Au nom de la loi antiterroriste, la police a censuré deux médias libres

26 septembre 2017 / Rebellyon, La Rotative, Paris-Luttes, Expansive, Renversé



Pour avoir publié le communiqué revendiquant l’incendie d’un garage de la gendarmerie, deux sites du réseau Indymedia ont reçu des injonctions policières leur sommant de le retirer sous peine de suspension. Les médias signataires de cette tribune estiment que l’utilisation des lois antiterroristes pour censurer l’information « vise à faire taire les oppositions politiques radicales ».

Rebellyon, La Rotative, Paris-Luttes, Expansive, Renversé sont des sites d’information coopératifs et indépendants.


Pour avoir publié un communiqué revendiquant l’incendie d’un garage de la gendarmerie de Grenoble dans la nuit du 20 au 21 septembre, les sites Indymedia Nantes et Indymedia Grenoble ont été menacés par la police française. Les équipes qui administrent ces sites ont reçu des courriels de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC) exigeant la « dépublication » sous 24 h des articles concernés, sous peine de blocage et déréférencement des sites.

Les auteur.e.s du communiqué expliquaient que l’incendie du garage avait été mené « dans une vague d’attaques de solidarité avec les personnes qui passent en procès ces jours-ci » dans l’affaire de la voiture brûlée du quai de Valmy. Huit véhicules au moins ont été incendiés. Voici le texte de ce communiqué : 

Solidarité incendiaire. Ce jeudi, à trois heures du matin, deuxième jour du procès de la voiture brûlée. Avons pénétré dans la caserne de gendarmerie Vigny-Musset. Avons incendié six fourgons d’intervention et deux camions de logistique. Le garage et l’entrepôt ont été ravagés sur plus de 1.500 mètres carrés. Cet acte s’inscrit dans une vague d’attaques de solidarité avec les personnes qui passent en procès ces jours-ci. Forte accolade à Kara et Krem. Une pensée pour Damien, récemment tabassé par les flics. Quelle que soit l’issue du procès, on continuera à s’en prendre à la police et à la justice. Notre hostilité est un feu qui se propage. »

Ce communiqué a également été repris en intégralité par des médias comme le Dauphiné libéré ou 20minutes, sans que ceux-ci soient apparemment inquiétés.

Faire disparaître des sites ou des textes sans recours au juge, sur simple requête de l’administration policière

Comme le souligne l’équipe d’Indymedia Grenoble dans un communiqué, « cette requête (...) fait directement écho à l’attaque qui a eu lieu en Allemagne le 25 août dernier contre Indymedia Linksunten, attaque qui s’est soldée par la perquisition de quatre domiciles et d’un centre social autogéré, et ce pour des prétextes similaires ». Dans les deux cas, c’est la notion de « terrorisme » qui est mobilisée par les gouvernements pour censurer des médias libres, puisque la police française s’appuie sur la loi du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme, et évoque une « provocation à des actes de terrorisme ou apologie de tels actes ».

Alors que les notions de terrorisme et de provocation ne sont pas définies, la loi française permet depuis février 2015 de faire disparaître des sites ou des textes sans recours au juge, sur simple requête de l’administration policière. À notre connaissance, c’est la première fois que ces dispositions sont brandies contre des médias alternatifs appartenant à la sphère antiautoritaire. Les deux sites visés par les menaces des autorités ont décidé de retirer le communiqué de revendication incriminé. Les collectifs de modération de chacun des deux sites s’en expliquent dans deux textes distincts [1].

L’usage de lois antiterroristes pour attaquer spécifiquement des sites d’informations indépendants renvoie à la violence des peines requises contre les personnes inculpées dans l’affaire de la voiture brûlée du quai de Valmy. Il s’agit tout autant de dissuader les militant.e.s que d’en dépolitiser les actes.

Depuis des années, les sites du réseau Indymedia permettent entre autres de rendre visible la nature politique d’actions directes. Cette nouvelle attaque contre des médias libres vise à faire taire les oppositions politiques radicales, et à criminaliser les collectifs et individus qui communiqueraient sur leurs objectifs politiques sans le prisme déformant des médias traditionnels. Cette attaque est aussi à rapprocher des perquisitions qui ont visé cette semaine les militant-es antinucléaires de Bure. Leurs ordinateurs, ainsi que la photocopieuse qui leur servait à imprimer des tracts, ont été saisis par les gendarmes. Tous les moyens semblent être mobilisés pour réprimer l’expression autonome des mouvements de lutte.

Comme nous le disions en mai 2015, à la suite des poursuites visant le site toulousain IAATA.info : « Face à la répression, l’information est une arme. » Malgré les nouvelles formes de censure qui se déploient, nous continuerons à animer et à multiplier les espaces d’expression autonome. Soutien à Indy Nantes et Indy Grenoble. Solidarité avec les inculpé.e.s de Valmy, et avec celles et ceux qui mettent des bâtons dans les roues de la machine répressive.




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[1L’article grenoblois est ici, celui de Nantes, là.


Lire aussi : Madame la députée, votez contre la banalisation de l’état d’urgence

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

Photos :
. chapô : Wikimedia (Dasemarcalvarez/CC BY-SA 3.0)

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