Au Chili, le désenchantement démocratique
Les Chiliens ont voté contre une Constitution encore plus conservatrice que celle en vigueur. - © AFP / Javier Torres
Les Chiliens ont voté contre une Constitution encore plus conservatrice que celle en vigueur. - © AFP / Javier Torres
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Les Chiliens ont rejeté le 17 décembre le deuxième projet de Constitution proposé depuis la révolte sociale de 2019. La Constitution de Pinochet reste en vigueur et l’espoir de la sortie du néolibéralisme s’éteint.
Santiago (Chili), correspondance
55 % des électeurs chiliens se sont exprimés le 17 décembre « Contre » le projet de Constitution proposé par un Conseil constitutionnel élu en mai dernier, et dominé par la droite traditionnelle et l’extrême droite. Très critiquée pour son conservatisme, son recul sur les droits humains et ses lacunes sur le plan écologique, cette deuxième Constitution n’a pas convaincu. Le Chili maintient donc la Constitution d’Augusto Pinochet, adoptée en 1980, pierre angulaire du modèle néolibéral.
Pourtant, le chemin de sortie du néolibéralisme semblait tout tracé. Deux ans après la révolte sociale de 2019 où des millions de Chiliens exigeaient un accès gratuit à l’éducation et à la santé, des pensions de retraite dignes ou encore la déprivatisation des sources d’eau, un jeune président de gauche, Gabriel Boric, a fait son entrée au palais de la Moneda.
En mai 2021, une Assemblée constituante, composée majoritairement d’indépendants issus des mouvements sociaux et de représentants de la gauche progressiste, avait été élue. Cette Assemblée avait écrit une Constitution très ambitieuse sur le plan écologique et social, qui ouvrait la voie à la sortie du néolibéralisme. Mais c’était sans compter sur les forces conservatrices du pays andin qui ont convaincu 62 % des Chiliens de rejeter le texte, lors du scrutin de septembre 2022.
Le désenchantement et la lassitude constitutionnelle
Quelques jours avant ce nouveau référendum, dans les rues de Santiago, il y avait peu d’effervescence autour de la campagne électorale. Quelques affiches « En Contra » (Contre) et « A favor » (Pour) se devinaient sur les murs de la capitale. Mais le peu d’intérêt des Chiliens pour la nouvelle Constitution était palpable. « Ça ne va pas résoudre nos problèmes d’insécurité, de chômage ou d’inflation », s’agaçait Carolina, à la sortie du métro, après avoir refusé un prospectus qui invite à voter « Pour ».
« Il y a une atmosphère de désenchantement, peu de motivation et de la lassitude par rapport à la question constitutionnelle, explique Claudia Heiss, politologue à l’université du Chili. L’électorat s’est mobilisé essentiellement parce que le vote est obligatoire. S’il était volontaire, nous aurions eu un taux de participation très bas. » 84 % des électeurs se sont rendus aux urnes.
« Il y a d’autres urgences » que la Constitution
Quelques mois après la révolte sociale en octobre 2019, la pandémie de Covid-19 a mis fin à l’effervescence populaire. Puis, l’inflation, l’insécurité galopante et la migration ont fait basculer les préoccupations des Chiliens. « Les gens veulent des choses plus élémentaires : la sécurité, l’ordre public, une bonne situation économique. Un retour à la normale après quelques années de vie très anormale », ajoute Claudia Heiss.
Après l’annonce des résultats le 17 décembre au soir, le président Gabriel Boric a pris la parole sur la chaîne nationale pour annoncer que « dans le cadre de [son] mandat, il n’y aura pas d’autre processus constitutionnel ». Il a ajouté que « les urgences sont autres » et que son gouvernement travaille déjà « aux réformes de pensions de retraite », « de santé publique » et « un accord pour une distribution plus juste des richesses ».
Il a ajouté que « la politique a une dette envers le peuple du Chili » ; car 79 % des Chiliens avaient exprimé en octobre 2020, lors du premier référendum de ce long processus, qu’il voulait une nouvelle Constitution. Après deux tentatives, le Chili a échoué et maintient la Constitution de Pinochet, qui a été réformée soixante-dix fois depuis le retour à la démocratie en 1990.