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EntretienCulture et idées

Annie Ernaux : « Les Soulèvements de la Terre sont un mouvement pour la vie »

« J'appartiens aux Soulèvements de la Terre », affirme l'autrice féministe Annie Ernaux.

Dans cet entretien, Annie Ernaux, prix Nobel de littérature, affirme soutenir Les Soulèvements de la Terre. Les traiter de terroristes est une « aberration » dit celle qui « espère un mouvement de masse » contre ce gouvernement.

Annie Ernaux est écrivaine, prix Nobel 2022, autrice de Mémoire de fille, Les Années ou La Place, aux éditions Gallimard. Figure féministe, elle est engagée à gauche depuis des années.




Comment réagissez-vous à la dissolution des Soulèvements de la Terre ?

Avec une immense colère. Le gouvernement manifeste sa volonté d’éradiquer tous les mouvements de liberté, les mouvements pour changer la vie. Il y a quelque chose de fondamental de s’en prendre à un mouvement qui n’est pas une organisation politique, qui est un mouvement venu du fond de diverses couches sociales, un mouvement pour la vie. Cela a quelque chose de très violent en fait, et qui montre la dérive autoritaire de ce gouvernement, comme on l’a déjà vu avec la répression des manifestations contre la réforme des retraites.



Comment définiriez-vous ce mouvement ?

Il exprime la volonté de vivre autrement, de vivre avec la nature dont on est de plus en plus privés et qui est de plus en plus détruite. C’est une manière différente de vivre, mais aussi un changement du rapport humain, qu’ils ne soient plus dans la domination de ceux qui ont le pouvoir et la richesse sur le reste de la population. C’est cela qui fait peur. Tout ce qu’a fait le gouvernement depuis 2017, c’est de favoriser les grands groupes économiques, la FNSEA, les chasseurs.
Le mot dissolution est absurde. Est-ce qu’on pouvait dissoudre le Larzac dans les années 70 ? Est- ce qu’on pouvait dissoudre les mouvements de femmes qui demandaient la liberté de la contraception et de l’avortement ? Non.



Appartenez-vous aux Soulèvements de la Terre ?

Maintenant, je considère que j’appartiens aux Soulèvements de la Terre.



Que pensez-vous de l’argument du gouvernement selon lequel Les Soulèvements de la Terre incitent à la violence ?

C’est la répression qui a été violente, on l’a bien vu au moment [du rassemblement contre les mégabassines] de Sainte-Soline ou lors de la dernière manifestation contre la ligne Lyon-Turin.

Bien sûr, il y a toujours la tentation de se dire que si l’on n’obtient rien, alors peut-être qu’on obtiendra davantage par la violence. À mon avis, ce n’est pas une bonne méthode. Mais c’est quand même le dernier recours la plupart du temps.

L’idée du gouvernement est de parler d’“écoterrorisme”, de faire passer les Soulèvements de la Terre pour des terroristes. C’est une aberration totale. On fait passer pour des terroristes tous ceux qui manifestent contre le gouvernement.

Dans plusieurs de vos livres, vous avez raconté et fait sentir l’atmosphère des années 1960 et 1970. Quelle différence voyez-vous avec l’atmosphère d’aujourd’hui en 2023 ?

Il me semble que ce gouvernement s’est donné des lois et des moyens pour être encore plus dur que dans les années 1970. Il est beaucoup plus dangereux.

Où va-t-on avec ce gouvernement ?

Il prépare la voie à Marine Le Pen, c’est évident. Il risque de provoquer un tel désarroi qu’aux élections présidentielles, la majorité de gens seront dégoûtés et choisiront... Mais je n’aime pas prévoir le pire. On est en 2023, il y a des choses à faire. Il ne faut pas se demander ce qui va arriver : c’est nous qui faisons arriver les choses. Le mouvement contre la réforme des retraites a montré que c’était possible. J’espère un mouvement de masse à un moment ou à un autre.

Que diriez-vous à une jeune femme de 20 ans aujourd’hui ?

Les filles de 20 ans sont beaucoup mieux que nous l’étions dans ma génération. Elles savent ce qu’elles ne veulent plus d’une façon très nette, par rapport à la société patriarcale, et par rapport à la domination masculine.

Elles peuvent faire changer les choses ?

Elles peuvent faire changer les choses, au même titre que les garçons. Mais les filles sont à l’avant-garde. Elles peuvent représenter une force.

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