Benoît Hamon veut enterrer le PS

3 juillet 2017 / Moran Kérinec et Eric Coquelin (Reporterre)



« J’ai décidé de quitter le Parti socialiste. » Benoît Hamon a fait son choix, et espère rafraîchir la gauche écologiste. Il a lancé le Mouvement du 1er Juillet. Reportage dans une foule partagée entre le fatalisme et l’espoir.

  • Pelouse de Reuilly (Paris), reportage

Le ciel maussade aurait pu les décourager. Près de dix mille militants, sympathisants et curieux sont pourtant venus arpenter les pelouses humides de Reuilly pour assister au lancement du « Mouvement du 1er juillet » de Benoît Hamon. Une odeur de merguez flotte dans l’air, drainant une queue d’une bonne centaine de mètres dans son sillage. En attendant le discours de l’ancien candidat aux présidentielles, programmé en fin d’après-midi, les organisateurs ont prévu de quoi cultiver les débats : une grande scène où se succèdent soutiens et experts pour discuter de l’avenir de la gauche, un procès factice de la consommation avec d’authentiques experts et un BarCamp pour faire émerger les initiatives citoyennes.

« C’est extrêmement important après la période électorale que nous venons de vivre de se retrouver, pour faire de la politique à gauche », confie Laura Slimani, ancienne présidente du Mouvement des jeunes socialistes, « c’est l’occasion de créer des connexions entre des intellectuels, des militants, des politiques, des citoyens, pour construire quelque chose de nouveau. » Mais tous ne partagent pas son enthousiasme. Parmi les militants présents, certains font grise mine après la rude campagne présidentielle. « Il faut espérer que ça fonctionne. On en a besoin à gauche, parce que pour le moment, ce n’est pas la joie », explique Ewen, qui a fait le déplacement depuis Brest. Une réaction que comprend Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre : « Il y a un côté nostalgie de la campagne. C’est normal qu’il y ait peu d’énergie, mais les gens viennent, c’est déjà ça. »

“Le PS doit mourir, mais je pense que la gauche va vivre ! »

Raphaël Glucksmann : "“Le PS doit mourir, mais je pense que la gauche va vivre."

Premier à occuper la grande scène, l’essayiste Raphaël Glucksmann annonce la couleur de la journée : « Le PS doit mourir, mais je pense que la gauche va vivre ! Les Verts sont déjà morts, mais la grande aventure de l’écologie n’en est qu’à ses débuts. Nous n’avons pas le droit d’être résignés aujourd’hui. » Viennent ensuite le fondateur de Médiapart, Edwy Plenel, un Skype avec l’économiste grec Yanis Varoufakis, le député européen EELV Yannick Jadot… Chacun à leur tour, les intervenants exposent leur vision de la gauche, et de son avenir. « Si c’était le rassemblement de M. Hamon, je ne serais pas venu, dit Edwy Plenel à Reporterre après son discours, je suis venu parce que [cet événement] est présenté comme un rassemblement pluraliste avec des gens de la société civile. Je suis venu en toute indépendance leur dire que s’ils font l’erreur d’être dans une aventure personnelle, dans une logique d’ambition carriériste, ce sera une impasse. La gauche écologique et sociale doit être du côté des exigences de la société. »

Edwy Plenel : « S’ils font l’erreur d’être dans une aventure personnelle, ce sera une impasse. »

En retrait de la grande scène, une petite estrade et quelques chaises blanches dominent un auditoire de curieux. C’est là que se tient le procès citoyen. Dans le rôle de la présidente, l’ancienne candidate aux législatives Barbara Romagnan, secondée par le procureur Philippe Martin, président du département du Gers, et par l’avocat d’un jour, le conseiller régional Gwenegan Bui. « On parle de procès, mais on n’est pas là pour moraliser ou prouver des culpabilités. Il s’agit vraiment de penser ensemble », éclaircit la philosophe Sandra Laugier. Appelés à la barre, Claude Gruffat, le président de Biocoop, Brigitte Gothières, la porte-parole de L214, Eric Roux, fondateur de l’Observatoire des cuisines populaires… Tous venus défendre leurs projets face aux magistrats fictifs.

À l’autre bout de la pelouse de Reuilly, le BarCamp abrite les débats des citoyens et associations qui tentent d’initier de nouvelles idées en petits groupes. Une pléthore de petits chapiteaux concentrent chacun vingt à trente personnes venues participer à cet exercice de démocratie horizontale. Parmi les sujets de débat, l’engagement vers le zéro déchet, les médias participatifs, l’éducation populaire...

