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A69

A69 : le Sénat se contredit sur le désenclavement de Castres

Atosca, le concessionnaire de l'autoroute A69 entre Toulouse-Castres, dont le chantier est à l'arrêt, le 4 avril 2025.

Le Sénat examine le 15 mai une proposition de loi validant l’A69, l’autoroute devant « désenclaver » Toulouse-Castres. Selon l’un de ses propres textes, adopté en 2019, ce territoire n’est pas du tout enclavé.

Les parlementaires auraient-ils la mémoire courte ? Lisent-ils seulement les textes qu’ils adoptent ? Alors que le Sénat examine le 15 mai la proposition de loi de validation du projet d’A69, l’autoroute Toulouse-Castres, ses membres avaient voté, en 2019, une loi aux antipodes de leurs déclarations actuelles. Et qui fait voler en éclats tous leurs arguments.

Pour justifier la construction de l’autoroute et passer outre la décision de justice annulant le chantier, le 27 février dernier, les élus ne cessent de répéter ad vitam æternam que Castres et sa région sont des territoires enclavés. Pourtant, en 2019, les mêmes clamaient... l’inverse. Philippe Bonnecarrère, le corapporteur de la proposition de loi de validation, et pas moins de 48 sénateurs signataires du texte avaient adopté il y a six ans une loi affirmant que Castres était « désenclavante ».

Cette contradiction a été révélée par Médiacités le 28 avril. Dans ce texte exhumé des archives du Sénat, l’article 1er définit explicitement l’enclavement d’un territoire : il doit être situé soit à plus de 50 km ou 45 minutes d’une unité urbaine de 1 500 à 5 000 emplois, d’une autoroute ou d’une route aménagée pour la circulation rapide des véhicules ; soit à plus de 60 minutes d’une gare desservie par une ligne à grande vitesse ou à 45 minutes d’une sous-préfecture ou d’une préfecture.

Ces critères ne correspondent pas au bassin de Castres-Mazamet. Castres compte plus de 20 000 emplois et est une sous-préfecture. Mazamet se trouve à moins de 50 km de la première.

Un territoire non enclavé

À l’époque, cette proposition de loi qui visait à « faciliter le désenclavement des territoires » avait été adoptée par une majorité significative : sur 348 élus, 305 avaient voté pour, et aucun contre. Au-delà du texte, c’est aussi la teneur des débats qui étaient tout autre à cette période, où la révolte des Gilets jaunes enflammait la France.

En ouvrant la séance le 20 février 2019, le sénateur rapporteur du Pas-de-Calais, Jean-Pierre Corbisez, ingénieur en aménagement du territoire, commençait par déplorer la politique des grandes infrastructures « nécessaires mais onéreuses », et rappelait que « le désenclavement [pouvait] passer par l’aménagement d’une route existante ». Il constatait par ailleurs que cela pénalisait « ceux qui utilisent en premier lieu leur véhicule pour se déplacer ».

Lire aussi : A69 : « L’État a tant investi que renoncer lui serait inacceptable »

Des sénateurs et sénatrices soulignaient aussi que la colère de la « France périphérique », comme la question de l’enclavement, ne se réduisaient pas à des questions de mobilité. Ils dénonçaient notamment la fermeture des services publics.

Bernard Delcros, élu centriste du Cantal, évoquait ainsi un « enclavement sanitaire » et estimait que c’est « l’absence d’une offre de soins de proximité [qui] constitue le premier facteur [...] d’enclavement ». Pour la sénatrice des Hautes-Pyrénées Maryse Carrère (RDSE, à gauche), l’enclavement, c’est aussi cet « éloignement des formations supérieures, qui fait que chaque année de trop nombreux jeunes quittent nos territoires ».

Aujourd’hui, Bernard Delcros et Maryse Carrère font partie des 48 élus proposant la loi de validation de l’A69, tout en ayant voté hier celle sur le désenclavement...

Le désenclavement est « un mot magique » pour les pro-A69

Pourtant, en vertu du texte de 2019, le bassin Castres-Mazamet n’a pas besoin d’être désenclavé. Il a davantage d’établissements de soins et d’enseignement supérieur qu’annoncé dans le projet, comme le relevait le tribunal administratif de Toulouse, le 27 février, pour motiver sa décision d’annuler l’autoroute. Enfin, l’A69 double une route nationale existante, la RN126, qu’il aurait suffi d’aménager. Et surtout, elle se propose d’alourdir encore le coût de la mobilité automobile, en rendant payantes des portions de nationale gratuites.

Pour la députée écologiste Christine Arrighi, cette affaire « montre toute la contradiction de ceux qui parlent aujourd’hui d’enclavement. La tentative de définition qui avait été faite en 2019 est très loin de correspondre au territoire ». Le désenclavement est « un mot magique pour les défenseurs de l’autoroute ». C’est aussi un sentiment dénué de réalité, une argutie politique pour imposer ces nouveaux projets d’infrastructures écocidaires.

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