Aux États-Unis, les Verts trouvent Kamala Harris « pire que Trump pour le climat »
Les participants à un discours de Butch Ware, candidat à la vice-présidence du Parti vert, collent une bannière à l'entrée d'un bâtiment à Raleigh, aux États-Unis, le 15 octobre 2024. - © Cornell Watson / Reporterre
Les participants à un discours de Butch Ware, candidat à la vice-présidence du Parti vert, collent une bannière à l'entrée d'un bâtiment à Raleigh, aux États-Unis, le 15 octobre 2024. - © Cornell Watson / Reporterre
Durée de lecture : 6 minutes
Le Green Party est loin dans la course à la présidentielle des États-Unis. Nombre de ses électeurs refusent de se reporter sur les démocrates, dont la politique est jugée peu ambitieuse sur l’écologie et pro-Israël.
Raleigh (États-Unis), reportage
« Les démocrates vont se faire botter le cul en novembre et ne s’en remettront jamais. » Le docteur Butch Ware, candidat au poste de vice-président du Green Party (Parti vert), s’adresse ce 15 octobre à des partisans écologistes dans une salle communale qui sert aussi de mosquée à Raleigh, en Caroline du Nord. Les sondages à l’élection présidentielle du 5 novembre montrent son parti très mal engagé (1 % des votes), et une course historiquement serrée entre la candidate démocrate Kamala Harris et son rival républicain Donald Trump. Pour Butch Ware — colistier de la candidate écologiste Jill Stein —, historien spécialiste de l’impérialisme, la colonisation et l’histoire africaine, la défaite des démocrates est déjà actée. Et ce ne sera pas la faute du Parti vert.
Près de 70 personnes écoutent le professeur. Loin des milliers de partisans aux meetings démocrates et républicains, mais tout de même une participation dont s’émeuvent des responsables locaux du Parti vert. Peu avant le meeting, Rania Masri a coordonné l’installation d’un buffet et la disposition des chaises pliantes. Elle vote pour le Parti vert depuis 1996. La chercheuse en sciences environnementales et codirectrice de l’association North Carolina Environmental Justice Network ne mâche pas ses mots à l’encontre du programme climatique des démocrates. « Kamala Harris se présente comme un soutien de la protection du climat, alors qu’elle en est très loin. Comment peut-elle prétendre être une défenseuse de l’environnement alors qu’elle encourage la fracturation hydraulique et l’extraction de pétrole ? »
La candidate démocrate voulait interdire le « fracking » (la fracturation hydraulique, pour extraire du gaz naturel) en 2019, mais a fait marche arrière dans les derniers mois, tout en se vantant d’avoir eu des niveaux de production record de pétrole pendant le gouvernement de Joe Biden. « Kamala Harris est pire que Donald Trump pour le climat. S’il y a un président républicain, les démocrates au Congrès s’opposeront à lui, mais s’il y a un président démocrate, il n’aura pas d’opposition », tranche Rania Masri.
Un bonnet vert sur la tête assorti à son t-shirt du Parti, Ronald Garcia Fogarty, 50 ans, se tient derrière un stand avec quelques brochures et « goodies » du Parti vert. « La justice climatique est l’une des principales priorités dans le monde, et les démocrates et les républicains ne font pas assez pour cela. Certaines des politiques de Joe Biden sont bonnes, mais on a besoin d’un Green New Deal [Pacte vert], d’investir dans la transition vers des emplois responsables, de changer notre dépendance au pétrole et au gaz, ce que n’a pas fait le gouvernement actuel », détaille celui qui a rejoint le Parti en 1998.
« Génocide à Gaza »
Les responsables et bénévoles votent pour les écologistes depuis plusieurs élections. Mais la majorité des personnes présentes ce soir n’ont pris la décision de rejoindre le Green Party que cette année. Arafat, 42 ans, un keffieh au-dessus de sa chemise noire, explique pourtant que le changement climatique n’est pas sa principale préoccupation. Originaire de Ramallah, la capitale de l’autorité palestinienne, il est plus préoccupé par le soutien de Joe Biden à Israël et la guerre du Proche-Orient : « Les démocrates et les républicains sont les mêmes, ils soutiennent Israël, et pas les Américains. »
À ses côtés, sa femme Nida s’occupe de leur nouveau-né : « Voir à la télé tous les enfants à Gaza, c’est très difficile. C’était difficile de se dire qu’on allait avoir un nouvel enfant dans ce monde. » Et pour l’environnement, elle « ne pense pas que le changement climatique soit la priorité des démocrates ».
Comme ce couple, la plupart des personnes venues assister au meeting sont musulmanes et ne voteront pas démocrate le 5 novembre. Le Parti vert milite pour l’arrêt des envois d’armes à Israël, et qualifie la crise humanitaire à Gaza de « génocide ». Un message très populaire, notamment chez les communautés arabo-musulmanes étasuniennes. Leur défection aux démocrates pourrait coûter la victoire de Kamala Harris. Notamment dans le Michigan, un swing state (État pivot) qui dispose d’une importante communauté arabo-musulmane, réticente à voter démocrate.
Lors du discours du colistier Butch Ware ce jour-là, l’environnement n’a même pas été mentionné, au profit de la critique de la politique étrangère des États-Unis, ponctuée de références au Coran (le colistier est lui-même musulman) et à Malcolm X, figure controversée du mouvement des droits civiques étasuniens qui s’opposait à l’approche non-violente.
« Les démocrates sont le parti de la fracturation hydraulique, du forage pour le pétrole. Ils ont aussi donné des terrains à ceux intéressés par l’extraction d’énergies fossiles. Ils parlent de conservation écologique, mais ils sont un parti pour les entreprises et sert les intérêts des 1 % qui détruisent notre planète », a expliqué le colistier à Reporterre.
Les démocrates « n’ont aucune valeur »
Plus tôt dans la journée, le colistier tenait une autre réunion sur un campus universitaire à Chapel Hill, en Caroline du Nord. Samee Ghaffar, 19 ans, étudiant en commerce, était l’un des premiers arrivés. Il a découvert le Parti vert cette année avec leur opposition au soutien des États-Unis à Israël. Il a ensuite regardé de plus près le reste de leurs propositions, comme celle sur l’absence de financements d’entreprises. « C’est un mouvement local, qui n’a pas de lobbying des grandes entreprises. »
Pour lui, le programme écologiste des démocrates « a rejoint celui des républicains ». « Ils n’ont aucune valeur, ils sont prêts à changer de position pour avoir des voix », détaille-t-il.
Tous les présents ne sont pas des étudiants. Sadjah, 42 ans, soutient le Parti vert depuis plusieurs années, notamment depuis les guerres menées par le gouvernement de Barack Obama au Moyen-Orient. « Les démocrates supervisent le génocide en Palestine. En termes d’actions, ils sont aussi pires que les républicains. Kamala Harris a été très claire sur le fait qu’elle ne soutiendra pas un embargo sur la livraison d’armes à Israël », explique la femme, elle aussi musulmane.
Le Parti vert pourrait bénéficier d’un plus important soutien cette année avec le conflit au Proche-Orient et le soutien d’électeurs préoccupés par cette question. Au cours de deux meetings, un chiffre revient souvent : 5 %. Le seuil pour une élection présidentielle à partir duquel les partis reçoivent des financements. Franchir ce cap donnerait au Green Party des ressources pour se développer, un premier pas vers l’institutionnalisation de leur parti. Mais avec des sondages les créditant à près de 1 % des voix, l’argent fédéral ne sera pas pour cette année.