Autour de la famille Traoré, une marche sereine contre les crimes de la police

Durée de lecture : 4 minutes

23 juillet 2018 / Marion Esnault (Reporterre)

Plus de 2.000 personnes se sont retrouvées à Beaumont-sur-Oise samedi 21 juillet. La ville où Adama Traoré a été asphyxié mortellement par des gendarmes. Cette marche voulait que justice soit rendue, comme à toutes les victimes de la police.

- Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise), reportage

Samedi 21 juillet, entre 12h et 14h, l’esplanade de la gare de Persan-Beaumont, à 30 kilomètres de Paris se remplit de centaines de personnes, venues participer à la marche blanche « Justice pour Adama », organisée en ce jour d’anniversaire des deux ans de la mort d’Adama Traoré, suite à une interpellation policière.

L’ambiance est conviviale et détendue. Le café de la Gare est envahi par les manifestants. Sur les écrans qui tapissent l’intérieur du troquet, une chaîne d’info continue ne parle que de l’affaire Benalla. Une actualité en lien direct avec les violences policières.

Vers 14h30, les 4.000 personnes (selon les organisateurs) – dont quelques personnalités comme Eric Coquerel, Frédéric Lordon ou Benoît Hamon - s’emparent pacifiquement et solennellement des rues de la ville de Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise).

Une marche blanche avait été organisée en juillet 2018, deux ans après le décès d'Adama.

Sans aucune présence policière, l’encadrement est assuré par le comité Vérité et Justice pour Adama, identifiable par des t-shirts jaunes floqués d’une phrase qui a constitué un des slogans principaux de la journée : « Justice pour Adama. Sans justice, vous n’aurez jamais la paix. »

Les sœurs Traoré prennent la tête du cortège. Avant de démarrer, elles appellent les familles d’autres victimes de violences policières à les rejoindre. Le mot d’ordre de cette journée, c’est : Solidarité. Quelques minutes après avoir démarré, la marche s’arrête devant la gendarmerie où Adama est mort, le 19 juillet 2016, jour de ses 24 ans. Une minute de silence est observée après qu’Assa Traoré, sœur d’Adama, rappelle que cinq de ses frères ont été arrêtés depuis la marche organisée en 2017. C’est, selon elle, pour faire taire la famille Traoré.

Après un bref arrêt devant la mairie, le cortège s’arrête vers 16h15 devant la rue de la République, où Adama a été arrêté. L’émotion est à son comble, tant dans les yeux des manifestants que dans la voix d’Assa Traoré : « C’est ici que mon frère est venu se balader en vélo le jour de son anniversaire et c’est ici qu’il a subi le placage ventral qui l’a asphyxié. L’hôpital est à quelques centaines de mètres d’ici. Alors qu’il se plaignait de ne plus pouvoir respirer, ils ont préféré l’emmener au commissariat où il est décédé dans la cour, quelques minutes plus tard. »

Après la marche pacifique qui aura duré près de 2h30, des prises de parole s’enchaînent sur la scène installée au coeur du quartier de Boyenval, où vivait Adama. Des dizaines de familles de victimes de violences policières ont rappelé les histoires de Babacar Guye, Aboubakar Fofana, Gaye Camara ou encore Jérôme Laronze, paysan tué par des gendarmes le 20 mai 2017.

Accompagnée de Sam, membre du Comité Justice et Vérité pour Jérôme, Lucie, la cousine de ce dernier a fait le déplacement pour la journée : « On est venus pour se fédérer et se soutenir entre familles de victimes de violences policières. Cette marche, elle nous a donné de la force. Nous, on est à la campagne, donc c’est dur de mobiliser. On a un an, on est jeune dans cette bataille, et c’est enrichissant de venir rencontrer des collectifs qui ont plus de vécu et avec qui on peut former un réseau. »

Lucie, cousine de Jérôme Laronze : « Cette marche nous a donné de la force. »

Dans l’entretien qu’elle a accordé à Reporterre, Assa Traoré expliquait que « le combat Adama est un combat rassembleur ». Un constat qui s’est vérifié ce samedi 21 juillet quand des représentants inattendus d’autres luttes sont montés sur scène, parmi lesquelles des habitants de la Zad de Notre-Dame-des-Landes ou les membres de collectifs de migrants. Autre surprise : Taha Bouhafs, le militant qui a filmé la scène mettant en cause Alexandre Benalla et présenté comme « l’homme qui fait trembler la République ! » par le speaker du jour.

Taha Bouhafs (à gauche) a filmé les agissements violents d’Alexandre Benalla le 1e mai.

Avant la diffusion du documentaire Pour Adama, chapitre 1, en avant-première, Assa Traoré a terminé les prises de parole par un message d’espoir : « Un jour, le nom d’Adama Traoré aura marqué l’histoire. Dans un an, je l’espère, nous ferons un grand repas tous ensemble, pour rendre hommage à mon frère pour qui justice aura été rendue ! ».

Assa Traoré : « Dans un an, je l’espère, justice aura été rendue. »
Une fresque a été réalisée durant la manifestation pour commémorer les victimes des violences policières.

Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : Assa Traoré : « Face aux violences policières, la France doit se lever et dire non »

Source : Marion Esnault pour Reporterre

Photos : © Marion Esnault/Reporterre

THEMATIQUE    Libertés
27 août 2019
Au Camp Climat, plus de militants et plus déterminés
Reportage
16 octobre 2019
La carte des luttes contre les grands projets inutiles
Enquête
21 octobre 2019
Extinction Rebellion, peu politique ? « Nous avons occupé le centre de Paris pendant cinq jours ! »
Tribune


Sur les mêmes thèmes       Libertés





Du même auteur       Marion Esnault (Reporterre)