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Politique

Au cœur de l’instabilité politique, l’espoir d’un réveil écologiste

Marche pour le climat à Toulouse, le 29 novembre 2019.

Bayrou en sursis, appel au blocage le 10 septembre... La rentrée politique mouvementée est l’occasion pour les écologistes de remettre au centre des débats des perspectives environnementales et sociales désirables.

Il suffit d’aller faire un tour sur les boucles Telegram du mouvement « Indignons-nous — Bloquons tout » pour s’en apercevoir : du côté des citoyens français, pour bon nombre excédés (entre autres) par les 44 milliards d’euros d’économies voulus par François Bayrou, la rentrée politique et sociale se prépare activement.

Sera-t-elle également écologique, dans la foulée de la mobilisation populaire exceptionnelle de cet été contre la loi Duplomb — qui prévoyait notamment de réautoriser des pesticides dangereux —, énième incarnation des attaques anti-environnementales menées par le gouvernement ? À l’heure où le Premier ministre convoquera devant l’Assemblée nationale un vote de confiance le 8 septembre, et alors que s’élèvent tous azimuts des appels à bloquer le pays le 10 septembre, les organisations écologistes interrogées par Reporterre estiment ce mouvement propice à remettre au centre des débats des perspectives écologiques et sociales désirables, étant entendu que les deux sont de toute façon indissociables.

« Certes, le point de départ du 10 septembre est le rejet de l’austérité budgétaire. Mais, en creux, c’est toute cette société inégalitaire et écocidaire arrivée en bout de cycle qui est l’objet de ce ras-le-bol : on l’a vu avec la loi Duplomb », assure la porte-parole d’Attac, Youlie Yamamoto. Pour elle, la date du vote de confiance, deux jours avant la mobilisation, n’a pas été choisie par hasard : « Bayrou a peur du 10 septembre. Il existe donc bien une fenêtre pour les revendications de progrès social et écologiste et pour faire tomber le budget. »

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Selon l’activiste, qui alerte sur le « Rassemblement national présent en embuscade avec ses solutions xénophobes », il est ainsi important « d’occuper partout le terrain ». Et, a fortiori, de rappeler que le financement des enjeux sociaux et environnementaux est « parfaitement possible moyennant une politique qui en finit avec le néolibéralisme ».

Un point de vue partagé par Clara Jamart, responsable des campagnes pour Greenpeace : « Face à nous, des adversaires politiques, économiques et financiers détricotent les droits sociaux et passent sous silence la question pourtant urgentissime de la crise écologique. Le tout, dans un déni de démocratie total des résultats des législatives de 2024 [remportées par la gauche]. Ce mouvement est une opportunité de rappeler que la justice sociale et écologique vont de pair. »

Une fenêtre déjà ouverte

Taxation des ultrariches — catégorie de la population qui pollue le plus — et des multinationales, ISF climatique (l’impôt de solidarité sur la fortune), abandon des 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises prévus par le budget Bayrou au profit d’autres secteurs comme les services publics ou l’écologie… Autant de « solutions déjà connues » qu’il s’agira de présenter et de marteler partout où cela sera possible, selon les deux organisations.

Sur les boucles Telegram de « Bloquons tout », de nombreuses revendications écologistes sont d’ailleurs exprimées par les participants : abrogation de la loi Duplomb, arrêt des « projets destructeurs » comme l’autoroute A69 et les mégabassines, taxation du kérosène utilisé dans l’aviation… Loin, donc, des discours bien commodes tendant à faire de l’écologie la source de tous les maux de la population.

« L’écologie peut resurgir à n’importe quel moment au détour d’un chemin »

« Il s’agit d’un mouvement ancien et de fond, des institutions et des acteurs sociaux portent un anti-écologisme de plus en plus virulent, le tout favorisé par un système médiatique de plus en plus réactionnaire, analyse l’historienne spécialiste de l’écologie politique Laure Teulières, coautrice du livre Greenbacklash — Qui veut la peau de l’écologie ? (à paraître au Seuil en octobre). Dans le même temps, on voit que l’opinion publique reste très sensibilisée sur l’enjeu écologique, et est parfois capable de trouver une voix pour l’exprimer de manière forte. »

« Ce qui a été démontré ces derniers mois, notamment avec la mobilisation contre la loi Duplomb, c’est que l’écologie peut resurgir à n’importe quel moment au détour d’un chemin. Et ce, de manière assez majeure, surtout quand on mêle les questions de santé publique et d’écologie », abonde Benoît Feuillu, membre des Soulèvements de la Terre.

Selon le militant, à l’heure où les inégalités sociales explosent et où l’accès aux soins et à une alimentation saine se fragilise, il est essentiel de « rappeler que l’écologie est un enjeu majeur de la lutte des classes, et inversement ». « Dans le cadre du mouvement du 10 septembre et dans les mois à venir, il s’agit donc de continuer à cibler le complexe agro-industriel, mais aussi de s’inscrire dans une dynamique s’attaquant aux milliardaires carbofascistes, à qui Bayrou fait des cadeaux incessants avec ses politiques d’austérité », ajoute-t-il. Le titre du dernier communiqué des Soulèvements ? « Tout bloquer, viser juste. »

Lire aussi : « Tout bloquer » : histoire d’un geste écologiste et révolutionnaire

« En tant que mouvement écolo, c’est via les enjeux autour de la santé ou encore de la casse des services publics — laquelle est dénoncée par le mouvement du 10 septembre — que l’on peut mettre l’écologie au cœur de la mobilisation et aller chercher des victoires qui ne laissent personne de côté. D’autant que la fenêtre de tir est déjà ouverte : on le voit bien avec la loi Duplomb », acquiesce Soli Heredia, porte-parole d’Action Justice Climat.

