Amazonie hypocrisie

Durée de lecture : 3 minutes

26 août 2019 / Hervé Kempf (Reporterre)

L’activisme du président Macron sur l’Amazonie est louable. Mais pour avoir un poids réel, il faudrait qu’en France même, la biodiversité soit protégée et que l’on cesse d’importer du soja transgénique du Brésil.

On ne peut qu’approuver la mobilisation d’Emmanuel Macron à propos des désastreux incendies qui frappent l’Amazonie — une catastrophe écologique qui est une triste réplique aux feux dramatiques qui ont ravagé durant le mois d’août près de 5 millions de km2 - l’équivalent de la superficie de l’Europe ! - en Sibérie.

Sans oublier les feux de forêt en Alaska, au Groenland, ou aux Canaries...

Ces « mégafeux » qui, de plus en plus souvent, ravagent les forêts, semblent clairement liés au réchauffement climatique — le mois de juillet a été le plus chaud enregistré depuis 140 ans, selon la NOAA, l’agence étasunienne de l’atmosphère et des océans.

Mais en Amazonie, il semble bien que l’immense majorité des milliers de foyers observés aient été délibérément allumés par les humains : on en comptait plus de 70.000 le 20 août, un chiffre en augmentation de... 83 % par rapport à l’année précédente ! Il fait donc peu de doute que la politique de colonisation de l’Amazonie impulsée par M. Bolsonaro a une responsabilité immense dans le désastre qui se déroule dans le plus grand massif forestier de la planète. Et il est heureux qu’une mobilisation internationale — d’abord partie du Brésil lui-même — ait lancé l’alarme, conduisant M. Macron à faire de l’Amazonie un sujet majeur du G7.

Mais ce geste ne serait que politicien s’il ne s’accompagnait pas de vraies mesures sur la responsabilité même des pays développés — et de la France — à l’égard des forêts tropicales ou de la biodiversité. On a du mal à prendre M. Macron au sérieux quand on sait que de nombreux permis de recherche minière sont accordés en Guyane française ou quand on constate le rythme toujours délirant de l’artificialisation des sols français, encouragé par le soutien du gouvernement aux projets d’Europacity ou du GCO de Strasbourg.

En ce qui concerne spécifiquement la forêt amazonienne, la France (et l’Europe) disposent d’un levier efficace pour freiner sa dévastation : arrêter l’importation de soja transgénique du Brésil. L’expansion de cette culture est en effet un des principaux moteurs de la déforestation, le lobby agro-industriel brésilien trouvant là une des ses principales sources de profit. Et comme l’a souligné une récente étude de l’Académie d’agriculture, la production de soja au Brésil n’a cessé de progresser depuis l’an 2000, atteignant 120 millions de tonnes en 2018-2019. Si la Chine en est le plus gros importateur, l’Europe compte aussi pour 20 % des importations. Un rapport de Greenpeace sur le soja note que l’Europe en importe 33 millions de tonnes par an depuis l’Amérique latine, destinées à l’alimentation animale, notamment de volailles.

Evolution de la production et des exportations de soja par le Brésil.

Il y a là un levier d’action puissant, qui s’articulerait aussi avec une politique agricole européenne écologique : remplacer le soja importé par des légumineuses fourragères, favorisant les cultures locales et l’autonomie alimentaire, et mettre un terme à l’élevage industriel qui continue à se développer en France au mépris de l’environnement et des souffrances endurées par les animaux.

C’est sur ce terrain qu’on attend maintenant le gouvernement français et ses partenaires européens : faire la leçon au Brésil et refuser de signer l’accord Mercosur est sans doute indispensable. Mais cela n’aura vraiment d’effet que si la France et l’Europe appliquent elles-mêmes une vraie politique de respect de la biodiversité.


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Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photos :
. chapô : G7 France
. feux en Amazonie : Greenpeace

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