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ChroniquePotager politique

« Au potager, contrôler ou laisser faire ? L’exemple du liseron »

Le liseron est considéré comme une plante dite « envahissante ».

Contrôler ou laisser faire ? La question revient sans cesse dans la vie des jardiniers confrontés aux plantes dites « envahissantes », écrit notre journaliste. Et si l’on essayait, plutôt, de faire avec ?

Notre journaliste Marie Astier a un grand potager, chez elle, dans les Cévennes. Dans cette chronique, elle livre astuces et réflexions parce que jardiner… c’est politique.



Cet été au jardin, un invité surprise a envahi les plates-bandes : le liseron. Ses fines feuilles vert clair en forme de cœur (ou de pointe de flèche) et ses délicates corolles blanches lui donnent un air fragile. Méfiez-vous, il ne l’est pas du tout. Il a colonisé la serre, s’est mêlé sur les treillis aux haricots grimpants, a tenté d’étouffer les poivrons et les aubergines, serpente avec les patates douces, a recouvert les choux… Il enlace nos cultures de toutes ses tiges, s’enroule en spirales régulières pour aller chercher la lumière, devenant ainsi particulièrement difficile à arracher sans abîmer les plantes lui servant de support.

Je connais bien le liseron, mais c’est la première année que j’en vois autant. Celui qui m’embête surtout est le liseron des haies (Calystegia sepium). Comme toute plante s’installant spontanément, il m’apporte des informations : s’il est venu chez moi, c’est que logis et couvert lui conviennent. C’est un compagnon bien connu et redouté des jardiniers. Selon Gérard Ducerf, maître incontesté des plantes bio-indicatrices, il indique que nous avons apporté trop de matière organique d’origine animale. Nous qui pensions en mettre trop peu, en comparaison avec les jardiniers que nous connaissons !

Le liseron a envahi le potager de notre journaliste. © Marie Astier / Reporterre

Le diagnostic posé, comment remédier au mal ? Je me mets alors à errer sur la blogosphère jardinière, et constate que le débat est ouvert. D’un côté, ceux listant les techniques permettant de détruire l’envahissante — à coup de bâches, désherbage intensif et même application de glyphosate au pinceau sur les feuilles ! Bon, ce n’est pas trop ma philosophie. Et pragmatiquement, même si je le voulais, je n’arriverais pas à me débarrasser du liseron de cette manière, faute de temps.

Lire aussi : Liseron, laitue sauvage… Des espèces à protéger sur le pas de nos portes

À l’opposé, d’autres conseillent d’accueillir l’envahisseur. La nature reviendra à l’équilibre toute seule : laissons aller le liseron qui va résorber le déséquilibre du sol en quelques années et récoltons en attendant ce qui veut bien pousser. J’avoue ne pas être totalement convaincue non plus. D’abord parce que cela revient pour moi un peu à idéaliser la nature, penser qu’elle est forcément « bonne ». Et c’est aussi se désengager : on limite les interactions avec elle, on choisit la solution de facilité en laissant faire plutôt qu’en essayant de faire avec.

Et si l’on faisait avec ?

Un bout de colère point même en moi en pensant à cette mode agricole qui nous incite à croire que les plantes vont travailler à notre place. On pourrait être jardinier et paresseux, il suffirait d’appliquer les bonnes techniques (couches, buttes, etc.) ou bonnes associations de plantes au départ (les oignons à côté des fraises, etc.), puis de laisser pousser. Comme si agriculteurs et jardiniers passionnés étaient quasi tous passés à côté de cette évidence. Comme s’il existait une formule magique pour produire des légumes sans effort. Je n’y crois pas.

À l’inverse, je crois que produire avec la nature demande du travail, du temps d’observation et de la régularité pour voir les évolutions au potager, semaine après semaine, voire jour après jour. En écrivant cela, je pense aux multiples agriculteurs passés en bio interrogés ces dernières années, qui toujours disent que cela nécessite d’être bien plus présent dans ses champs pour les observer, de se documenter. « Je refais de l’agronomie » est une phrase maintes fois entendue. Ils calculent mieux leur effort, mais ce n’est pas parce qu’ils observent plus qu’ils sont devenus inactifs ou paresseux.

« Agissons après avoir tenté de décoder le langage des plantes »

En arpentant mes travées, je constate donc que le liseron n’est en fait présent que dans certaines zones localisées du potager. Notamment là où se trouvent les choux cette année et à l’endroit où ils étaient l’an dernier — c’est-à-dire là où l’on a déversé beaucoup de fumier pour cette plante gourmande. Je me rassure aussi, car sont présentes beaucoup de plantes indiquant un sol fertile et bien équilibré comme le mouron blanc. Justement là où sont plantées les tomates cette année, qui ont si bien donné.

Tout cela me donne des indices pour la prochaine saison. Nous amenderons certains lieux du potager, nous essayerons de laisser le sol couvert l’hiver, il faudra sans doute un coup de grelinette derrière les choux pour décompacter le sol asphyxié.

Contrôler ou laisser faire ? La question revient sans cesse dans nos vies de jardiniers. Ma réponse est plutôt de faire avec. D’agir après avoir collecté les indices, tenté de décoder le langage des plantes. Alors avec le liseron, nous nous sommes en quelque sorte partagé le travail. Je l’ai désherbé là où il étouffait mes plants, limité parmi les haricots où il s’étalait juste un peu trop et laissé prospérer sur un filet disposé au-dessus des choux, car il leur faisait une ombre bienvenue.



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