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Au Testet, deuxième jour du déboisement, la police redouble de violence

3 septembre 2014 / Grégoire Souchay (Reporterre)



Mardi 2 septembre, le déboisement s’est poursuivi sur la zone humide du Testet. Les policiers ont été encore plus violents que la veille. Le verdict de l’expulsion lui est reporté à vendredi. Récit de cette journée difficile.


- L’Isle-sur-le-Tarn, reportage

En face du pont marquant l’entrée de la zone humide du testet, les gendarmes sont déjà là. La barricade s’est reconstituée avec des branches, après le départ du tracteur présent la veille mais des zadistes veillent au grain. De l’autre côté, on distingue sept fourgons pleins devant une dizaine de voitures de gendarmerie. Le dispositif s’est allégé mais pas la violence, selon l’avis général. Ainsi Annick : « J’étais assise, non violente et ils m’ont trainé sur 15 mètres au sol ». Elle ajoute : « Je les ai vu tirer des grenades lacrymos directement sur les personnes, volontairement ». Un zadiste résume : « On s‘est fait salement charger, sans sommation ».

Il est 9 heures 30 quand les tronçonneuses démarrent leur travail en face du campement, sur l’autre rive.

Nous suivons un petit groupe qui essaie de franchir les lignes policières pour s’opposer aux coupes de la forêt. Christian Conrad, naturaliste et membre de l’association Apifera nous donne des détails sur la nature environnante. Les bruits d’abattage et le vrombissement de l’hélicoptère ne font que redoubler sa volonté de défendre la zone : « Ici, c’est une petite mare où l’on doit trouver des larves de salamandre » décrit-il, « là, c’est le milieu caractéristique du martin pêcheur, il est très rare d’en voir deux sur le même espaces, c’est une bataille permanente entre eux ». Il nous explique l’interdépendance entre toutes les espèces : « Par exemple, ces oiseaux : la sitelle mange certains insectes sur le tronc et se déplace toujours de haut en bas du tronc. Le grimpereau va à l’inverse toujours de bas en haut mais comme son bec est différent il mange d’autres insectes ». Et pour chaque plante, c’est la même chose, « abattre un arbre, c’est comme détruire un gigantesque HLM pour la faune et la flore ». Maigre consolation : « Pour l’instant, ils ne déboisent pas directement la zone humide ». Mais jusqu’à quand ?


- Christian Conrad -

Ecouter ici :

Surgissent alors quatre jeunes zadistes qui nous conseillent de faire demi-tour : « Ils pointent leurs flashball directement sur nous. On ne peut pas passer ». Nous tentons une autre route, cette fois accompagné d’un seul militant bon connaisseur des lieux. Il nous amène juste de l’autre côté du Tescou. Derrière les fourrés, nous distinguons la cabane et cinq gendarmes pour la garder L’un d’entre eux s’approche. Il refuse de laisser passer quiconque, la presse devant contourner les lieux par l’entrée principale pour pouvoir accéder à la zone de déboisement.

Marche en sens inverse jusqu’à la barricade du départ. Nous y retrouvons un journaliste d’un quotidien gratuit. En route vers le cordon de gendarmes. L’accueil est assez hostile. « Pour qui travaillez-vous ? Avez-vous une carte de presse ? » Lui passe, pas Reporterre. Nous tentons d’expliquer la subtilité entourant l’obtention de cette carte, surtout pour les jeunes journalistes, en vain. Des militants du collectif Testet tentent d’ouvrir la discussion. Rien n’y fait. « Maintenant, vous repartez de l’autre côté de la barricade ou nous ferons usage de la force », tranche le gendarme.

Le message est suffisamment clair pour ne pas nous attarder. À peine franchie la barricade, nous avons la stupéfaction de croiser un cycliste, en combinaison moulante et vélo de course qui passe devant nous, tranquille. L’avertissant du danger à aller au devant des cordons policiers, il expose sommairement sa pensée : « Ce n’est pas grave, de toute façon, je leur pète la gueule aux flics ». Au final, il il franchira les barricades et le dispositif complet comme si de rien n’était.

Nous tentons avec un collègue photographe lui aussi sans carte de presse de jouer sur les différentes hiérarchies policières. Mais après une demi heure d’attente du lieutenant colonel, tout passage de l’autre côté de la rive du Tescou semble bien compromis. « C’est comme dans les westerns » lance amusé un groupe de zadistes voisins, « tu as le bon et le mauvais côté et au milieu une rivière, le Tescou, notre Rio Grande à nous ».

À quelques mètres des bûcherons

Plus loin, une équipée s’apprête à aller pacifiquement rendre visite aux bûcherons, la surveillance policière semblant s’être relâchée. Huit personnes participent, dont cinq ont plus de soixante ans.

En suivant le sentier de grande randonnée, nous débouchons finalement à l’autre bout du champ où nous nous trouvions la veille, à seulement vingt mètres d’un bûcheron.

Il voit le groupe, s’écrie, prend peur et court chercher les quelques gendarmes aux alentours avant de reprendre son travail. Les manifestants lui crient d’arrêter son chantier, d’exercer son droit de retrait, mais ces travailleurs ne semblent pas parler français et encore moins entendre avec leurs casques.

Les bûcherons abattent le travail avec rapidité, peut -etre trop au juger de certains militants inquiets de l’éventualité d’un accident. Plus au sud, on entend une autre tronçonneuse, isolée, qui nous laisse à penser qu’un autre front de coupe est entamé pour faire passer des engins plus massifs. Mais là encore, impossible d’obtenir confirmation où que ce soit. Après une dizaine de minutes, les gendarmes décident de nous repousser à l’extérieur, de nouveau de l’autre côté du Tescou.

Sept zadistes perchés, des dizaines de blessés

De retour sur la route principale, nous en apprenons un peu plus : de l’autre côté du Tescou, ne se trouvent plus que des gendarmes postés dans les broussailles empêchant quiconque d’aller plus loin, une dizaine de bûcherons travaillant sans pause. Sept zadistes sont perchés dans trois cabanes dans des arbres inaccessibles pour les policiers mais isolés du reste de la forêt. Certains s’attendent à ce qu’une nacelle soit amenée sur le site pour les déloger dès demain.

Nous constatons par ailleurs l’étendue des dégâts provoqués par la violence policière. Ironie du sort, les premières victimes sont les clowns, toujours en première ligne. Captain Nemo a ainsi pris un splendide coup de tête d’un policier (casqué).


- Captain Nemo -

De son côté, Ben nous expose ses mésaventures : « Hier ils m’avaient déjà cassé les lunettes. Aujourd’hui, après m’avoir délogé d’un arbre, les gendarmes ont balancé mes affaires partout autour, y compris mes chaussures, mon portable, mon portefeuille, mon argent. Ils ont même vidé la bouteille d’eau sur mon pull ». Il ajoute, blessure suprême : « Ils ont déchiré en deux mon nez rouge ».

D’autres ont des anecdotes moins précises mais des blessures plus fortes : un tir tendu de flashball reçu sur le bras, un torse portant les séquelles des lacrymos à bout portant et une jeune fille avec quatre points de suture réalisés en urgence à la jambe « un gros coup de matraque » explique-t-elle sobrement.

Comment faire sortir le Testet de son cours ?