Pour elle, il est en outre nécessaire de « reconquérir des espaces ». « Par exemple, lors des législatives de 2024, l’organisation de convois de la victoire partout en France a permis de sortir de nos cercles militants et a aidé à ce que le Nouveau Front populaire arrive en tête. Il faut que l’on se réapproprie ce genre d’initiatives. »

Elle rappelle au passage la tenue d’une manifestation intersyndicale le 18 septembre, puis d’une marche des « Résistances » portée par le mouvement climat le 28 septembre. « L’idée est de créer une séquence plus large et de faire que le 10 septembre soit le début de quelque chose », indique l’activiste, dont l’organisation prévoit de venir en soutien des manifestants sur les piquets de grève.

Un réveil nécessaire

Faire front commun lors de ce 10 septembre et a fortiori être plus forts ensemble face au « capitalisme destructeur du social et du vivant » : voilà le préalable à l’émergence d’un monde juste et respirable, selon Sebastien, membre d’Extinction Rebellion. « Nous sommes dans un moment important : nous avons besoin de nous remobiliser, d’être unis, de sortir de l’état de sidération dans lequel nous sommes plongés du fait de ce recul écologique, de cette destruction des droits sociaux, du génocide à Gaza. Tout ce qui peut réveiller est bon à prendre, sain et nécessaire », développe-t-il.

Il souligne également que « l’idée est d’apporter des outils, des savoir-faire organisationnels, mais aussi de retrouver cette énergie de se parler, d’échanger entre milieux différents et d’apprendre les uns des autres ».

Diverses organisations ont ainsi mis à disposition du mouvement leurs ressources matérielles et organisationnelles : Action Justice Climat multiplie les appels à soutenir les blocages sur ses réseaux sociaux ; Extinction Rebellion va organiser des cantines solidaires à destination des grévistes ; de même pour Les Soulèvements de la Terre qui, avec leur réseau de « greniers » — groupes de personnes qui produisent de la nourriture, comme par exemple des légumes, et qui se mettent au service des luttes en les ravitaillant —, entend permettre que la mobilisation dure dans le temps ; Terres de luttes propose des lieux pour accueillir les assemblées populaires pré-10 septembre et va publier une carte indiquant tous les réseaux matériels et de soutien disponibles.

Même position du côté de Victor Vauquois, cofondateur de cette dernière association. « Dans les luttes locales, nous avons beaucoup documenté l’importance des alliances parfois hétéroclites, souvent avec des personnes avec qui l’on n’est pas d’accord initialement. Quand on fait tomber un projet d’autoroute ou de ferme-usine, c’est souvent grâce à l’agrégat de personnes qui ont des raisons différentes de s’y opposer. Dans le cadre du 10 septembre, nous avons tous intérêt à bloquer ce budget et ce gouvernement », explique-t-il.

Il rappelle que le festival Les Résistantes, en août, a été l’occasion de discussions autour de « l’opportunité de convergence des luttes » que représente le 10 septembre, lequel a d’abord suscité « de nombreuses interrogations ». Le mouvement a en effet été lancé en mai par un groupe souverainiste, Les Essentiels, avant d’être largement investi et soutenu par la gauche.

« Faire déboucher le mouvement dans un sens favorable à l’écologie »

Pour l’historien Steve Hagimont, coauteur de Greenbacklash, des leçons ont de fait été tirées depuis la séquence des Gilets jaunes, en 2018 : le mouvement avait dans un premier temps été boudé par les partis de gauche et le mouvement social et écologiste. « Depuis quelques semaines, on constate un investissement très rapide des forces de gauche, à la fois les militants, les syndicats et les partis, en faveur du 10 septembre. Ce mouvement, qui a débuté avec des origines assez éloignées de la gauche écologiste, ouvre en effet une fenêtre d’opportunité et un moment d’incertitude où des choses allant ou non vers l’écologie peuvent se jouer. »

S’agissant de la première option, encore faut-il que les forces « sincèrement écologistes » parviennent à s’entendre et à « donner une traduction politique séduisante à ce qui s’est passé dans la rue ».

Pour le chercheur, les 8 et 10 septembre relèvent ainsi d’un « moment historique potentiel », d’autant plus au regard du poids actuel des forces réactionnaires : « Les macronistes et l’extrême droite vont eux aussi essayer de traduire politiquement cette séquence. Il va donc y avoir un rapport de force extrêmement important au Parlement dans les prochaines semaines et, au-delà de la mobilisation citoyenne, les partis de gauche ont un rôle conséquent à jouer dans le fait de faire déboucher le mouvement dans un sens favorable à l’écologie. »

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