123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

ReportageLuttes

« Au Verdon, pas de saumon » : des centaines de manifestants en Gironde contre un mégaprojet d’élevage

Au Verdon-sur-Mer, en Gironde, le 18 janvier 2026.

Quelque 800 personnes ont défilé au Verdon-sur-Mer, en Gironde, pour s’opposer à la construction d’un vaste élevage de saumons, la veille de la conclusion de l’enquête publique sur le projet.

Le Verdon-sur-Mer (Gironde), reportage

L’incertitude a plané jusqu’à 14 heures : combien se déplaceraient jusqu’ici, ce dimanche, au Verdon-sur-mer, petit port girondin à l’extrême pointe du Médoc pour dénoncer l’installation d’un élevage de saumons Pure Salmon ? 200, 300 personnes ?

« Déjà, nous sommes surpris par l’ampleur de l’enquête publique », dit Maxime De Lisle, cofondateur et coprésident de l’association de défense des océans Seastemik, tandis que le cortège prend forme. Celle-ci a débuté le 15 décembre dernier et s’achève le 19 janvier. Le responsable de l’ONG n’en revient pas de voir franchi le pallier des 18 000 contributions, quasiment toutes négatives.

800 personnes ont fait le déplacement jusqu’à la pointe du Médoc pour la manifestation. © Alban Dejong / Reporterre

Ce gigantesque élevage de saumons est censé voir le jour à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau de la capitainerie du Port Médoc, où se tient la mobilisation organisée par Seastemik.

« Au Verdon, pas de saumon »

« Au Verdon, pas de saumon », « Médoc sacrifié = eau en danger ». Les manifestants et leurs banderoles affluent sur les quais du petit port de plaisance et c’est bientôt un cortège de 800 personnes qui avance lentement, reprenant les slogans de Planète Boum Boum lancés depuis un pickup en tête de cortège.

Selon Maxime de Lisle, l’écrasante majorité des 18 000 contributions à l’enquête publique sont opposées au projet. © Alban Dejong / Reporterre

« Nous sommes venus rendre visible le rejet massif pour cette installation, qui s’est exprimé dans l’enquête publique », tonne Muriel Denet, du collectif médocain La Fraie sauvage. Cette association locale lutte depuis trois ans contre ce projet d’usine qui veut produire 10 000 tonnes par an du « poisson préféré des Français », « élevé sans antibiotiques et nourri sans OGM », soit « 99 % des besoins importés » selon Pure Salmon.

L’installation devrait créer 250 emplois directs, promettent les porteurs de projet, qui chiffrent le total des investissements à 275 millions d’euros. « Cette usine ne correspond en rien à notre économie locale qui est basée sur le tourisme, l’artisanat et la petite aquaculture, la conchyliculture, poursuit Muriel Denet. Pour ces emplois créés, combien vont être détruits dans la pêche et ailleurs ? »

Maxime de Lisle (gauche) de Seastemik et Muriel Denet (droite) de La Fraie sauvage, deux associations à la point de la lutte contre la ferme-usine de saumons. © Alban Dejong / Reporterre

Ce jour de mobilisation, des marins pêcheurs du Verdon et de Charente-Maritime, sur l’autre rive de l’estuaire de la Gironde, sont venus exprimer leur inquiétude. Sandrine Thomas, l’une d’entre eux, veut ainsi défendre son « gagne-pain » face à la concurrence de cette usine qui détournera les consommateurs des poissons pêchés localement, selon elle.

Elle rappelle que « pour un emploi en mer, on en compte quatre à terre ». Pure Salmon, sur son site internet, argue que « cette production vise avant tout à se substituer à des importations, et non à fragiliser des filières existantes ».

Si Pure Salmon promet des saumons «  élevés sans antibiotiques et nourris sans OGM  », certains s’inquiètent tout de même d’éventuels rejets. © Alban Dejong / Reporterre

Sandrine Thomas et son confrère Pierre Cartier s’interrogent également sur les conséquences sur l’écosystème de l’estuaire et des risques d’invasion du milieu par les alevins de ces poissons qui « ne sont plus de vrais poissons », considère Pierre Cartier, évoquant les croisements génétiques dont sont issus les saumons d’élevage.

« C’est l’élevage de poisson qui a le plus d’impact sur le climat »

« Que se passera-t-il alors pour les espèces emblématiques telles que le maigre, l’alose, l’esturgeon ou la lamproie ? » demande-t-il avant de rejoindre, flottant dans le port, le minicortège composé de deux zodiacs et d’un voilier. « Et tout cela pour satisfaire les caprices des consommateurs ! » s’indigne Sandrine Thomas.

« C’est l’élevage de poisson qui a le plus d’impact sur le climat », renchérit Maxime de Lisle de Seastemik, qui appelle, avec une coalition de 25 autres ONG, à un moratoire de dix ans sur l’implantation de fermes-usines de saumons en France.

Sandrine Thomas (gauche) et Pierre Cartier (droite), tous deux marins-pêcheurs, s’inquiètent des conséquences que la ferme-usine de saumon pourrait avoir sur les espèces sauvages. © Alban Dejong / Reporterre

Les opposants attendent « de pied ferme » les conclusions des commissaires enquêteurs. « Si leur réponse ainsi que celle de la préfecture [qui est habilitée à donner son feu vert à la construction du site] sont positives, nous lancerons des recours administratifs » pour obtenir un retrait total du projet, prévient déjà Maxime de Lisle.

« Les élections municipales vont rebattre les cartes », prédit la médocaine Muriel Denet qui regrette l’absence d’opposition des élus locaux « subjugués par les créations d’emploi », selon elle. Des listes d’opposition fleurissent dans les villages de la pointe du Médoc et affichent leur opposition à la ferme aquacole. En face, sur l’autre rive de l’estuaire, 15 communes ont voté une motion de rejet.




Notre reportage en images :


legende