Action de Greenpeace devant le ministère de l’Ecologie contre le bois illégal

Durée de lecture : 5 minutes

4 mars 2015 / Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre)

Greenpeace France a déposé ce matin une grume de bois tropical devant le ministère de l’Ecologie. L’organisation dénonce l’inaction de la France face aux importations de bois illégal. Reporterre était présent et raconte.

- Paris, reportage

07 h 15, un drôle de camion se gare boulevard Saint Germain, à Paris, devant le ministère de l’Ecologie. La circulation automobile est déjà intense. Une dizaine de membres de la "Brigade de vérification du bois" bloque la voie de bus. Ils ont une vingtaine d’années

- Qu’est-ce que la Brigade ? Une militante nous explique :

La grue du camion se met en action et dépose un tronc de 8 mètres de long sur la voie de bus. Casques de chantier de chantier sur la tête et portant une combinaison verte estampillée Greenpeace, les activistes veulent dénoncer l’inaction des pouvoirs français quant au trafic de bois illégal.

Les banderoles sont déployées. "Nous avons acheté cette grume à La Rochelle, tout simplement, mais ce bois provient en fait d’une exploitation illégale en république démocratique du Congo", nous explique Frédéric Amiel, chargé de campagne Forêts pour Greenpeace. L’ONG vient de porter plainte contre x pour importation de bois illégal .

- Que veut Greenpeace ? Frédéric Amiel l’explique :

- Frédéric Amiel -

L’action est réussie, tout s’est déroulé sans anicroche et suivant l’horaire prévu. Outre Reporterre, l’AFP et France Info sont présents. La police arrive trop tard, la grume de bois git devant le ministère. Une vingtaine de policiers encercle à 07 h 50 les activistes. Dans la matinée, Frédéric Amiel rencontre des membres du cabinet de Mme Royal.

En jeu, la lutte contre le bois illégal

Quatre tonnes de bois déversées en pleine rue devant le ministère de l’écologie : Greenpeace accuse ainsi le manque de responsabilité de la France dans la lutte contre le bois illégal, une cause importante de la déforestation dans le monde. Surexploitation des massifs forestiers, coupes non-autorisées ou arbres taillés trop jeunes, l’illégalité du bois a aussi des aspects plus socio-politiques par le non-paiement des taxes ou le non-respect des accords sociaux avec les communautés en charge de la gestion des forêts.

Selon Interpol, l’exploitation forestière illégale représente entre 15 et 30% du bois commercialisé dans le monde. Si les scieries et le bois récolté sur le territoire français sous le contrôle du ministère de l’Agriculture ne sont pas sujets à suspicion, les 140 000 tonnes de bois tropical importées chaque année en France d’Afrique ou d’Amazonie restent affranchies de toute régulation.

Or, la présence de bois illégal ne fait pas de doutes pour l’ONG écologiste. Preuve en est avec les grumes déposées ce matin, boulevard Saint-Germain. Acheté dans le port de la Rochelle, premier port français d’importation et de stockage de bois –un port dont le Conseil de surveillance est présidé par… Xavier Beulin – ce bois provient de la République Démocratique du Congo, où près de 90% de la récolte du bois serait illégale, selon les résultats d’une enquête anglaise menée l’année dernière :

- Télécharger le rapport Lawson sur le Congo :

Les grumes n’ont fait l’objet d’aucune vérification à leur entrée sur le territoire, selon Greenpeace, alors même qu’elles ont été achetées à la société Cotrefor, dont les irrégularités ont plusieurs fois été signalées. C’est précisément ce manque de contrôle que dénonce l’ONG française : en l’absence de régulation du commerce de bois tropical, du bois illégal s’écoule sur le marché français.

Refus d’appliquer le règlement européen

Pourtant, le 3 mars 2013, l’Union européenne avait adopté un règlement important pour limiter ce trafic. Interdisant le commerce de bois illégal, le RBUE (Règlement Bois de l’Union Européenne) prévoit surtout le moyen d’y parvenir, à travers la « diligence raisonnée » : c’est désormais aux importateurs européens de démontrer qu’ils ont tout fait pour s’assurer que le bois acheté respecte les lois du pays producteur. Et les Etats membres, premiers garants de l’application, doivent mettre en place la procédure de contrôle.

Or deux ans plus tard jour pour jour, la France n’a toujours pas mis en application ce règlement. Alors que Greenpeace avait déjà interpellé les pouvoirs publics lors d’un précédent rapport publié l’année dernière, l’inaction du ministère de l’Ecologie, à qui il incombe de surveiller les importations de bois en France, est patente : « On attend toujours la définition du plan de contrôle annuel et la nomination des équipes en charge de l’inspection », explique Frédéric Amiel, le chargé de mission de l’ONG.

Alors que le plan d’action européen sur le bois illégal – le « FLEGT » - doit être révisé au printemps, la France doit présenter avant la fin du mois d’avril un rapport de bilan en la matière : « Une coquille vide, poursuit Frédéric Amiel. La France a un tel retard en la matière que personne ne sait vraiment ce qu’ils vont pouvoir raconter… »

Peut-être sera-t-il fait mention de la création d’un organisme de contrôle. Mais l’association Le Commerce du bois n’est qu’une fédération professionnelle. Difficile alors de garantir la qualité de l’audit externe : « En l’état, l’organisme de contrôle est à la fois juge et partie… C’est comme si on demandait à des producteurs d’alcool de lutter contre l’alcoolisme », dit M. Amiel.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une petite faveur à vous demander. Dans une période où les questions environnementales sont sous-représentées dans les médias malgré leur importance, Reporterre contribue à faire émerger ces sujets auprès du grand public. Le journal, sans propriétaire ni actionnaire, est géré par une association à but non lucratif. Nous sommes ainsi totalement indépendants. Personne ne dicte notre opinion. Cela nous permet de couvrir des évènements et thèmes délaissés par les autres médias, de donner une voix à ceux qui ne sont pas audibles, et de questionner les puissants en les mettant face à leurs responsabilités.

Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés. Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et nous laissons tous nos articles en libre accès. Vous comprenez sans doute pourquoi nous avons besoin de demander votre aide. Reporterre emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produit quotidiennement des informations, enquêtes et reportages. Nous le faisons car nous pensons que notre vision, celle de la préservation de l’environnement comme sujet majeur de société, compte — cette vision est peut-être aussi la vôtre.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : Forêts tropicales : l’échec complet de la politique européenne pour enrayer le trafic

Source : Barnabé Binctin et Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos :
. action : Lorène Lavocat pour Reporterre
. Frédéric Amiel : Greenpeace
. Greenpeace



Documents disponibles

  Sans titre   Sans titre   Sans titre
DOSSIER    Forêts tropicales

THEMATIQUE    Nature
9 juillet 2019
À Marseille, les quartiers nord ont aussi droit aux légumes bios
Reportage
9 juillet 2019
Ceux qui aiment le raisonnement scientifique devraient être pour l’homéopathie
Tribune
15 juillet 2019
Le 20 juillet, une marche pour soutenir le « combat Adama » et « riposter à l’autoritarisme »
Tribune


Dans les mêmes dossiers       Forêts tropicales



Sur les mêmes thèmes       Nature





Du même auteur       Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre)