaut, a décidé de rappuyer sur l’interrupteur. Une décision qui n’a fait l’objet ni d’un débat ni d’un vote lors du conseil municipal du 27 mars, qui a élu officiellement le candidat Les Républicains.

« C’est un acte politique extrêmement arrogant et provocateur », dénonce Anne Vignot, désormais élue de l’opposition, qui voit dans cette décision la « marque de la prise de pouvoir » du nouvel édile. « C’était un engagement de campagne, nous avons donc tout de suite demandé aux services techniques de faire le nécessaire », justifie de son côté Ludovic Fagaut.

Cette décision soudaine, qui remplit depuis les colonnes de la presse locale, a fait réagir les sections locales d’associations de défense de l’environnement, telles qu’Alternatiba, France Nature Environnement et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), qui ont écrit à la nouvelle municipalité. Un collectif de 30 scientifiques, constitué lors de la campagne électorale pour interpeller les candidats sur les enjeux de transition écologique, a également publié une lettre ouverte. Au cœur des inquiétudes de ces différents acteurs : les conséquences de cet éclairage sur la biodiversité locale.

« La Citadelle et ses falaises constituent en effet une mosaïque d’habitats précieux pour la faune et la flore, écrit le collectif de l’université Marie et Louis Pasteur. Elles constituent un corridor écologique important à Besançon et abritent de nombreuses espèces protégées. » Parmi elles : le faucon pèlerin, le hibou grand-duc et différentes espèces de chauves-souris. La présence de ces animaux justifie d’ailleurs que le site fasse l’objet d’un arrêté de protection de biotope (AAPB), et soit reconnu comme zone Natura 2000.

Une faune qui risque d’être perturbée

Ces deux protections juridiques n’interdisent pas explicitement l’éclairage nocturne ; elles viennent restreindre les activités possibles sur ces sites, afin de protéger les espèces qui y vivent. Cependant, diverses études scientifiques démontrent l’effet de la lumière artificielle nocturne sur la faune, et notamment sur les espèces visées par l’AAPB. « Pour ces deux espèces [grand-duc d’Europe et faucon pèlerin], un éclairage soudain peut fortement les perturber et peut conduire à l’abandon de la reproduction (ce qui constituerait une infraction au Code de l’environnement) », écrit la LPO Bourgogne-Franche-Comté dans son mail adressé au maire et à son équipe.

Quant aux chiroptères, ils sont « considérablement [affectés] par les éclairages nocturnes, en particulier les grands rhinolophes, qui sont parmi les plus sensibles à ce type de perturbation », alerte le collectif de scientifiques, dont l’un des membres, Jérémy Froidevaux, biologiste de conservation, est spécialiste de ces espèces. Il expliquait ainsi à France 3 : « [Le grand rhinolophe] fait actuellement son gîte dans les rochers, elle est en pleine période d’ovulation. Cette lumière a un impact sur son déplacement : elle y est très sensible, elle ne la tolère pas. Si son habitat est éclairé, même un petit peu, elle préférera le quitter. »

Lire aussi : Éclairage nocturne : pourquoi éteindre en pleine nuit ne suffit pas

Le collectif rappelle également dans la lettre l’écroulement de la population des oiseaux nicheurs et des chauves-souris, mais aussi le rôle de ces derniers en tant que régulateurs d’insectes ravageurs et de moustiques. « L’éclairage nocturne n’est pas un problème uniquement pour les espèces nocturnes, complète Julien Azuara, coordinateur de la mobilisation scientifique. Ça l’est aussi pour les animaux crépusculaires, cela prolonge et donc perturbe leur activité, et également pour les animaux diurnes, dont nous faisons partie, en perturbant nos rythmes biologiques. »

Une mesure précipitée

« Il n’y avait aucune urgence, aucun impératif à rallumer la Citadelle maintenant », souligne Julien Azuara. Le maire aurait en effet pu reporter de quelques mois la mise en œuvre de sa promesse électorale : la précédente majorité avait lancé une vaste étude, en concertation avec la LPO ou encore la Commission de protection des eaux, du patrimoine, de l’environnement, du sous-sol et des chiroptères (Cpepesc), pour renouveler le système d’éclairage du monument, censé être opérationnel à l’automne 2026. Objectif : « Combiner préservation de la biodiversité, valorisation du patrimoine, économie d’énergie et sécurité pour les visiteurs et le personnel », liste François Bousso, ex-adjoint en charge des politiques touristiques.

À la place des lumières blanches, une teinte plus ambrée a été plébiscitée, en lien avec les études montrant un moindre effet sur la faune. Grâce à un « système pilotable au point lumineux », c’est-à-dire spot par spot — alimenté par des LED, moins énergivores —, ce nouvel éclairage permettrait également d’éteindre certaines parties des remparts durant les périodes de nidification notamment, du 15 février au 15 juin. « La taille du faisceau concentre la lumière sur les remparts et non plus sur les falaises », précise encore François Bousso, là où les spots actuels éclairent vers le ciel.

« L’éclairage public n’est pas une question dogmatique, il s’appuie sur des faits »

Si le maire Ludovic Fagaut assume avoir rallumé la Citadelle avec l’ancien système, il assure dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux avoir procédé à certains « ajustements, afin de mieux prendre en compte les enjeux liés à biodiversité » : l’extinction à 23 h 30, ou encore la suppression de l’éclairage sur les falaises où nichent le faucon pèlerin et le hibou grand-duc. Plus de quinze jours après sa décision, il semblerait que l’horaire d’allumage ait également été décalé d’une heure, à 21 h 30. « Il est en train de reculer, rattrapé par la réglementation et l’expertise des associations et des scientifiques », observe Anne Vignot.

Ni les associations ni le collectif d’universitaires n’ont toutefois obtenu de réponse directe de la nouvelle municipalité. « Le nombre de messages positifs reçus de la part de Bisontins et Bisontines est sans commune mesure avec la trentaine de signataires du courrier adressé par les universitaires, dont une part était partie prenante pour l’opposition durant la campagne », affirme l’édile, qui voit dans cette lettre une « orientation politique prise par les scientifiques ».

Face à ce déni de la science, Anne Vignot rappelle que « l’éclairage public n’est pas une question dogmatique, il s’appuie sur des faits ». En ce sens, les ajustements dans l’éclairage évoqués par le maire restent insuffisants, selon Jérémy Froidevaux, joint par mail : « Éclairer en début de nuit, ça ne résout pas le problème pour les espèces sensibles à la lumière. Le pic d’activité des chauves-souris est globalement en début et fin de nuit, ce qui correspond au pic de vol des insectes. » Quant au fait de ne pas éclairer directement certaines zones, il affirme qu’il « n’y a pas besoin d’un éclairage direct pour que l’effet de l’éclairage soit impactant, notamment, entre autres, du fait de l’effet halo lumineux ».

Les travaux pour installer le nouveau système d’éclairage devraient débuter mi-juin. A priori, pas de rétropédalage prévu par le nouveau maire. François Bousso s’inquiète toutefois de l’usage qui en sera fait : « S’il éclaire partout tout le temps, ça n’aura pas l’intérêt souhaité. » Ludovic Fagaut, qui brandit l’éclairage de la Citadelle comme la renaissance d’un « fleuron » de la Ville, affirme rechercher « l’équilibre entre mise en valeur du patrimoine, préservation de la biodiversité et sobriété énergétique ». Il le maintient : « Ce que l’on souhaite avant tout, c’est que notre Citadelle soit éclairée. »

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