De la prison avec sursis requise pour le « commando pro-A69 » qui avait intimidé des opposants
La maison d’un opposant à l’autoroute A69, visée par des jets de peinture. - Document remis
La maison d’un opposant à l’autoroute A69, visée par des jets de peinture. - Document remis
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Des peines de prison avec sursis ont été requises, le 7 avril, à l’encontre de cinq élus et chefs d’entreprise. Ils comparaissaient à Castres pour une action d’intimidation menée en juin contre des opposants à l’A69.
Castres (Haute-Garonne), reportage
Mardi 7 avril, en début d’après-midi, une cinquantaine de militants pro-A69 étaient présents sur le perron du tribunal judiciaire de Castres (Tarn). Un foulard bleu floqué « A69 » noué autour du cou, ils sont venus soutenir leurs cinq « potes », accusés d’avoir commis plusieurs infractions dans la nuit du 24 au 25 juin 2025.
Olivier Fabre, fraîchement réélu à la mairie de Mazamet, était également présent. « C’est normal d’être ici, ce sont des amis, je suis venu leur apporter mon soutien », dit-il à Reporterre, alors que deux des prévenus étaient membres de son conseil municipal au moment des faits. L’un d’entre eux, Frédéric Cénès, a même été réélu en tant que 6e adjoint.
Pourtant, ces cinq prévenus comparaissaient devant la justice pour des faits graves, notamment la participation à une association de malfaiteurs, la divulgation d’informations personnelles, la dégradation du bien d’autrui et, pour certains, l’utilisation de fausses plaques d’immatriculation.
Propos contradictoires et intentionnellement flous
Il y a quelques mois, Reporterre avait révélé comment ces cinq hommes, élus et chefs d’entreprise, avaient minutieusement planifié et mené une action visant à intimider des opposants à l’autoroute. Des pancartes affichant l’identité de dix habitants du coin, anti-autoroute, avaient été plantées sur des routes passantes près de Castres, et de la peinture rouge avait été projetée sur leurs habitations, leurs fermes et leurs entreprises.
Les cinq hommes avaient été interrogés en garde à vue par les enquêteurs de la gendarmerie en juillet 2025, puis placés sous contrôle judiciaire en attendant ce procès. Devant la barre, face à la présidente de la formation, Fabienne Karrouz, les cinq prévenus ont fait tomber la cagoule et les gants noirs au profit de chemises bien boutonnées et de doudounes sans manches.
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Comme lors de leurs auditions en garde à vue en juillet 2025, leurs propos sont confus, intentionnellement flous et parfois contradictoires. « Je ne me souviens plus », a dit à plusieurs reprises Guy Bousquet, président de l’association Via81, qui réunit des acteurs économiques du Tarn pro-autoroute. « Je ne souhaite pas donner de noms », a répondu quant à lui Mathurin Castan, lorsque la présidente lui a demandé de nommer les autres participants à cette opération.
S’ils assument s’être concertés et avoir posé des pancartes révélant le nom des opposants à l’A69, les cinq prévenus ont nié avoir projeté de la peinture rouge sur des habitations et des entreprises. Ces dégradations avaient pourtant été réalisées le même soir que la pose des panneaux le long de la route.
« Les mots ont des conséquences aujourd’hui »
De son côté, la procureure Élodie Buguel a insisté sur le fait que ces inscriptions à la peinture rouge comportaient la même faute d’orthographe que sur les pancartes : « VoyouX ». « C’est le même vocabulaire, la même couleur, c’est une action concertée et unique », dit-elle lors de sa réquisition. « La coïncidence est troublante », a lancé la présidente aux cinq prévenus, qui ont campé sur leur version en refusant de donner le nom d’autres complices ou d’avouer leurs méfaits.
Maître Dujardin, l’une des avocates des parties civiles, a également insisté sur la gravité des faits. « On nous a servi une fable, un conte pour adultes. On a fait croire à une simple opération de signalétique et à un atelier de peinture », a-t-elle argué devant la juge. Pour l’avocate, cette action aurait pu avoir des conséquences extrêmement graves : « Les mots ont des conséquences aujourd’hui. Le lendemain de la pose des panneaux, le système d’irrigation d’un agriculteur qui était cité sur ces pancartes a été saboté », a-t-elle poursuivi.
Maître Dujardin a également souligné le caractère haineux de nombreux messages postés en ligne sur les réseaux sociaux de l’association Via81, en s’appuyant notamment sur l’enquête de Reporterre. « Des publications tolérées dans l’indifférence générale », a-t-elle indiqué, en rappelant également qu’une instruction est en cours à Toulouse pour des tentatives d’incendies volontaires contre des opposants à l’A69.
Trois ans d’inéligibilité
Du côté de la défense, Maître Boguet a demandé la relaxe puisque, selon lui, c’est « le désert probatoire » : la justice « ne dispose d’aucun élément matériel » pour condamner les cinq prévenus pour l’utilisation de peinture rouge sur les habitations et les entreprises. Pour l’avocat toulousain, la seule pose de panneaux ne peut permettre de caractériser l’association de malfaiteurs. Maître Boguet insiste aussi sur « la terreur » que ressentent ces chefs d’entreprise vis-à-vis des actions de sabotage menées par des opposants à l’autoroute.
La procureure de la République, Élodie Buguel, a enfin tenu à souligner les déclarations contradictoires et « farfelues » des cinq prévenus, ainsi que leur manque de remise en question et l’absence d’excuses. Le parquet a requis cinq mois de prison avec sursis pour Benoît Puech et Mathurin Castan, considérés comme les « chefs d’équipe » lors de cette opération, quatre mois avec sursis pour Guy Bousquet et trois mois avec sursis pour Frédéric Cénès et Paul-Henri Houlès. La procureure a également requis trois ans d’inéligibilité pour les cinq prévenus. Le jugement devrait être rendu le 2 juin prochain.
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La construction de l’autoroute A69 est toujours en sursis, et le Conseil d’État devrait définitivement statuer dans les prochains mois sur la possible illégalité de ce chantier. Dans ce dossier, le tribunal de Castres assure avoir déjà traité plus de 250 procédures judiciaires mettant en cause des opposants ou des partisans de l’autoroute.