« On vous laisse finir vos phrases, puis on switche [tourne] ! » lance Cédric, l’un des animateurs. « Toutes les dix minutes, les groupes sont mixés pour discuter des mêmes sujets avec des personnes différentes, détaille-t-il, l’objectif est de trouver les idées fortes qui nous sont communes, pour arriver à des actions concrètes. » En fin d’après-midi, les référents de chaque groupe dressent le bilan des idées et des initiatives envisageables devant les assemblées reconstituées. Animateur du groupe Contre-pouvoir et démocratie, Fabien dresse le bilan : « Pour l’apparatchik habitué aux débats cadenassés que je suis, c’est déroutant. Certaines discussions sont parties dans tous les sens, mais l’expérience est concluante : il y a eu de vrais débats. Nous publierons les comptes-rendus détaillés lundi sur le site internet du mouvement. »

Hamon « puni par les dieux » se pose en Prométhée face à Jupiter

« 15.000 selfies, ça fait beaucoup. »

Sur la pelouse de Reuilly, Benoît Hamon attire l’attention des caméras et des myriades d’adolescents qui espèrent un selfie. À l’aise avec l’exercice, l’homme du jour serre les mains, enchaîne une question pour RTL avec une courte réponse pour BFM TV, prend la pose avec ses fans… « 15.000 selfies, ça fait beaucoup », soupire un membre de la sécurité. Qu’importe, le long bain de foule ravit les jeunes soutiens de l’ex-candidat. Quelques heures plus tard, il a laissé tomber sa chemise bleue froissée pour une blanche avant de s’avancer au micro. Les premières saillies sont adressées au président élu : face à Jupiter, Benoît Hamon se pose en Prométhée « puni par les dieux jaloux qui voudraient garder jalousement l’Olympe ». « Dans une époque obsédée par l’homme providentiel, je veux incarner la femme et l’homme collectifs », déclare-t-il. Il lance quelques flèches, au ministre de l’Intérieur, « qui pourra prendre ou donner des conseils à Trump », à Mélenchon, rappelant que « les coups d’éclat de Jaurès à l’Assemblée n’étaient pas vestimentaires », et à la « transhumance des anciens socialistes, écologistes, communistes », partis rejoindre le camp d’Emmanuel Macron.

Dans la foule, Marius, militant à la veste rouge commente les tirades de l’ancien candidat. « J’ai pris ma carte au lendemain du premier tour, c’était une erreur, glisse-t-il d’un air complice. Écoute bien, il va dire quelque chose d’important ». Sur scène, Benoît Hamon marque un temps avant de lâcher le morceau : « J’ai décidé de quitter le Parti socialiste ». Un tonnerre d’applaudissements fait écho à son annonce.

Dès la rentrée, Benoît Hamon souhaite créer des comités partout en France pour établir durablement son Mouvement du 1er juillet. Jouant avec ses lunettes, l’exfiltré du PS poursuit : « Ce n’est pas une rupture ou un divorce avec un parti, mais une rupture avec la Ve République trop jupitériste. Je ne vous dis pas adieu, mais à tout de suite. »

Si sa défection du Parti socialiste les réjouit aussi, les membres du Mouvement jeune socialiste, soutien de longue date de Benoît Hamon, s’inquiètent de cette décision. « Évidemment, il va y avoir des problèmes d’argent… » confie Manon, une jeune militante. Sans le soutien financier du PS, le fonctionnement des permanences locales du MJS sera remis en question. Pour Ewen, animateur du Mouvement jeune socialiste du Finistère, « l’avenir des MJS est assez incertain, pour autant, pourquoi pas le transformer en un autre mouvement qui recouperait les anciens MJS, les écolos et les communistes pour créer une nouvelle gauche en lien avec ce que souhaite lancer Benoît aujourd’hui. » Quant aux militants, l’annonce de quitter le PS réjouit la majorité qui s’est regroupée aux abords de la buvette. Beaucoup s’y attendaient, mais l’avenir du Mouvement du 1er juillet paraît encore flou : quand on leur pose la question, la réponse reste sensiblement la même : « Et maintenant ? On verra bien… »




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Lire aussi : François Ruffin : « L’alliance entre l’écologie et une politique sociale est une nécessité »

Source : Moran Kerinec pour Reporterre

Photos : © Éric Coquelin/Reporterre

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