Devant l’impossibilité de réagir sur place, des actions s’organisent à l’extérieur. Gilles Oliver, un militant du village de Vaours, a décidé d’entamer depuis la mi journée une grève de la faim à proximité de la demeure du conseiller général de son canton, Georges Bousquet. La Confédération Paysanne, elle, a mobilisé ses troupes pour une nouvelle opération escargot sur la route inter-départementale. José Bové, député européen EELV, déjà présent lors d’action passée à la suite de son camarade Gérard Onesta, a apporté hier son soutien : « J’apporte mon soutien plein et entier aux grévistes de la faim. Je demande d’urgence un moratoire sur les travaux de déforestation et sur le barrage, espérant que les décideurs publics prennent rapidement la mesure des enjeux et de la gravité de la situation. »

Même l’Union Européenne s’y met, les opposants apprenant aujourd’hui, après plusieurs semaines d’attente, qu’elle a enfin ouvert le dossier et étudie la requête des opposants de mettre en demeure la France pour les infractions à la protection des espèces, comme à Notre Dame des Landes.

Par ailleurs, depuis hier, les soutiens divers sont appelés à bombarder d’appel la Préfecture et le Conseil général histoire de bien leur faire comprendre que la population ne veut pas de ce projet.

Tandis que les coupes s’intensifient sur le Testet, la pression médiatique et citoyenne augmente elle aussi et le sujet a désormais sa place, à la suite de Reporterre, dans l’agenda médiatique au niveau national, le petit cours d’eau tarnais commence à susciter des flots plus larges d’opposition.

Après ces deux journées d’offensive symbolique et de matraque physique, le doute n’est plus permis : les promoteurs du projet refusent tout dialogue avec les parties opposants au barrage et n’usent plus que de la force pour avancer.

Comme le rappelait un militant de Loire Vivante il y a deux jours : « Ils sont lâches et ils ont peur ». De quoi ? Que la mobilisation populaire fasse échouer le grand projet inutile de barrage de Sivens.

La soirée se termine avec deux nouvelles : d’une part, le jugement sur l’expulsion du campement de la Bouille a été finalement reporté à vendredi. D’autre part, la barricade située à l’entrée de la zone aurait été détruite. Nous en saurons plus demain, mais il est temps de quitter la zone.

Provisoirement, et avec beaucoup d’inquiétude devant l’entêtement des pouvoirs publics et les risques que ce chantier pose pour tous les protagonistes de ce conflit. Impossible de ne pas penser en premier lieu à toutes et à tous les blessés, que l’on a vu défiler au fil des heures, des jeunes, des gamins qui ne demandent qu’à sauver la forêt, protéger la nature. Qui prennent des coups de matraque parce que la légalité le permet même si leur combat est légtime. Le plus grave, au Testet comme ailleurs, c’est encore qu’il faille trouver des arguments et même se battre pour sauver des arbres. Comme le nous disait en novembre dernier un des premiers occupants de la zone : « Sans eux, il n’y a pas d’air, pas de plantes, pas d’animaux, pas de vie ».


Actualisation en fin d’après-midi

Une abatteuse-débroussailleuse intervient depuis 9 heures en face du campement de la Bouillonnante, de l’autre côté de la rive. ce sont les premiers travaux qui impactent directement sur la zone humide.

Parallèlement, une abatteuse forestière de grande envergure est entrée sur place et a entamé son travail vers 13 heures dans une pinède à proximité de la ferme abandonnée de la Métairie Neuve, alors même que des militants se trouvaient à moins de vingt mètres d’elle. Les machines sont escortées par des cordons de gendarmerie.

Des élus, comme Gérard Onesta, conseiller régional EELV, sont venus sur place, mais l’accès à la zone leur est interdit par les forces de police. Certains militants sont actuellement dans les arbres, pour tenter de s’opposer au déboisement.

A 14 heures 30, intervention policière et saccage du chapiteau de la Bouillonnante. Plusieurs blessés dont une personne par flashball au ventre et à la cuisse.


UNE VIDEO TEMOIGNE

Voici un épisode de cinq minutes qui restitue une partie de l’ambiance de la journée :

http://youtu.be/xsOsDUCI5o0




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Source, photos et son : Grégoire Souchay pour Reporterre

Video : Fréd Mercure.

Consulter le DOSSIER : La bataille pour sauver la zone humide du Testet.


Cet reportage a été réalisé par un journaliste professionnel et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :



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