Six clés pour redonner du souffle au mouvement écolo
Des manifestants lors d'une action festive visant Vincent Bolloré, le 24 mai 2025 à Fouesnant (Finistère). - © Maylis Rolland / Hans Lucas / AFP
Des manifestants lors d'une action festive visant Vincent Bolloré, le 24 mai 2025 à Fouesnant (Finistère). - © Maylis Rolland / Hans Lucas / AFP
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Le contexte politique et médiatique hostile force le mouvement écologiste à se réinventer. Le grand rassemblement des Résistantes est l’occasion de réflexions sur les façons de régénérer l’engagement pour l’écologie.
Saint-Hilaire-de-Briouze (Orne), reportage
Comment remobiliser autour de l’écologie, au cœur d’une période où détricotage du droit de l’environnement, répression et montée du fascisme semblent avoir pris le dessus ? C’est la question qui agite la foule rassemblée dans les chapiteaux érigés dans les prairies de l’Orne, où se tient jusqu’au dimanche 10 août la deuxième édition du festival Les Résistantes, lieu de rendez-vous des acteurs des luttes écologistes et sociales.
« Il y a un “backlash” au niveau des discours et un recul dans les décisions publiques, du fait d’une droitisation politique en France et dans l’Union européenne, mais ce n’est pas la traduction d’un changement dramatique dans l’opinion vis-à-vis de l’écologie », nuance Lucas Francou, cofondateur de l’association Parlons climat, qui réalise des études sur le rapport des Français à l’écologie.
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Toutefois, les actions déployées jusqu’ici, « qui ont permis de mettre les enjeux de l’écologie à l’agenda », ont selon lui « atteint leurs limites ». Il faudrait donc « laisser place à une nouvelle phase stratégique suscitant une adhésion de la majorité de la population ». Voici six pistes pour maintenir et régénérer l’engagement pour l’écologie.
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Structurer des alliances pour « sortir de l’entre-soi »
Le mouvement écologiste souffre d’un « effet de bulle », analyse Lucas Francou. Afin d’en sortir, les militants redoublent d’efforts pour créer et renforcer les alliances. Cette volonté s’est déjà traduite par des liens tissés avec les agriculteurs de la Confédération paysanne, les raffineurs de Grandpuits (Seine-et-Marne), les cheminots opposés à la LGV Lyon-Turin, ou encore les ouvriers de l’entrepôt Geodis à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) contre le projet Green Dock.
« Aller là où on n’est pas pour créer des ponts »
« Le contexte nous invite à l’autocritique, à sortir d’une zone de confort et d’un entre-soi », observe Léa Hobson, membre des Soulèvements de la Terre. Aux Résistantes, les luttes antiracistes et décoloniales sont au programme, de même que les enjeux du monde agricole et plus généralement des travailleurs, autour de l’enjeu d’une « réappropriation des moyens de production ».
Une façon de dépasser la représentation caricaturale d’un clivage entre le monde militant et ouvrier, entre urbains et ruraux, ou entre banlieues et centres-villes. « Ça signifie qu’il faut aller là où on n’est pas pour créer des ponts, par exemple dans les quartiers populaires », souligne Léa Hobson. Ce fut le cas à Bobigny (Seine-Saint-Denis), où une manifestation a réuni des milliers de personnes contre le salon du Bourget en juin, à l’appel de la coalition Guerre à la guerre.
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Trouver de nouvelles portes d’entrée vers l’engagement
Cela suppose aussi de faire « des pas de côté » : « L’écologie est transversale, donc les portes d’entrée dans l’engagement sont multiples », poursuit Léa Hobson. Pour élargir et diversifier les composantes du mouvement, la militante insiste sur la nécessité de partir de la « réalité quotidienne » des habitants et des travailleurs pour « visibiliser l’absurdité des projets d’aménagements imposés ».
Elle donne l’exemple des pertes d’emploi, des dépenses publiques et des expropriations générées par ces projets, ou encore des difficultés rencontrées pour se déplacer en transports en commun sur un territoire. Contre la loi Duplomb, c’est avant tout l’enjeu de la santé qui a permis de recueillir plus de 2 millions de signatures sur la pétition en ligne, avant que le Conseil constitutionnel ne censure l’article le plus contesté, celui permettant la réautorisation de plusieurs pesticides de la famille des néonicotinoïdes.
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Démontrer l’attachement au territoire des combats écologistes
« Le système médiatique est concentré sur l’idée que l’écologie est privative. On voudrait empêcher de manger de la viande, d’acheter des voitures et d’utiliser des smartphones », résume Martin Fraysse, militant sur la lutte contre l’autoroute A69. Pourtant, l’engagement dans les luttes locales redonne cette « possibilité de penser sa vie et son territoire, à l’inverse d’une écologie institutionnelle venue d’en haut et de projets d’aménagement imposés ».
Ainsi, les opposants à l’A69 ont élaboré un contre-projet, « Une autre voie », ouvert à la contribution des habitants du Tarn et démontrant qu’ils sont aussi force de proposition.
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« Cette démarche suppose un « ancrage dans les territoires », appuie Victor Vauquois, cofondateur de l’association Terres de Luttes, qui rassemble des collectifs luttant contre des projets imposés : « Il y a des centaines de collectifs d’habitants, de bars associatifs et d’assemblées populaires qu’il faut visibiliser et coordonner », notamment pour contrer la montée en puissance des idées de l’extrême droite dans de nombreux territoires.
C’est à cela que servent les événements comme Les Résistantes, avec par exemple un atelier de « cartographie des liens aux lieux ». La façon dont l’événement lui-même est organisé, sur les terres de quatre fermes bio, encourage cette inscription dans le territoire, son activité agricole et sa biodiversité. Sur le trajet vers le campement, les espèces d’oiseaux et de plantes présentes sont décrites sur des panneaux, tandis que les produits locaux alimentent les cantines.
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Organiser des événements de structuration et de convivialité
En rassemblant plusieurs milliers de personnes en un même lieu, Les Résistantes permettent notamment de fédérer une pléiade de luttes locales. « Ce type de rencontres est essentiel », insiste Léna Lazare, porte-parole des Soulèvements de la Terre. Avant la première édition du festival, en 2023 dans le Larzac, « les militants n’avaient pas trop le moral, mais ils sont ressortis avec beaucoup d’énergie et déterminés. Je pense que c’est ce qu’il va se passer à nouveau cette année », espère-t-elle.
« S’apercevoir de notre puissance d’action »
« Ici, on se rencontre, on s’informe sur les mobilisations à venir, on se nourrit des perspectives des autres luttes. C’est un espace d’organisation qui nous permet de nous informer sur les moyens d’action et de s’apercevoir de notre puissance d’action », continue Léna Lazare. Sous une des tentes du campement, le tableau d’événements militants prévus dans toute la France est déjà bien rempli, démontrant la vitalité persistante du mouvement écologiste et social.
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Visibiliser les victoires des luttes
Si le découragement peut parfois envahir les activistes, dans un climat d’hostilité politique et médiatique, des collectifs victorieux sont présents pour partager leur expérience positive. De l’abandon du projet de retenue collinaire à La Clusaz (Haute-Savoie) à celui d’une zone industrielle sur des terres agricoles du Pertuis (Vaucluse), en passant par les victoires juridiques sur les mégabassines, « l’état des lieux de nos luttes n’est pas si pessimiste, des dizaines ont été remportées cette année et cela prouve que la mobilisation paie », observe Léna Lazare.
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Illustration à quelques kilomètres du rassemblement des Résistantes : le projet de mise à 2x2 voies d’une route départementale a été abandonné en juin après l’annulation de son autorisation environnementale.
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Remobiliser par le soin et la joie
L’épuisement militant, encouragé par une répression policière et judiciaire accrue, est un facteur d’essoufflement de la mobilisation,. Le soin est donc devenu un aspect incontournable du mouvement écologiste, dont la présence est très visible aux Résistantes. Des dizaines de bénévoles se relaient pour assurer le soutien psycho-émotionnel des participants.
« L’ennemi des militants, c’est l’apathie, l’électrocardiogramme plat »
Le programme des rencontres est aussi riche en spectacles et concerts. Parmi les groupes de musique présents figure le collectif Planète Boum Boum, qui fait danser les manifestants sur des chansons techno-activistes telles que Planète brûlée, On veut du fret ferroviaire ou Tu remballes ton autoroute. « Le côté festif est une façon inclusive et rassembleuse de lutter », explique Sasha, membre du groupe.
« L’ennemi des militants, c’est l’apathie, l’électrocardiogramme plat, complète Mathilde, alias MC danse pour le climat. La musique et la danse, c’est une façon de ressentir des émotions et de se redonner de l’énergie pour affronter la rentrée. »